Dépression : reconnaître les symptômes et en sortir

Humeur terne, perte de tonus, irritation fréquente, peur du lendemain, crises de larmes, remises en cause, tristesse permanente, troubles du sommeil... Si de tels symptômes s'installent et persistent, vous risquez fort de commencer une dépression. Comment lutter contre la dépression ?

Dépression : reconnaître les symptômes et en sortir
© Katarzyna Białasiewicz - 123RF

En France, selon l'Inserm, la dépression concerne une personne sur cinq (1 homme sur 10 et 1 femme sur 5). Près de 8 millions de personnes, ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie. Avec l'anxiété, elle est la plus répandue des troubles de l'humeur. La dépression est aussi le trouble psychologique qui a connu le plus grand boom ces dernières années, au point que la consommation d'antidépresseurs a explosé. 

Définition : qu'est ce que la dépression ?

La dépression est un trouble de l'humeur. Il se caractérise par une profonde tristesse, un désespoir, un manque de désir de vivre, un repli sur soi, une perte d'intérêts et de motivation pour les activités de tous les jours, un changement de comportement et un ralentissement psychique et moteur qui peuvent conduire dans les cas les plus extrêmes au suicide. La vraie dépression, aussi appelée épisode dépressif majeur, n'est pas un simple vague-à-l'âme de quelques jours. Elle se traduit par une série précise de symptômes, se manifestant sur une durée minimale de deux semaines et qui peut perdurer plusieurs semaines, mois voire années.

Dépression ou déprime : les différences ?

Beaucoup de personnes connaissent des épisodes de déprimes plus courts, liés à des facteurs déclenchants comme la mauvaise saison, la mort d'un proche ou encore un baby blues. Mais le mot "dépression" est entré dans le langage courant et ne désigne pas toujours à bon escient le trouble dépressif. Par exemple, la tristesse et l'abattement consécutifs à un deuil ne sont pas toujours dépressifs, même s'ils durent plusieurs semaines. De même, des sentiments passagers de mélancolie et des pertes d'enthousiasme ne forment pas nécessairement une dépression, mais plutôt une simple phase de déprime appelée à disparaître spontanément. Le terme de "dépression" se réfère ici à un état transitoire, indiquant une réactivité normale de l'individu à son contexte de vie, Il s'agit en réalité de déprime et non de dépression qui est une vraie pathologie.

Les types de dépression

Etat dépressif

La dépression est un trouble psychologique qui se caractérise par un état dépressif caractéristique. Celui-ci se traduit par une baisse de l'humeur, un désintérêt pour des activités habituellement sources de plaisir, un sentiment de culpabilité et/ou une baisse de l'estime de soi. Un état dépressif peut également avoir un retentissement sur le sommeil et l'alimentation et donner lieu à des idées suicidaires.  "Dans 60 % des cas, les états dépressifs sont traités par la prise d'antidépresseurs", précise le Dr Patrick Lemoine, psychiatre à Lyon. Une psychothérapie accompagne souvent le traitement médicamenteux.

Dépression chronique

Quand la dépression se poursuit pendant au moins deux ans, on parle de dépression chronique. Si elle est soignée par des antidépresseurs et une psychothérapie, parfois une hospitalisation en milieu psychiatrique s'avère nécessaire.

Dépression réactionnelle

La dépression réactionnelle est une forme de dépression causée par un événement marquant ou une pression psychique excessive. Ce peut être consécutif à un deuil, un accident, un problème professionnel… ou même parfois des événements pouvant paraître dérisoires. Les personnes en dépression réactionnelle sont sujettes aux pleurs intempestifs, à des troubles du sommeil et présentent les symptômes d'une dépression classique : tristesse, pertes d'intérêt et de motivation, repli sur soi, ralentissement psychique et moteur, modifications de comportement. La dépression réactionnelle est généralement traitée par antidépresseurs, complétés par une prise en charge psychothérapeutique.

