Cancer de l'ovaire : âge, symptômes, dépistage et traitement

Le cancer de l'ovaire touche plus de 4 000 femmes chaque année. Parce qu'il évolue en silence et que ses signes peuvent passer inaperçus, le cancer de l'ovaire est souvent diagnostiqué tardivement. A quel âge se déclare-t-il ? Quel est le dépistage ? Quels sont les symptômes pour le reconnaître et quels sont les traitements existants ?

Cancer de l'ovaire : âge, symptômes, dépistage et traitement
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Définition : qu'appelle-t-on un cancer de l'ovaire ?

Le cancer de l'ovaire est un cancer peu fréquent qui concerne environ 4 400 femmes chaque année en France. Il survient lorsque des cellules de l'ovaire, initialement normales, se transforment et se multiplient de façon anarchique pour former une tumeur maligne. Dans près de 9 cas sur 10, le cancer de l'ovaire se développe à partir des cellules qui recouvre l'ovaire. On parle d'adénocarcinome. D'autres formes de cancers peuvent se développer à partir des follicules ovariens ou du tissu de soutien qui forme le corps des ovaires.

Âge moyen

L'âge moyen du diagnostic du cancer de l'ovaire est de 65 ans. Il existe cependant des formes rares de cancers ovariens qui touchent les femmes jeunes voire les adolescentes. Ils sont en général découverts de manière précoce et sont de bon pronostic.

Stades

Le stade d'un cancer correspond à son degré d'extension au sein de l'organisme. Ainsi un cancer de stade précoce correspond à un cancer localisé alors qu'un cancer de stade avancé est un cancer qui s'est étendu à plusieurs organe du corps. En fonction différents critères, le cancer de l'ovaire est classé dans l'un des 4 stades définis par la Fédération Internationale de Gynécologie Obstétrique (FIGO). Ces stades sont numérotés de I à IV :

  • Stade 1 (I) : le cancer est limité aux ovaires

- Stade IA - Le cancer est limité à un seul ovaire et reste contenu à l'intérieur.

- Stade IB - Le cancer atteint les deux ovaires et reste contenu à l'intérieur.

- Stade IC - Le cancer touche un ou les deux ovaires, mais la tumeur peut avoir traversé la capsule ovarienne ou s'être propagée à la surface de l'ovaire. On retrouve des cellules cancéreuses dans le liquide de l'abdomen.

  • Stade 2 (II)  : la tumeur s'est étendue localement aux organes du bassin (organes pelviens : l'utérus, les trompes de Fallope, la vessie…).

- Stade IIA - La tumeur s'est propagée à l'utérus ou aux trompes de Fallope. il n'y a pas de cellules cancéreuses dans l'abdomen.

- Stade IIB - La tumeur s'est propagée à d'autres organes pelviens (vessie, rectum…). Il n'y a pas de cellules cancéreuses dans l'abdomen.

- Stade IIC - La tumeur s'est propagée aux organes pelviens (comme pour les stades IIa ou IIb) ET on retrouve des cellules cancéreuses dans le liquide abdominal.

  • Stade 3 (III) : la tumeur s'est étendue au péritoine ou aux ganglions lymphatiques situés dans le bassin (ganglions pelviens). On parle de métastases régionales

- Stade IIIA - Des métastases microscopiques sont découvertes sur le péritoine, lors de l'analyse au microscope réalisée après la chirurgie ou après une biopsie.

- Stade IIIB - Les métastases du péritoine mesurent jusqu'à 2 centimètres, mais aucun ganglion pelvien n'est atteint.

- Stade IIIC - Certaines métastases du péritoine mesurent plus de 2 cm et/ou le cancer s'est propagé aux ganglions pelviens.

  • Stade 4 (IV) : le cancer s'est propagé vers des organes éloignés : la plèvre (enveloppe des poumons), le foie sous forme de métastases à distance.
Cancer de l'ovaire schéma
Schéma du cancer de l'ovaire © Roberto Biasini - 123RF

Symptômes : ascite, sang, douleurs...

La difficulté d'une prise en charge précoce du cancer de l'ovaire est qu'il est silencieux : il ne se manifeste initialement par aucun symptôme. Cependant, quelques symptômes non spécifiques peuvent exister : gêne abdominale, pesanteur, constipation d'apparition récente et persistant plus d'un mois.

À un stade plus avancé, souvent lorsque le cancer s'est répandu à d'autres zones du bassin, d'autres symptômes apparaissent de manière plus ou moins isolée. "Ces symptômes sont non spécifiques et variés" signale le Dr Wautier :

  • Une augmentation progressive du volume abdominal due à une masse ou à une ascite (épanchement de liquide);
  • Des saignements vaginaux anormaux;
  • Des pertes vaginales anormales ;
  • Des symptômes d'une compression au niveau de la zone pelvienne : troubles du transit, subocclusion, faux besoins, symptômes urinaires (impériosités, pollakiurie) ;
  • Plus rarement, un œdème d'un membre inférieur, une phlébite ou une sciatalgie par compression d'une veine ou d'un nerf du rachis;
  • Une dyspnée qui peut être en rapport avec un épanchement pleural ;
  • Une douleur thoracique ;
  • Une perte de poids
  • Une altération de l'état général

Causes

On ne connaît pas aujourd'hui de causes directes au cancer de l'ovaire, mais il existe un faisceau de facteurs de risque connus : des antécédents familiaux de cancer de l'ovaire, mutations des gènes BRCA (ce gène aide normalement à contrôler la croissance des cellules cancéreuses), syndrome de Lynch (cancer colorectal héréditaire sans polypose), l'âge, des antécédents familiaux de certains cancers (hérédité), des antécédents personnels de cancer du sein, une grande taille à l'âge adulte, une prise d'hormonothérapie substitutive (traitement proposé contrôler les symptômes de la ménopause comme les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale et les sautes d'humeur), le tabagisme, une exposition à l'amiante, une endométriose. 

