Virus respiratoire syncytial (VRS) : symptômes, contagion, traitement 

Le virus respiratoire syncytial - VRS en français ou RSV en anglais - provoque des maladies respiratoires dont certaines peuvent être gravissimes pour l'humain. Comparable aux virus de la grippe, il n'existe encore aucun médicaments ou vaccins efficaces. Le point sur ce virus avec le Dr Henri Agut, médecin virologue à Paris

Virus respiratoire syncytial (VRS) : symptômes, contagion, traitement 
© Katsiaryna Lenets - 123RF

Définition : qu'est-ce que le virus respiratoire syncytial (VRS) ?

Le VRS est un virus dont la structure générale est similaire à celle des virus de la grippe et du coronavirus SARS-CoV-2 agent de la Covid-19 qui sévit actuellement dans tous les pays du monde. Ces virus partagent d'ailleurs aussi d'autres propriétés communes en termes de mode de transmission, de résistance dans le milieu extérieur et d'agents de maladies respiratoires. Le VRS a été identifié comme agent responsable d'infections respiratoires chez les enfants au milieu du XXe siècle. "Dans les cultures cellulaires, l'infection virale provoque une altération très évocatrice, observable au microscope optique, qui est la fusion des cellules entre elles pour former une cellule géante contenant plusieurs noyaux : cette cellule géante est appelée un syncytium d'où le nom donné ensuite au virus. On distingue maintenant deux sous-espèces A et B parmi les VRS circulants, toutes deux responsables des mêmes maladies et pouvant circuler en même temps au cours d'une épidémie. " explique le virologue. Il faut ajouter qu'un nouveau virus, distinct du VRS mais très proche par ses propriétés virologiques et par les maladies qu'il provoque a été identifié au début du XXIe siècle : c'est le métapneumovirus humain qui est lui aussi un virus respiratoire infectant fréquemment les enfants.

Symptômes

Les premiers symptômes apparaissent généralement 4 à 6 jours après l'exposition au virus. Ils sont tout d'abord relativement proches de ceux d'un rhume : écoulement nasal, toux, fièvre, asthénie et perte d'appétit. Chez les enfants âgés et les adultes, les symptômes restent généralement bénins et le virus disparait le plus souvent spontanément au bout d'une à deux semaines. Dans certains cas, le virus peut provoquer une infection grave. Les symptômes qui doivent alerter sont alors les suivants : 

  • Difficultés à respirer (respiration rapide, sifflante)
  • Toux profonde
  • Lèvres ou bouts des doigts bleutés.

Ce sont ces signes que l'on observe en particulier dans les formes graves de bronchiolite du nourrisson.

Transmission 

Le VRS se multiplie dans les cellules des voies respiratoires dans le nez, dans la trachée, dans les bronches, parfois jusque dans les poumons. "La personne infectée va donc produire du virus dans les sécrétions respiratoires et excréter ce virus par voie aérienne : par des gouttelettes de sécrétions produites lors de la toux ou des éternuements, par des aérosols qui sont de plus petite taille et qui sont produits par la respiration ou par la parole " décrit le Dr Agut. Le virus peut également être transmis par les mains ou par des objets inertes (mouchoir, blouse, combiné téléphonique, jouet, bouton de porte, surface de travail…) contaminés par les sécrétions respiratoires d'un sujet infecté. "Il y a une sorte de paradoxe dans cette transmission : les virus qui ont une enveloppe sont en général fragiles et ont tendance à perdre rapidement leur pouvoir infectieux quand ils sont excrétés dans le milieu extérieur. Cependant, malgré leur fragilité, le pouvoir infectieux de ces virus est conservé pendant plusieurs heures dans le milieu extérieur, particulièrement quand ils se trouvent sur un support inerte. Le froid et l'humidité paraissent augmenter cette résistance alors que la chaleur et la dessiccation tendent à la réduire. " décrit le spécialiste. 

