7 symptômes d'alerte d'un lymphome

Le lymphome est un cancer du système lymphatique. Quels sont les signes d'alerte ? Les symptômes du début ? Lorsque la maladie évolue ? Les signaux à prendre en compte sur la prise de sang ? Qui consulter ? Tour des signes à ne pas négliger avec le Pr Emmanuel Gyan, chef de service d'hématologie du CHU de Tours.

7 symptômes d'alerte d'un lymphome
©  burdun - 123RF

Le lymphome est un cancer du système lymphatique, l'appareil circulatoire composé de vaisseaux lymphatiques. On distingue deux grands types de lymphomes : le lymphome hodgkinien (appelé auparavant maladie de Hodgkin) qui touche en particulier les jeunes adultes (20-40 ans) et qui représente 15% des lymphomes, et le lymphome non hodgkinien qui concerne les personnes autour de 60 ans et qui sont les plus fréquents. Selon l'Association France Lymphome Espoir, le lymphome non hodgkinien se classe au 6e rang des cancers les plus fréquents en France. Chaque année, la Journée mondiale du Lymphome a lieu le 15 septembre. L'occasion de sensibiliser le grand public sur ce cancer diagnostiqué chez près de 14 000 nouveaux patients par an en France. Quels sont les signes d'alerte ? Les symptômes au début de la maladie ? Lorsque la maladie évolue ? De la peau ? Les signaux à prendre en compte sur la prise de sang ? Qui consulter ? Quels examens sont nécessaires pour poser le diagnostic ? Explications du Pr Emmanuel Gyan, chef de service d'hématologie et thérapie cellulaire du CHU de Tours.

Gonflement d'un ganglion

Le lymphome est un cancer du système lymphatique. Le système lymphatique comprend des tissus et des organes qui fabriquent, entreposent et libèrent des lymphocytes (types de globules blancs). Ces lymphocytes sont des cellules du sang qui participent au système immunitaire, autrement dit à la défense de l'organisme. Globalement, on a trois types de lymphocytes : les lymphocytes B, T et NK. Les lymphocytes B sont les plus nombreux, par conséquent, les lymphomes B sont les plus fréquents. "Ces lymphocytes sont des patrouilleurs qui se promènent dans l'ensemble de l'organisme, mais ils se logent 70% du temps dans les ganglions. Les seuls endroits dans lesquels ils ne peuvent pas se trouver sont les cheveux, les dents et les ongles, voilà pourquoi il est impossible d'avoir des lymphomes des cheveux, des dents ou des ongles. Un lymphocyte peut activer un oncogène, autrement dit "appuyer sur un mauvais bouton" qui, soit est une pédale d'accélérateur (le lymphocyte va ainsi se multiplier) ou soit qui est un bouton qui empêche les lymphocytes de disparaître après une infection (on appelle cela un déficit d'apoptose)", décrit notre interlocuteur. Cela va alors entraîner la formation d'une grosseur au niveau du ganglion dans lequel ce lymphocyte se trouve. "Dans la mesure où on a des lymphocytes partout dans le corps, ces grosseurs peuvent être visibles au niveau des ganglions du cou, des aisselles, des creux inguinaux (plis de l'aine), de la rate, également des ganglions qu'on ne peut pas palper avec les doigts comme ceux entre les poumons (médiastin), derrière les reins (rétro-péritoine). Mais on peut aussi avoir des grosseurs au niveau de la peau, du foie, des intestins, du cerveau, de l'œil...", liste le Pr Gyan.

Perte de poids brutale

Il n'y a pas que les symptômes dits tumoraux. "On peut également voir des retentissements sur l'état de santé général qui isolés, ne sont pas évocateurs d'un lymphome. Dans certains cas, les personnes qui présentent un lymphome peuvent présenter une perte de poids brutale et inexpliquée, du fait que la tumeur consomme beaucoup d'énergie et donc des calories", indique l'hématologue. 

Symptômes d'un lymphome
Symptômes d'un lymphome ©  normaals - 123RF

Sueurs nocturnes

En cas de lymphome, "on peut également constater d'importantes sueurs nocturnes qui réveillent la personne tant elle est trempée ou elle a froid", précise le Pr Gyan. Ces sueurs sont suffisamment abondantes pour mouiller les vêtements de nuit et le linge de lit, et récurrentes. 

