Maladie de Kawasaki et coronavirus : symptômes, cas en France, traitement

125 enfants présentant des symptômes similaires au syndrome ou maladie de Kawasaki sont recensés en France. Un sur deux avait eu une infection récente au Covid-19 et un garçon de 9 ans est décédé à Marseille. Quels sont les symptômes d'alerte ? Quand aller à l'hôpital ? Que sait-on de ces cas en France ? Quels traitements ?

Maladie de Kawasaki et coronavirus : symptômes, cas en France, traitement
© Sasi Ponchaisang -123RF

[Mise à jour le vendredi 15 mai 2020 à 12h40] En Italie, Royaume-Uni, Belgique mais aussi en France. En avril, des médecins ont alerté les autorités sur des cas de syndromes inflammatoires observés chez de jeunes enfants avec des symptômes proches de la maladie de Kawasaki et pour la plupart avec une infection Covid-19 récente. En France, 125 cas ont été signalés, rapporte Santé Publique France dans son point épidémiologique du 14 mai 2020. Faut-il s'inquiéter avec le retour progressif annoncé à l'école à partir du 11 mai ? Quel était l'état de santé de ces enfants ? Qu'est-ce que cette maladie ?

Quels sont les cas en France touchés par cet étrange syndrome ?

L'alerte en France a été donnée en avril par l'hôpital Necker qui a rapporté les cas de 25 enfants hospitalisés en réanimation en région parisienne avec un syndrome inflammatoire. "Ce syndrome inflammatoire implique le cœur, les poumons ou l'appareil digestif, expliquait le docteur Damien Bonnet, coordonnateur du réseau M3C Necker à Paris au quotidien Midi Libre. L'état clinique de certains patients rappelle la maladie de Kawasaki. Certains enfants avaient eu une infection récente au Covid-19. Afin de recenser au mieux ces tableaux cliniques atypiques, les pédiatres hospitaliers ont été invités, depuis le 30 avril, à signaler chaque nouveau cas possiblement en lien avec le COVID19 à Santé Publique France, ainsi que de manière rétrospective depuis le 1er mars 2020. "Au 12 mai 2020, 125 signalements de maladies systémiques atypiques pédiatriques confirmées ou suspectées d'être en lien avec le COVID-19 et survenus depuis le 1er mars 2020, ont été rapportés", indique Santé Publique France. Parmi ces cas :

→ Plus de la moitié des cas (58%) ont été rapportés par la région Ile-de-France.

→ 67 cas (54%) ont concerné des filles.

→ les enfants étaient âgés de 1 à 14 ans.

→ un garçon âgé de 9 ans, présentant une comorbidité neuro-développementale, est décédé. Sa sérologie vis-à-vis du COVID19 était positive.

les manifestations cliniques étaient constituées de syndromes d'inflammation systémique avec myocardite pour 72 patients, de syndromes d'inflammation systémique sans myocardite pour 47 patients (6 en attente de classement).

un séjour en réanimation a été nécessaire pour 65 enfants et en unité de soins critiques pour 25. Les autres enfants ont été hospitalisés en service de pédiatrie.

: Répartition des cas de maladies inflammatoires systémiques pédiatriques par groupe d’âge, France
: Répartition des cas de maladies inflammatoires systémiques pédiatriques par groupe d’âge, France © Santé Publique France

Un lien avec le coronavirus

C'est possible. "On soupçonne que c'est une réaction inflammatoire de l'organisme à un agent infectieux, encore inconnu. Ces syndromes se manifestent dans le contexte d'enfants qui ont été infectés par covid-19 à peu près un mois avant" soulignait le Pr Arnaud Fontanet le 30 avril lors d'une audition au Sénat.

"Ces résultats sont très en faveur d'un lien entre l'infection par le SARS-CoV-2 et cette pathologie"

Selon les données transmises par Santé Publique France sur les 125 cas signalés en France, 65 étaient positifs au virus SARS-CoV-2 après test PCR "et le lien au virus était probable chez 15 patients supplémentaires" indique l'agence de santé. "Ces résultats sont très en faveur d'un lien entre l'infection par le SARS-CoV-2 et cette pathologie" poursuit-elle. Et de préciser que le délai moyen de survenue de ces maladies inflammatoires systémiques est de 4 semaines après l'infection par le SARS-CoV-2. Le Pr Jean-François Delfraissy, Président du comité scientifique Covid-19, rappelait en avril que "cet aspect pédiatrique Kawasaki illustre la complexité de ce virus (Sars-CoV-2), il faut être vraiment modeste sur le plan scientifique. Il faut qu'on attende, il y a encore un besoin de connaissance." L'alerte est d'abord venue du Royaume-Uni où le National Health Service (NHS, Agence de Santé du pays) a rapporté les cas d'une douzaine d'enfants hospitalisés dans un état grave présentant de la fièvre, une inflammation des artères (comme lors d'une maladie de Kawasaki) et pour la plupart positifs au Covid-19"C'est une nouvelle maladie qui, selon nous, peut être causée par le coronavirus, a estimé le ministre anglais de la Santé, Matt Hancock sur la radio LBC. Nous ne sommes pas sûrs à 100% parce que certaines des personnes qui l'ont contractée n'ont pas été testées positives (au coronavirus). Nous faisons donc actuellement beaucoup de recherche. Mais c'est quelque chose qui nous préoccupe." Matt Hancock a confirmé "une augmentation apparente du nombre d'enfants de tous âges présentant un état inflammatoire multisystèmes nécessitant des soins intensifs à Londres et dans d'autres régions du Royaume-Uni".