Temps de contagion

La durée de contagiosité dépend de l'âge du patient : 

  • Les nourrissons de moins de 6 mois sont contagieux pendant 3 semaines 
  • L'adulte l'est entre 3 à 7 jours chez l'adulte
  • Toute personne immunodéprimée peut être contagieuse jusqu'à plusieurs mois.

Personnes à risque 

Le VRS est très contagieux et, en pratique, tous les enfants ont été infectés avant l'âge de 2 ans. Le nourrisson qui a un système respiratoire un peu immature, est particulièrement vulnérable. D'une manière générale, les enfants fragiles - atteints de maladies cardiopulmonaires congénitales ou souffrant d'un déficit immunitaire, grands prématurés - sont à risque de formes graves. "Il en est de même pour les enfants des pays à faible niveau socio-économique dans lesquels les structures sanitaires sont insuffisantes pour gérer les formes compliquées " précise le spécialiste. L'infection à VRS n'induit pas, contrairement à d'autres infections virales, une immunité protectrice sur le long terme. "Après la primo-infection de la petite enfance, de nouvelles infections peuvent donc survenir tout au long de la vie". Les personnes âgées, à plus forte raison si elles souffrent d'une maladie chronique, pulmonaire ou cardiaque ou d'un déficit immunitaire, sont des patients à risque d'infections sévères. "Le VRS reste donc une cause importante de décès chez les personnes âgées, tout comme la grippe ou, tout récemment, le SARS-Cov-2 " ajoute le virologue.

Quelles maladies provoquent-ils ?

La principale complication est la bronchiolite, parfois très sévère, chez le nourrisson au système respiratoire encore immature. Le VRS est la première cause de bronchiolite chez les enfants et on estime que 25 et 40 % des enfants auraient des symptômes de bronchiolite au cours de leur 1ere infection VRS. "La bronchiolite du nourrisson est une cause majeure et prévisible d'hospitalisation hivernale, inquiétant les parents et débordant souvent les possibilités d'accueil des services de pédiatrie des grandes villes " explique le Dr Agut.

Risques de complications

Le VRS, comme toute infection virale, provoque un affaiblissement du système immunitaire, qui peut favoriser l'apparition d'une surinfection bactérienne. Chez les nourrissons, les risques sont liés à l'évolution en bronchiolite, qui peut nécessiter une hospitalisation en soins intensifs à cause de graves symptômes respiratoires. Chez l'adulte, le VRS peut être responsable de pneumonies chez les personnes âgées, affaiblies ou souffrant de problèmes pulmonaires.

Diagnostic (sérologie, test, examens...)

Si en période d'épidémie de bronchiolite, le diagnostic virologique est à peine nécessaire devant un nourrisson présentant des signes cliniques caractéristiques, dans de nombreuses circonstances, le recours à ce diagnostic est indispensable. "L'un des objectifs est alors de distinguer l'infection à VRS d'une autre infection donnant les mêmes signes cliniques qu'il s'agisse d'une infection virale telle que la grippe ou d'une infection bactérienne qu'il faut traiter par les antibiotiques " explique le virologue. Dès que l'infection est sévère, nécessite une hospitalisation et/ou une procédure d'isolement, ou présente des caractères atypiques le diagnostic virologique doit être pratiqué. "Il permet alors aussi de surveiller l'évolution des épidémies à VRS de façon rigoureuse, en les distinguant bien des autres causes d'infections respiratoires ". Pour le diagnostic, il faut pratiquer un prélèvement dans le nez ou la gorge, avec un écouvillon ou par aspiration. En milieu hospitalier, des examens endoscopiques permettent, quand cela est nécessaire, d'obtenir des prélèvements plus profonds des voies respiratoires. "La recherche du virus par culture cellulaire est aujourd'hui abandonnée pour le diagnostic, on préfère maintenant détecter des fragments du virus par des techniques moléculaires, l'approche la plus répandue et la plus sensible étant la recherche de l'ARN viral par PCR " décrit le médecin. Il existe des techniques combinées - dites multiplex - qui permettent de rechercher les ARN de plusieurs virus respiratoires différents sur le même prélèvement : VRS, grippe, métapneumovirus, rhinovirus. Ce diagnostic est indiqué à la phase aiguë de l'infection, quand les signes cliniques de la maladie sont présents. A distance de l'épisode infectieux, le diagnostic virologique direct n'est plus possible et le diagnostic sérologique a peu d'intérêt car il n'y a pas d'immunité protectrice à long terme. "La présence d'anticorps ne permet donc pas de conclure ni à une infection récente ni à la protection contre une nouvelle infection " conclut le virologue.