Dépression post-partum

Si de nombreuses mamans peuvent connaître un baby blues après l'accouchement (jusqu'à 70 % peuvent être concernées), il n'est pas à confondre avec la dépression post-partum. "Dans le premier cas, les jeunes mères sont tristes, ont des crises de larmes brusques, elles sont irritables, insomniaques parfois et anxieuses, des symptômes qui apparaissent entre un et trois jours après la naissance et disparaissent spontanément au bout de deux semaines", explique le Dr Lemoine. Dans le cas d'une dépression post-partum, les symptômes sont une tristesse profonde et durable, un désintérêt quasi total pour les activités du quotidien, des insomnies, de l'irritabilité et de l'anxiété, une fatigue permanente ainsi que des troubles de l'interaction entre la mère et l'enfant ". Elle concerne 10 à 15 % des mères, et se manifeste environ 4 à 6 semaines après l'accouchement. "Une psychothérapie associée à la prise d'antidépresseurs sera le traitement de base. Au besoin, une hospitalisation dans une unité parents-enfants pourra être proposée", précise le Dr Lemoine.

Dépression saisonnière

Cet épisode dépressif, qui touche plus souvent les femmes et les enfants, survient généralement à l'automne ou au début de l'hiver et s'installe jusqu'au printemps. Elle est provoquée par une baisse de la lumière naturelle. "Les symptômes sont ceux d'un épisode dépressif : tristesse permanente, perte d'intérêt pour les activités de tous les jours, la boulimie sucrée, l'hypersomnie, la somnolence et une fatigue intense dès le réveil, explique le Dr. Lemoine. A ces principaux changements, peut également s'associer une baisse de libido, une prise de poids, une irritabilité et une dévalorisation de soi". Il existe une thérapie spécifique pour l'enrayer : la luminothérapie. "Elle consiste à s'exposer à une forte lumière, proche de celle du soleil, précise notre expert. Les séances durent une demi-heure. Mais des lampes de luminothérapies sont également disponibles dans le commerce". Des séances de psychothérapie peuvent compléter le protocole de soins.

Un individu dont l'un des parents fait une dépression a 2 à 4 fois plus de risque d'être lui-même dépressif.

Causes et facteurs de risques

Il existe des facteurs de risques héréditaires, mais plusieurs facteurs sont associés dans le déclenchement d'un épisode dépressif.Selon l'Inserm, un individu dont l'un des parents fait une dépression a deux à quatre fois plus de risque d'être lui-même dépressif au cours de sa vie. Surtout si le parent a développé un premier épisode dépressif avant l'âge de 20 ans. 

En moyenne, le premier épisode dépressif majeur se situe autour de 35 ans.

Dépression de la femme

Les femmes souffrent deux fois plus de dépression que les hommes. Et pour cause, les périodes de modifications hormonales comme la puberté, le cycle menstruel, la grossesse (baby blues), et surtout la ménopause, agissent sur l'humeur. Dans ce dernier exemple, la ménopause, correspond en effet à une étape existentielle majeure, pendant laquelle la femme doit accepter l'idée qu'elle n'aura plus d'enfant. Cela peut causer de profonds bouleversements psychologiques qui peuvent être compensés selon les cas pas les traitements hormonaux.

Dépression de l'enfant

La dépression de l'enfant est généralement plus "bruyante" qu'à l'âge adulte en ce sens qu'elle s'associe à des troubles du comportement. Difficultés scolaires, phases d'agitation et de replis, irritabilité, crises de colère, isolement sont souvent des motifs de consultation.

Dépression de l'adolescent

L'adolescence est une période de transition, marquée par le sentiment d'échec, de regret et de désillusion. L'adolescent doit en effet renoncer à ses rêves d'enfant et se confronter à la réalité de l'âge adulte. C'est pourquoi des états dépressifs de sévérité variable y sont fréquents. Mais le trouble dépressif de l'adolescent peut passer totalement inaperçu notamment lorsqu'il revêt d'autres formes que celles rencontrées chez l'adulte (dévalorisation, pessimisme...). Il se manifeste alors autrement : conflit avec l'autorité (scolaire, parentale), conduites à risque (abus de drogues, alcool, fugues), affections psychosomatiques, troubles de la sexualité, etc. Tous ces états peuvent ainsi masquer une dépression sous-jacente mais réelle.

Dépression de la personne âgée

II est difficile de diagnostiquer une dépression chez la personne âgée. De fait, les modifications du comportement tels que l'irritabilité, l'anxiété, les plaintes par rapport au corps sont également liés à l'âge. Se replier sur soi-même, se sentir triste et se plaindre peut en effet paraître normal à cet âge. Pourtant ces symptômes ne sont pas à prendre à la légère car la dépression ne serait pas diagnostiquée dans 40 % des cas.

Quels sont les signes d'une dépression ?

