Champignon noir et Covid : 45 000 cas en Inde, et en France ?

En Inde, plus de 45 000 cas de champignon noir, une infection fongique qui touche les yeux et les sinus, ont été enregistrés depuis début mai 2021, faisant plus de 4 200 décès à date. Il s'agirait d'une potentielle complication du Covid-19, très mortelle mais rare. Quels sont les premiers symptômes ? Les traitements ? Faut-il s'inquiéter en France ?

Champignon noir et Covid : 45 000 cas en Inde, et en France ?
© Sunil Ghosh/Hindustan Times/Shut/SIPA

[Mis à jour le jeudi 22 juillet à 11h32] En Inde, les autorités sanitaires enregistrent depuis début mai 2021 des milliers de cas de mucormycose, une infection fongique communément appelée "champignon noir". A date 45 000 cas ont été observés en Inde, dont 4 200 personnes qui en ont succombé. Plusieurs cas ont été observés en Irak aussi. Cette maladie surviendrait majoritairement chez des patients contaminés par le Sars-CoV-2, le virus responsable de l'épidémie de Covid-19. S'il s'agit d'une infection dangereuse et mortelle, elle reste toutefois rare. Quels sont les symptômes d'alerte ? Les risques de transmission ? Cette maladie est-elle présente en France ? Quels sont les traitements ? Comment s'en protéger ? Connaissances à date. 

Définition : c'est quoi la maladie du champignon noir ?

La mucormycose, plus communément appelée la maladie du champignon noir ou zygomycose, est une infection rare pouvant atteindre le nez, les sinus, les yeux, les poumons ou le cerveau. Ce type de mycose est causé par plusieurs microrganismes fongiques (moisissures) de la famille Mucorales, dont ceux appartenant aux genres RhizopusRhizomucor et Mucor. Elle se manifeste par des nécroses autour des yeux, du nez et de la bouche, entraînant ainsi des taches sombres sur le visage.

Quels sont les symptômes ?

Dans un premier temps, les symptômes de la maladie du champignon noir sont la plupart du temps liés à l'apparition de lésions et de nécroses (qui ressemblent à des cloques ou à des ulcérations) au niveau des cavités nasales, des yeux et du palais, ce qui entraîne :

  • Des taches noires sur le visage
  • Un gonflement du visage (unilatéral) autour des plaies
  • Des douleurs au niveau des sinus
  • De la fièvre
  • Une cellulite orbitaire (infection des tissus de l'orbite affectant la paupière, les joues et les sourcils)
  • Une exophtalmie (protrusion du globe oculaire hors de l'orbite)
  • Un écoulement nasal purulent
  • Une perte de la vision
  • Des maux de tête
Suspicion de champignon noir en Inde

Dans un second temps, lorsque l'infection est bien installée, des symptômes du système nerveux central peuvent survenir, ainsi que des symptômes pulmonaires sévères comme :

  • Une toux grasse avec la présence d'expectorations ou de crachats consécutifs 
  • Une fièvre élevée
  • Une dyspnée (difficultés à respirer)

Il faut rapidement contacter un médecin si vous présentez des symptômes évocateurs d'une mucormycose.

Combien de cas en Inde ?

Déjà accablé par une vague pandémique difficilement contrôlable et des milliers de cas de variant indien, l'Inde observe depuis plusieurs semaines "une pandémie dans la pandémie", estiment certains médecins indiens. l'Inde a contribué à environ 71% des cas mondiaux de mucormycose chez les patients atteints de COVID-19 sur la base de la littérature publiée. Selon le ministre de la Santé adjoint Bharati Pravin Pawar, 45 000 cas de champignon noir ont été observés depuis début mai, faisant plus de 4 200 victimes. Le taux de mortalité est estimé à 50%. Une étude publiée le 3 juin dans The Lancet indique qu'il y a eu au moins au moins 14 872 cas au 28 mai 2021. L'État du Gujarat à lui seul a contribué au plus grand nombre de cas, avec au moins 3 726 cas de mucormycose chez des patients atteints de COVID-19 actif et rétabli, suivi de l'État du Maharashtra. Chaque cas nécessite un suivi très poussé. De fait, le chef du gouvernement de la capitale, Arvind Kejriwal, a annoncé la création de centres spécialisés au sein de trois hôpitaux de New Delhi pour éviter la propagation de ce champignon noir et mettre à disposition des malades des traitements appropriés (des antifongiques). Actuellement, plus de 200 malades de la mucormycose y sont traités. Depuis la communication du ministre de la Santé du Maharashtra du 19 mai 2021, il y a eu 90 décès attribuables à la mucormycose.

Est-il présent en France ?