Traitement : comment soigner ?

Le VRS est un virus très fréquent et peut donner des infections gravissimes. Les autorités de santé, dont L'OMS, ont depuis plusieurs décennies, considéré comme une priorité le développement de vaccins et de traitements spécifiques contre le VRS. Malgré tous les efforts de recherche, leurs résultats ne sont pas encore très probants. "Plusieurs molécules ont donné des résultats prometteurs et certaines sont en cours d'essais cliniques mais aucune n'est validée pour une utilisation médicale élargie pour le moment " explique le virologue. Il n'existe donc pas encore de médicament commercialisé capable de bloquer et guérir une infection à VRS déclarée. "La ribavirine, médicament déjà commercialisé pour traiter d'autres infections virales, a été abandonnée dans le traitement des infections à VRS car elle était réellement peu efficace." A l'heure actuelle, le traitement est finalement un traitement symptomatique, fondé sur les antipyrétiques, les aérosols et l'administration d'oxygène. "Dans les formes les plus graves, la réanimation médicale permet de franchir la phase aiguë de l'infection à VRS et d'aboutir à la guérison dans l'immense majorité des cas". 

Taux de mortalité

Sur certains terrains fragiles, aux deux extrémités de la vie en particulier, le pronostic vital peut être engagé. Le taux de mortalité liée au VRS pour 100 000 personnes est de 5,4 avant 1 an, de 0,9 de 1 à 4 ans, de 2,6 de 5 à 49 ans, de 7,8 de 50 à 64 ans et de 29,6 à partir de 65 ans.

Prévention et vaccin

Les mesures de prévention en période épidémique, tout particulièrement dans les communautés d'enfants ou de personnes âgées, et notamment dans les établissements de soins sont essentielles. "Isolement des malades, port de masques respiratoires, lavage des mains après tout contact potentiellement infectant, gestes barrières, changement des blouses, nettoyage des objets potentiellement contaminés… etc. La prévention de l'infection à VRS coïncide ainsi parfaitement avec la prévention des autres viroses respiratoires " décrit le virologue. Les premiers essais vaccinaux à la fin des années 1960 se sont révélés décevants. Les vaccins, utilisant des virus entiers inactivés, étaient non seulement peu efficaces en termes de protection mais, ils induisaient des formes graves des maladies à VRS. "Cela souligne la complexité des mécanismes qui régissent l'infection virale, la réponse immunitaire et la protection contre une réinfection dont on sait qu'elle est naturellement fugace donc probablement difficile à induire par la vaccination " explique le Dr Agut. Des vaccins plus élaborés, constitués soit de virus atténués soit des préparations sous-unitaires, sont actuellement en cours d'essais cliniques. Un progrès notable a été la mise sur le marché d'un anticorps monoclonal anti-VRS, fabriqué au laboratoire et doué d'une incontestable activité anti-VRS, le palivizumab (Synagis®). Il permet de prévenir, au moins partiellement, la survenue des maladies à VRS mais il est très onéreux et nécessite plusieurs injections pendant chaque période épidémique. "Il est strictement réservé aux jeunes enfants à haut risque d'infections sévères à VRS " précise le virologue.

Merci au Dr Henri Agut, médecin virologue à Paris.

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