Variant brésilien du Covid : vol suspendu en France, quel danger ?

Minoritaire à date en France (0.5% des tests), le variant brésilien est dangereux car plus contagieux et à risque de ne pas répondre aux vaccins. La France décide de suspendre les vols avec le Brésil jusqu'au 19 avril. Tout savoir sur ce variant.

Variant brésilien du Covid : vol suspendu en France, quel danger ?
© marchello74

[Mise à jour le mercredi 14 avril à 11h23] Minoritaire à date en France (0.5% des souches détectées mi-mars), le variant brésilien est considéré comme "préoccupant" par les autorités sanitaires. La France décide de suspendre les vols entre le Brésil et la France jusqu'au 19 avril, selon le décret paru mercredi 14 avril au Journal officiel"Eu égard à la situation sanitaire au Brésil (...), les déplacements de personnes en provenance de ce pays vers le territoire de la République sont, à l'exception de ceux nécessaires au transport de marchandises, interdits jusqu'au 19 avril 2021 à zéro heure." Chaque semaine, plus de 300 personnes venant du Brésil arrivent en France. Si les contrôles de tests ont été renforcés dans les aéroports français, pour le Pr Gilles Pialoux, invité de BFM-TV mardi 13 avril, les mesures préventives étaient jusqu'ici insuffisantes : "Le gouvernement recommande pour le Brésil que vous ayez une PCR (négative) de moins de 72 heures pour prendre l'avion, on vous demande sur l'honneur de vous confiner 7 jours alors que nous les soignants c'est au moins 10 jours pour le variant brésilien, et éventuellement on leur propose parfois des tests antigéniques. On ne peut pas faire comme ça." Il recommande lui un isolement de 10 jours "surveillé", leur faire des tests, tester les cas contacts, utiliser l'appli TousAntiCovid"On ne peut pas plaisanter avec le variant brésilien" a prévenu le médecin. Même son de cloche pour le Pr Rémi Salomon : "Il y a toutes les raisons d'être inquiets. S'il vient et qu'il prend de l'ampleur en Europe, il peut faire une quatrième vague qui peut être à nouveau très meurtrière", a-t-il jugé sur France Info

Quel est le nom du variant brésilien ?

Le variant brésilien est désigné par l'appellation : 20J/501Y.V3. 

Variant brésilien : P1 ou P2 ? 

Il y aurait en réalité deux variants brésilien du Covid 19, nommés P1 et P2. Le variant brésilien P1 a provoqué en décembre 2020 une flambée épidémique à Manaus, la capitale de l'état brésilien d'Amazonas. Le variant a été détecté au Japon chez quatre voyageurs de retour de ce même état au début du mois de janvier 2021. Il avait été détecté par des chercheurs brésiliens en décembre et présenté par une équipe internationale en janvier sur le site virological.org. En un mois seulement, ce variant est devenu dominant dans la région de Manaus. Le variant P2 aurait lui été détecté dans l'état de Rio de Janeiro par des chercheurs brésiliens qui l'auraient détectée au mois d'octobre selon cet article scientifique publié sur Medrxiv. Ces deux variants P1 et P2 sont proches et issus d'un autre variant B.1.128 qui circulerait au Brésil depuis février 2020, une première mutation "sans mutation notable de la protéine Spyke." En France, c'est le variant P1 qui circule et qui a été classé par les autorités sanitaires comme "préoccupant" au même titre que le variant anglais 20I/501Y.V1 et le variant sud-africain 20H/501Y.V2.

Variant brésilien en France

Selon l'enquête Flash publiée le 16 mars 2021 par Santé Publique France, le variant brésilien 20J/501Y.V3 (P.1) représente 0.5% des tests criblés (6% pour le variant sud-africain et 82.6% pour le variant anglais). Quatre premiers cas de contamination au variant brésilien ont été annoncés en France le 4 décembre 2020 par le ministre de la Santé Olivier Véran lors d'une conférence de presse. Il s'agissait d' "une femme qui revenait de Manaus au Brésil" et qui a transité par Sao Paulo, Francfort, Paris et Marseille a précisé le ministre. Les autres cas ont été identifiés dans le Var, le Haut-Rhin et à la Réunion.