Diagnostic et dépistage : examens, frottis, IRM...

Le diagnostic du cancer de l'ovaire passe en premier lieu par un examen clinique chez le gynécologue qui prescrira, s'il le juge nécessaire, différents examens :

  • L'échographie pelvienne ou transvaginale qui permet de trouver une masse à l'ovaire et voir si c'est une tumeur solide ou un kyste rempli de liquide, de voir la forme et la taille de l'ovaire et observer son contenu, d'évaluer d'éventuelles anomalies dans d'autres organes du bassin, de vérifier s'il y a une accumulation de liquide dans l'abdomen (ascite)
  • Des bilans sanguins : dosage des marqueurs tumoraux, formule sanguine complète et analyses sanguines biochimiques
  • Une tomodensitométrie (TDM) afin d'évaluer le bassin, l'abdomen et les ganglions lymphatiques entourant les ovaires et de déterminer si le cancer s'est propagé à d'autres organes ou tissus
  • L'IRM qui tend à supplanter le TDM (ses indications sont les mêmes)
  • La biospie qui permet de diagnostiquer, stadifier et déterminer le traitement adapté au cancer de l'ovaire. Elle se fait généralement sous laparoscopie

"Aucun examen de dépistage n'est efficace : on n'a jamais pu démontrer que faire des échographies pelviennes à toutes les femmes chaque année serait efficace car c'est un cancer rare. En outre, en faisant trop d'échographies, on inquiète et on opère beaucoup de patientes pour rien. explique le Dr Wautier. C'est seulement en cas de point d'appel qu'on fait une imagerie, ou bien si il y a un gros contexte familial. La seule prévention possible lorsque les antécédents familiaux sont nombreux et/ou qu'il existe une prédisposition génétique connue comme une mutation du gène BRCA consiste en une à une ablation préventive des ovaires à la quarantaine".

Traitement : peut-on soigner un cancer de l'ovaire ?

Les traitements du cancer de l'ovaire dépendent de plusieurs facteurs (le stade, le grade (c'est à dire le degré de malignité/ agressivité du cancer), le type de tumeur, le projet d'avoir un enfant). La chirurgie est aujourd'hui le traitement principal du cancer de l'ovaire, peu importe le stade et le type. Elle vise à guérir du cancer en supprimant la totalité de la tumeur. "Il faut retirer tout ce qui est malade, sinon la chirurgie ne sert à rien" explique le Dr Wautier.

  • Lorsque le cancer est diagnostiqué à un stade précoce (stades 1 et 2), la chirurgie peut être le seul traitement nécessaire. Lorsque le cancer est limité aux ovaires, il s'agit d'enlever au minimum les deux ovaires, l'utérus et les trompes de Fallope. Cela s'appelle une "hystérectomie totale avec annexectomie bilatérale".
  • Lorsque le cancer est à un stade plus avancé (stades 3 à 4) et qu'il a atteint d'autres organes de l'abdomen notamment des organes digestifs comme le côlon ou le rectum, ceux-ci sont également enlevés lors de l'intervention.
  • La chimiothérapie peut être administrée avant ou après la chirurgie selon les cas. Elle peut diminuer les risques de récidive du cancer lorsque le chirurgien la tumeur dans sa totalité, réduire la taille de la tumeur et de ses extensions avant d'opérer et ralentir le développement des cellules cancéreuses si aucune opération n'est possible.
  • Selon les cas, l'hormonothérapie et les traitements ciblés pourraient avoir leur utilité.

Cancer de l'ovaire et métastases

Des cellules cancéreuses peuvent se propager depuis l'ovaire jusqu'à d'autres organes. On les appelle des métastases. Si un cancer de l'ovaire se propage, il peut provoquer des métastases dans : la trompe de Fallope, l'autre ovaire, l'utérus, le col de l'utérus, le vagin, l'épiploon (repli du péritoine qui recouvre et soutient les organes et les vaisseaux sanguins présents dans l'abdomen), le péritoine pariétal (membrane qui tapisse les parois de l'abdomen et du bassin) ou péritoine viscéral (membrane qui recouvre et soutient la plupart des organes abdominaux), le diaphragme (muscle mince situé sous les poumons et le cœur qui sépare la cavité thoracique de l'abdomen), les ganglions lymphatiques du bassin et du rétropéritoine, la vessie, le gros intestin, le rectum, l'intestin grêle, le foie, les poumons. 

Taux de guérison et de survie

Aujourd'hui, on évalue la survie nette après 5 ans pour le cancer de l'ovaire à 45 %, ce qui signifie qu'environ 45 % des femmes ayant reçu un diagnostic de cancer de l'ovaire survivront au moins 5 ans. Mais, ces chiffres sont des estimations très générales et dépendent du stade, du grade et le type de tumeur.

Association : où trouver de l'aide ?

Une proche ou vous-même êtes touchée par un cancer de l'ovaire ? Ne restez pas isolé(e). l'association IMAGYN (Initiative des Malades Atteintes des cancers GYNécologiques) est la première association pour les femmes atteintes de cancers pelviens (ovaires, endomètre, col de l'utérus…) Elle sensibilise, informe et soutient les femmes touchées par ces cancers en favorisant rencontres et échanges partout en France avec la tenue des Cafés IMAGYN. Plus d'infos sur l'association IMAGYN.

Merci au Dr. Anne Wautier, gynécologue.

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