CAS DE MALADIE DE KAWASAKI EN FRANCE
Distribution des cas de maladies inflammatoires systémiques pédiatriques, par semaine de début des signes, en fonction du diagnostic de COVID-19 et distribution des hospitalisations COVID-19, tous âges depuis le 2 mars 2020, France (données au 12 mai 2020) © Santé Publique France

Qu'est-ce que la maladie de Kawasaki et quels sont ses signes ?

La maladie de Kawasaki ou "Syndrome lympho-cutanéo-muqueux" a été décrite par Tomisaku Kawasaki en 1967. C'est une vascularite c'est-à-dire une maladie caractérisée par une inflammation des vaisseaux sanguins qui, en l'absence de traitement, peut se compliquer d'anévrismes coronaires peuvant être mortels. Même si cette maladie a été rapportée dans le monde entier, elle est beaucoup plus fréquente dans les populations asiatiques, en particulier au Japon. Elle touche dans la grande majorité des cas, les nourrissons et les jeunes enfants avant la puberté. Cette maladie est rare chez l'adolescent et l'adulte. Les enfants atteints de la maladie de Kawasaki présentent un mauvais état général. Les symptômes évocateurs de la maladie de Kawasaki :

  • une fièvre prolongée inexpliquée, supérieure à 38 °C, qui persiste au moins 5 jours et ne répond pas aux antipyrétiques ni aux antibiotiques,
  • une éruption cutanée ;
  • une conjonctivite qui apparaît avec la fièvre ;
  • des atteintes oropharyngées (érythème des lèvres, une sécheresse, des fissures et parfois des saignements). La langue est framboisée ;
  • les adénopathies cervicales (ganglions gonflés) ;
  • des atteintes des pieds et des mains : érythème des paumes ou des plantes ainsi qu'un œdème, desquamation de la peau, c'est-à-dire une perte de la couche superficielle de l'épiderme, touchant principalement la zone vers les organes génitaux, la plante des pieds ou la paume des mains.

Quels sont les risques ?

La gravité de cette maladie est définie par les risques cardiaques qu'elle peut engendrer, en l'absence de traitements. " Les complications cardiaques surviennent chez 25 à 30 % des patients non traités, rapporte La Revue du PraticienLa complication la plus importante est représentée par des anévrismes coronaires, qui surviennent habituellement entre 10 et 30 jours après le début de la maladie."

Comment se fait le diagnostic ?

Le diagnostic de la maladie de Kawasaki est difficile à poser au début, car plusieurs maladies infantiles ont des symptômes similaires. C'est devant l'association des signes précités, classiquement cinq des six signes évoqués ci-dessus, que le diagnostic est confirmé. Une prise de sang est parfois réalisée montrant une inflammation à son niveau, mais en cas de confirmation de maladie de Kawasaki, une échographie cardiaque doit être pratiquée à la recherche d'un anévrisme coronarien c'est-à-dire une malformation d'une artère du cœur qui fait toute la gravité de cette maladie infantile. Des thromboses, caillots sanguins oblitérant un vaisseau sanguin, peuvent aussi compliquer cette maladie.

Quels sont les traitements ?

La maladie de Kawasaki nécessite une hospitalisation. La pathologie est traitée à l'aide d'une combinaison médicamenteuse. L'aspirine est utilisée pour prévenir la formation de thromboses, associée à une cure d'immunoglobulines passées par voie veineuse. De plus, l'échographie cardiaque devra être répétée pour surveiller la survenue d'un éventuel anévrisme. "La maladie de Kawasaki est devenue exceptionnellement grave depuis qu'elle est traitée de manière précoce et efficace par les immunoglobulines" explique le Dr Fanny Bajolle du Centre de Référence "Malformations Cardiaques Congénitales Complexes-M3C" de l'hôpital Necker Enfants Malades. Des rechutes sont possibles mais rares.

Sources :

COVID-19 Point épidémiologique hebdomadaire du 14 mai 2020. Santé Publique France.

La maladie de Kawasaki en quatre tableaux. Dr Fanny Bajolle. Centre de Référence "Malformations Cardiaques Congénitales Complexes-M3C" de l'hôpital Necker Enfants Malades. 2011.

La maladie de Kawasaki; R. Cimaz*, J.-C. Lega; Hospice civils de Lyon, université Claude-Bernard, Lyon-1; 2007.

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