  • Sur la semaine 13 (29 mars-4 avril), selon les chiffres de Santé Publique France, la proportion de suspicions de variant sud-africain ou brésilien allait de 3,8% chez les 10-19 ans à 5,1% chez les 90 ans et plus.
  • En métropole, six départements avaient une proportion de suspicions de variant sud-africain ou brésilien supérieure à 10%. Cette proportion était toujours particulièrement élevée en Moselle, (30,4% vs 34,7% en S12) ainsi qu'en Meurthe-et-Moselle (14,2%), en Vendée (13,8%) et dans les Vosges (13,3%).

→ En France, les personnes positives au variant brésilien doivent s'isoler pendant 10 jours. Un test de sortie d'isolement doit être systématiquement réalisé pour les personnes qui en sont porteuses. Après 10 jours, et en l'absence de fièvre depuis plus de 48h pour les patients sans symptômes, la levée de l'isolement est conditionnée pour les cas confirmés à l'obtention d'un résultat de test négatif. Si le test revient positif, l'isolement est prolongé de 7 jours après ce résultat.

Quelles sont les mutations de ce variant brésilien ? 

Le variant brésilien P1 présente deux mutations E484K et N501Y sur la protéine Spyke. Des mutations qui inquiètent tout particulièrement la communauté scientifique. La première permettrait aux virus d'échapper aux anticorps lors d'une réinfection ou après une vaccination. La seconde pourrait augmenter la transmissibilité du virus. Les informations concernant le variant P2 sont très parcellaires. "Toutes les mutations ne posent pas autant de questions que celles qui touchent la Spyke, la protéine de pointe qui accroche la particule virale sur la cellule et qui joue le rôle d'interface avec le récepteur. Il s'agit la protéine qu'on a mis dans tous les vaccins. Les anticorps doivent venir s'y accrocher et empêcher les cellules d'être infectées, soit séroneutraliser l'interaction entre le virus et la cellule. Les effets des mutations sur la protéine Spyke sont observés de très près car elles peuvent empêcher les anticorps de cibler le virus", explique le professeur de virologie Vincent Maréchal, contacté par le Journal des Femmes. 

D'où viennent ces variants ?  

Tous les virus mutent pour survivre et le Sars-Cov-2 n'échappe pas à la règle. Le virus du Covid-19 est composé d'une séquence génétique de 30 000 nucléotides. Pour infecter de nouvelles cellules, il se réplique, "c'est à ce moment que peuvent survenir les erreurs dans son patrimoine génétique. Comme s'il y avait des fautes de frappe dans une recette de cuisine de 30 000 caractères", image notre expert. Ces erreurs, ce sont les mutations. "Beaucoup de mutations sont silencieuses et ne présentent pas de conséquences sur le fonctionnement du virus, poursuit-il. D'autres sont dites délétères, dans ce cas, la mutation est détruite. Enfin, il y a les mutations qui améliorent le virus.Parmi ces améliorations, le virus peut être plus contagieux, échapper à la réponse immunitaire ou encore être capable de franchir la barrière de l'espèce...  Ces mutations rendent le virus plus performant que celui dont il est issu : "C'est ce qui explique pourquoi il prend l'avantage. C'est l'histoire naturelle des virus : les virus les plus contagieux deviennent les virus dominants, poursuit le professeur de virologie. Ce serait la raison pour laquelle le variant brésilien a pris le dessus très rapidement dans la région de Manaus."

Est-il plus contagieux ?

Selon Santé Publique France, les éléments préliminaires sont en faveur d'une augmentation de la transmissibilité de 40 à 120%. 

"Un variant qui survit est dangereux et il ne faut pas attendre pour agir." 

Plus dangereux ?