Selon l'OMS, neuf symptômes expriment la dépression. Ils sont variables d'un individu à l'autre. Parmi eux :

  • une humeur triste exprimée presque tous les jours, souvent plus prononcée le matin que le soir, aboutissant parfois à des crises de larmes sans motivation ; une perte d'intérêts pour les activités habituelles,
  • une diminution générale de la libido ;
  • une dévalorisation de soi,
  • une culpabilisation vis-à-vis de l'entourage,
  • le doute systématique et exagéré sur la valeur de ses actes ou de ses idées ;
  • les pensées récurrentes de mort et idée suicidaire ;
  • le ralentissement psychomoteur se traduisant par des difficultés de concentration, des baisses de vigilance, des trous de mémoire, des difficultés à suivre ou à participer à une conversation ; l'indécision face aux choix les plus simples ;
  • la variation importante de poids (5% de la masse corporelle) en perte ou en gain ;
  • le trouble du sommeil se manifestant par une insomnie (difficulté d'endormissement, réveil nocturne) ou une hypersomnie (envie fréquente de dormir, volonté consciente ou inconsciente de trouver refuge dans le sommeil) ; la sensation de fatigue dès le matin.

Pour les patients qui présentent entre 5 et 7 symptômes, la dépression est considérée comme légère à modérée. Au-delà de 8, elle est dite sévère.

Prévalence

Comme le stress, la dépression est souvent qualifiée de "mal du siècle". Il s'agit du trouble de l'humeur le plus répandu dans la population : il touche 13 % des femmes et 6,4 % des hommes, selon l'Invs. Quant à la probabilité de développer une dépression au cours de l'existence, elle s'élève à 10% chez les hommes et 20% chez les femmes. Le risque est donc élevé : un homme sur dix et une femme sur cinq sont ou seront donc sujets à la dépression. Plusieurs millions de familles sont concernées en France. 

Comment sortir de la dépression ?

Le traitement de la dépression comporte deux volets complémentaires (médicamenteux et psychologique) et intervient à deux niveaux : sur le cerveau grâce aux médicaments, et sur le psychisme grâce à la parole. Il est parfois long, afin d'éviter le risque de récidive. De nombreuses études ont confirmé l'efficacité pour 80 % des malades de l'association médicaments-psychothérapie. De plus, la dépression étant complexe, il n'existe pas une seule méthode. La prise en charge dépend notamment de la gravité de la dépression. Une dépression légère ne sera pas traitée de la même façon qu'une dépression sévère et encore moins qu'une dépression résistante. Elle dépend également du souhait de la personne déprimée et de la personnalité. C'est au cas par cas.

Avec la psychothérapie

Travailler sur soi permet d'identifier les causes de la maladie, d'accompagner la guérison et d'éviter les rechutes. " De nombreuses études ont prouvé l'efficacité de cette thérapie, assure le Dr. Lemoine. Elle apporte une écoute bienveillante, permet de mettre des mots sur la douleur et de lutter contre les pensées négatives et auto-dévalorisantes ". Les séances doivent être régulières, de l'ordre d'une à deux séances par semaine pendant plusieurs mois selon l'importance des symptômes.

Avec des antidépresseurs

Il s'agit de psychotropes dont le rôle est de faire disparaître les troubles de l'humeur. Dans le cas d'une dépression majeure, leur prise peut être recommandée. "Ils apportent un soulagement au bout de deux à trois semaines de prise, précise le Dr. Lemoine. Mais parce qu'ils ont des effets secondaires importants (troubles du rythme cardiaque, troubles sexuels, vertiges…), ils ne sont prescrits que pour une période, n'excédant pas 4 à 6 mois".

A savoir : le médecin peut prescrire en début de traitement un médicament anxiolytique pour diminuer les angoisses associées à la dépression. Il s'agit d'une prescription temporaire. De fait, les anxiolytiques ne doivent pas être pris pendant plus de quelques semaines. Au-delà, leur action est diminuée et le risque de dépendance physique est réel.

Avec des remèdes naturels

Les conseils ci-dessous ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Si les symptômes perdurent ou s'ils s'aggravent, il faut alors consulter rapidement son médecin traitant. Le Millepertuis est un antidépresseur naturel, utilisé dans les cas de fatigue chronique et comme régulateur d'humeur. Plusieurs études en placebo double-aveugle comparent même le millepertuis à certains antidépresseurs synthétiques, les effets indésirables en moins. La rhodiole favorise la concentration. Elle agit sur la fatigue cérébrale en stimulant les fonctions cognitives et sur la fatigue physique en améliorant le tonus. Elle atténue également l'anxiété et la dépression légère, lutte contre la fatigue générée par le stress.