Fièvre persistante

"Une fièvre inexpliquée supérieure à 38°C et qui dure plus de 8 jours peut faire partie des signes annonciateurs d'un lymphome et nécessite de consulter un médecin. On peut également observer une fatigue importante, mais ce signal est difficile à appréhender car il reste subjectif", explique le médecin. 

Démangeaisons

Certaines personnes peuvent se gratter, parfois jusqu'au sang, et ne pas soupçonner un lymphome. "Si ce prurit reste inexpliqué, il peut être intéressant de réaliser un PET-scan (examen prescrit par un spécialiste) pour vérifier qu'il n'y ait pas de ganglion caché qui contient un lymphome. On peut parfois découvrir un lymphome à l'occasion d'une exploration de prurit", souligne l'hématologue.

Douleurs articulaires

"La présence d'un lymphome peut également entraîner des signes que l'on appelle "paranéoplasiques", qui correspondent à un ensemble d'anomalies pouvant accompagner certains cancers comme la survenue de pathologies auto-immunes plus rares comme des myosites (maladies rares qui touchent le muscle), ou des atteintes des articulations comme des polyarthrites", décrit notre spécialiste. 

Difficultés respiratoires

Si le lymphome est situé au niveau des poumons, des signes respiratoires comme des difficultés à respirer, des essoufflements ou une toux persistante peuvent être observés. "Cela reste toutefois rare. Ces troubles respiratoires peuvent également être liés à l'anémie provoquée par le lymphome. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que mises à part les grosseurs, spécifiquement au niveau des ganglions, il n'y a pas vraiment de symptômes spécifiques du lymphome", tient à préciser notre interlocuteur. 

Les signes d'orientation sont sensiblement similaires quel que soit le type de lymphome.

Est-ce les mêmes symptômes pour un lymphome hodgkinien ou non hodgkinien ?

Si les traitements sont différents, les symptômes sont sensiblement les mêmes. "Bien sûr, lorsqu'on entre dans le détail, on s'aperçoit qu'il y a des petites finesses dans la présentation des manifestations d'un type de lymphome à l'autre. Par exemple, le fait d'avoir des rash cutanés va plutôt évoquer un lymphome T angio-immunoblastique (LAI) qui est un lymphome non hodgkinien. Des personnes qui présentent des gros ganglions apparus brutalement peuvent induire un lymphome de Burkitt qui est également un lymphome non hodgkinien... Mais cela sera affiné au moment du diagnostic. Les signes d'orientation sont sensiblement similaires quel que soit le type de lymphome", indique notre interlocuteur. 

Comment détecter un lymphome lors d'une prise de sang ?

Il peut également y avoir un retentissement de la maladie sur la prise de sang, comme : 

  • Une anémie : la présence d'un lymphome peut entraîner une auto-immunité contre les globules rouges, qui vont se détruire. 
  • Une baisse des globules rouges, blancs ou plaquettes, si le lymphome atteint la moelle osseuse, donc au niveau du site de production des globules blancs, rouges et plaquettes. Cette atteinte peut être découverte lors d'un myélogramme ou d'une biopsie ostéo-médullaire
  • Une hypercalcémie, définie par une trop grande quantité de calcium dans le sang
  • Une augmentation de l'acide lactique.

Quand ces symptômes apparaissent-ils ?

"Ces symptômes sont corrélés à la présence de la tumeur, donc ils surviennent dès le début du cancer. Par exemple, si la tumeur revient, au moment d'une rechute, ces symptômes peuvent apparaître et alerter le malade", précise le Pr Gyan.

Qui consulter ?

La présence de ces symptômes doit amener à consulter son médecin généraliste qui fera un premier examen clinique, un interrogatoire et prescrira une prise de sang. "Devant un ganglion isolé ou pas, le médecin généraliste adressera son patient à un spécialiste comme un hématologue (les hématologues sont les spécialistes des ganglions) qui réalisera des examens plus poussés. L'imagerie peut orienter, mais il s'agira seulement d'un élément d'orientation. Seule une biopsie est un élément de certitude et permet de poser un diagnostic de lymphome", conclut notre interlocuteur. 

Stades d'un lymphome
Stades d'évolution d'un lymphome ©  designua - 123RF

Merci au Pr Emmanuel Gyan, chef de service d'hématologie et thérapie cellulaire du CHU de Tours. Merci à l'Association France Lymphome Espoir.