Selon Santé Publique France, ce variant n'a pas d'impact décrit sur la sévérité de l'infection. Mais les médecins en France s'inquiètent des mesures pas assez importantes mises en place dans les aéroports pour gérer l'arrivée de voyageurs du Brésil.  "Le gouvernement recommande pour le Brésil que vous ayez une PCR (négative) de moins de 72 heures pour prendre l'avion, on vous demande sur l'honneur de vous confiner 7 jours alors que nous les soignants c'est au moins 10 jours pour le variant brésilien, et éventuellement on leur propose parfois des tests antigéniques. On ne peut pas faire comme ça" a estimé le Pr Gilles Pialoux sur BFM-TV le 13 avril. Il recommande lui un isolement de 10 jours "surveillé", de leur faire des tests, de tester les cas contacts, d'utiliser l'appli TousAntiCovid"On ne peut pas plaisanter avec le variant brésilien" a prévenu le médecin. Même son de cloche pour le Pr Rémi Salomon : "Il y a toutes les raisons d'être inquiets. S'il vient et qu'il prend de l'ampleur en Europe, il peut faire une quatrième vague qui peut être à nouveau très meurtrière", a-t-il jugé sur France Info.

Peut-il résister aux vaccins ?

Selon Santé Publique France, le variant brésilien a un impact sur l'échappement immunitaire post-infection et post-vaccinal. Une récente communication scientifique publiée dans le New England Journal of Medicine a cependant montré que le vaccin Pfizer/BioNTech aurait un effet neutralisant. Selon une étude préliminaire de l'université de Cambridge publiée mardi 2 février, les anticorps des personnes vaccinées seraient 10 fois inférieurs à la quantité nécessaire pour neutraliser le virus porteur de la mutation. Selon Vincent Maréchal, "on est rentré dans un dispositif de cycles longs avec un virus qu'on pourra contrôler avec un vaccin mais qui n'empêchera pas d'autres variants d'être sélectionnés, des variants qui échapperont aux vaccins. Je pense qu'il va falloir s'habituer à être dans une course de fond contre le virus, comme avec la grippe." Le fait que le laboratoire américain Moderna ait annoncé préparer une nouvelle forme de son vaccin pour lutter contre le sud-africain en est une bonne illustration. Pour Vincent Maréchal, il faut vacciner davantage à l'échelle mondiale. "Ce qui est très préoccupant, c'est que plus le virus se multiplie – et il se multiplie partout dans le monde aujourd'hui – plus il y aura des mutants et donc des variants qui vont acquérir des propriétés nouvelles. Si on veut limiter la multiplication du virus et donc l'apparition des variants, ce n'est pas seulement les Français qu'il faut vacciner, il va falloir vacciner les gens dans les tous les pays du monde." 

Comment se protéger ?

Face au variant, les masques artisanaux, de catégorie 2 filtrant à 70 %, ne sont plus considérés comme un moyen de protection efficace. "Un masque qui filtre à 70 %, filtrera toujours à 70 %  mais s'il y a plus de virus dans la salive, il y a plus de virus qui filtrera à travers le masque. C'est pourquoi on appelle la population à utiliser des masques plus résistants", explique le professeur de virologie Vincent Maréchal. La question ne doit toutefois pas restée cantonnée aux masques. "Face aux variants, c'est l'ensemble des mesures barrières qu'il faut relever d'un cran", poursuit-il. "Il faut bien que les gens aient en tête qu'un variant implique de nouveaux enjeux. Risque d'échappement au vaccin, risque d'échappement à l'immunité, risque de transmission accrue : un variant qui survit est dangereux et il ne faut pas attendre pour agir." 

Merci au Professeur de virologie Vincent Maréchal.

Sources : 

Analyse de risque liée aux variants émergents de SARS-CoV-2 réalisée conjointement par le CNR des virus des infections respiratoires et Santé publique France (08/04/2021)

Etude Genomic characterization of a novel SARS-CoV-2 lineage from Rio de Janeiro, Brazil, Medrxiv, 26 décembre 2020

Article Three-quarters attack rate of SARS-CoV-2 in the Brazilian Amazon during a largely unmitigated epidemic, AAAS Science, 15 janvier 2021

Etude SARS-CoV-2 reinfection by the new Variant of Concern (VOC) P.1 in Amazonas, Brazil, Virological.org, 18 janvier 2021

Etude Pfizer BioNTech vaccine likely to be effective against B1.1.7 strain of SARS-CoV-2, Université de Cambridge, 2 février 2021

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