 "Il n'y a pas de signal particulier en France"

On trouve ces champignons partout dans notre environnement : sur les plantes, les animaux, les insectes… "Nous en respirons quotidiennement, mais la plupart des humains sont très résistants à ces champignons", indique à France 24 Stéphane Bretagne, chef du service de parasitologie-mycologie de l'hôpital Saint-Louis. Pour le moment, "il n'y a pas de signal particulier en France, même si on a eu quelques cas inattendus, probablement autour d'une dizaine ou d'une quinzaine", rassure Fanny Lanternier, médecin au service de maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Necker Enfants malades (AP-HP) qui officie par ailleurs au Centre National de Référence des Mycoses Invasives et Antifongiques de l'Institut Pasteur, dans une interview du 21 mai 2021 accordée au Parisien. La spécialiste des maladies infectieuses rapporte "une cinquantaine de cas par an en France".

Quel lien avec la Covid-19 ?

Certains médecins ont constaté que le champignon noir touchait en particulier les patients atteints de la Covid-19 qui ont été traités avec des stéroïdes. Ces médicaments affaibliraient le système immunitaire - déjà altéré par l'infection au coronavirus - ce qui favoriserait la survenue d'infections telle que la mucormycose. De ce fait, "l'utilisation sans discrimination de stéroïdes pour soigner les patients de la COVID-19 devrait être évitée", a déclaré le 19 mai le ministre de la Santé de l'État du Maharashtra Rajesh Tope. Un avis qui n'est pas partagé par la spécialiste des maladies infectieuses Fanny Lanternier, insistant sur le fait que cette maladie "ne remet pas en question l'importance du traitement avec des stéroïdes" en cas d'infection par le SARS-CoV-2. En parallèle, les mauvaises conditions d'hygiène dans certains hôpitaux sont incriminées. Selon les connaissances actuelles, la mucormycose est plus fréquente chez les personnes immunodéprimées (par exemple, en cas de leucémie ou d'autres troubles qui diminuent le nombre de globules blancs dans le sang), celles souffrant de diabète mal équilibré (en particulier en cas d'acidocétose), celles qui suivent un traitement chélateur du fer par la déféroxamine (médicament pour traiter la surcharge en fer) ou celles qui ont subi une greffe d'organe ou de cellules souches.

Elle ne se propage pas d'une personne à une autre.

Quels sont les risques de transmission ?

La mucormycose peut s'attraper après l'inhalation de spores fongiques présents dans l'air ou après une coupure ou une brûlure cutanée. En revanche, ce n'est pas une infection contagieuse : elle ne se propage donc pas d'une personne à une autre.

Est-il mortel ?

Oui. Selon les données des autorités sanitaires indiennes, le champignon noir aurait tué plus de 50 % des personnes infectées, en seulement quelques jours. Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies aux Etats-Unis évoquent un taux de mortalité de 54 %. Ce taux peut vite grimper si plusieurs organes sont nécrosés. 

Quel est le diagnostic ?

Le diagnostic de la maladie du champignon noir est essentiellement clinique. Il est ensuite confirmé par une histopathologie (étude des tissus au microscope ou dans une culture fongique). Dans certains cas, des tests d'imagerie comme une tomodensitométrie des poumons (scanner), des sinus ou d'autres parties du corps en fonction de l'emplacement de l'infection suspectée, peuvent être nécessaires.

Quel est le traitement ?

Le traitement doit être débuté dès que l'infection est diagnostiquée ou suspectée. Le traitement de la maladie du champignon noir consiste en l'administration d'un traitement antifongique (l'amphotéricine B par voie intraveineuse ou l'isavuconazole par voie orale ou intraveineuse) et d'une opération chirurgicale pour retirer les tissus infectés et nécrosés. Cette chirurgie est associée à un risque de défiguration. En parallèle, il est très important de contrôler et traiter l'affection sous-jacente. Par exemple, les patients avec une faible numération de globules blancs doivent recevoir des injections pour augmenter leur numération leucocytaire. Ceux atteints d'un diabète incontrôlé doivent recevoir des injections d'insuline. 

Prévention : comment se protéger du champignon noir ?

Il est difficile d'éviter de respirer des spores fongiques car les champignons responsables de la mucormycose sont partout dans l'environnement. De plus, il n'y a pas de vaccin pour prévenir la mucormycose. Il existe cependant des moyens de réduire les risques de développer une mucormycose. Ces bons réflexes sont particulièrement recommandés chez les personnes avec un système immunitaire affaibli.

  • Essayez d'éviter les zones avec beaucoup de poussière comme les chantiers de construction ou d'excavation. Si vous ne pouvez pas éviter ces zones, portez un masque facial N95.
  • Évitez les activités qui impliquent un contact étroit avec le sol ou la poussière, comme les travaux de jardinage. Si ce n'est pas possible, portez des chaussures, des pantalons longs et une chemise à manches longues lorsque vous faites des activités de plein air telles que le jardinage dans des zones boisées.
  • Portez des gants lors de la manipulation d'éléments tels que la terre, la mousse ou le fumier.
  • Pour réduire les risques de développer une infection cutanée, désinfectez et nettoyez bien les éventuelles blessures cutanées avec du savon et de l'eau, surtout si elles ont été exposées à la terre ou à la poussière. 

Source : Fiche Mucormycose des Centres américains de Contrôle et de Prévention des Maladies