Une étude réalisée en 2005 a comparé les effets du safran au Prozac et en a déduit qu'elle était tout aussi efficace, les effets secondaires en moins ! La raison ? Elle possède deux substances, le safranal et la crocine, qui stimuleraient la production de sérotonine, un neurotransmetteur dont le rôle est d'équilibrer le système émotionnel. Une demi-pincée suffit pour bénéficier de ses effets antidépresseurs.

Evolution d'une dépression

Une dépression peut disparaître spontanément en 6 et 12 mois. Mais elle annonce souvent une récidive. Selon l'Inserm, celle-ci survient dans les 5 années suivantes dans 50 à 80 % des cas. Le risque s'accroît avec la répétition des épisodes : 70% des personnes ayant connu deux périodes de dépression en présenteront une troisième, 90% de ceux qui en ont subi trois en affronteront une quatrième. Or, plus les récidives sont nombreuses, plus la dépression est sévère.

Au total, on estime que la moyenne des épisodes dépressifs majeurs au cours d'une existence se situe autour de 5. Mais il existe des variations considérables entre les individus. Les uns ne développeront qu'une ou deux fois le trouble : les autres vivront avec lui leur vie entière. On constate ainsi une moitié de guérison définitive et un tiers de guérisons partielles. Pour une personne sur cinq, l'évolution de la dépression sera chronique.

Dépression et suicide : le risque majeur

Le principal risque d'une dépression non traitée est le suicide. Selon un rapport de l'Académie de Médecine, le risque de suicide est multiplié par 21 en cas de dépression. Au final, entre 5 et 20 % des patients commettent une tentative ou adoptent un comportement suicidaire (prise de risque, autodestruction, mutilation…). Le risque de mortalité est particulièrement élevé lorsqu'il existe des antécédents dans la vie du patient ou dans la famille, lorsque la dépression a été déclenchée par un deuil ou une séparation, lorsque le dépressif est en situation de dépendance toxicologique (alcoolisme, drogue).

Prévenir la dépression

De nombreuses solutions existent pour se sentir mieux.

  • Adopter un mode de vie sain : pratiquer un sport, une activité de relaxation (méditation, yoga…), respecter ses cycles de sommeil et manger de façon équilibrée peuvent être un premier rempart contre la dépression.
  • Sortir tous les jours, afin de vous exposer à la lumière naturelle du jour
  • Avoir une vie sociale riche. Que ce soit entre amis ou en famille, les liens sociaux sont très importants pur la bonne santé mentale.
  • Consulter dès les premiers signes de tristesse. Prenez rendez vous chez un psychologue, un psychothérapeute ou un psychanalyste afin de désamorcer rapidement les premiers symptômes. Le bouche-à-oreille vous permettra de trouver un bon praticien.

Aider un proche qui souffre de dépression

Au moindre doute, si vous remarquez qu'un proche a changé, il est indispensable de lui faire admettre son état et son besoin de se soigner. L'objectif, c'est qu'il consulte, idéalement un spécialiste, psychiatre ou psychologue clinicien. Sinon, il peut voir dans un premier temps son médecin généraliste, qui est généralement bien formé sur le problème de la dépression. Si besoin, ce dernier prescrit des antidépresseurs, qui serviront à sortir la tête de l'eau pour pouvoir entamer un travail avec un psychothérapeute ou un psychologue dans un second temps. Il est important de ne pas laisser la situation s'aggraver.

Au quotidien, voici quelques conseils :

  • Pas de culpabilité. Bien souvent les proches ne comprennent pas les raisons du mal-être, d'autant plus lorsqu'il n'y a pas de problème majeur. Ainsi ils peuvent se sentir responsables et cela peut créer des tensions. Sachez que la dépression a des causes multiples et complexes et que vous n'en êtes pas la cause.
  • Pas de reproches. Inutile de l'accabler davantage en lui faisant mille reproches et en essayant de le motiver trop brutalement avec des phrases comme "arrête de traîner au lit", "ne te laisse pas aller", "d'autres sont plus malheureux que toi"...
  • Soutien et écoute. Il est important que vous restiez patient, même si il ou elle ressasse les mêmes idées et ne semble pas vous écouter. Par contre, évitez le piège de la protection rapprochée et étouffante. Le risque c'est que la personne déprimée se sente alors infantilisée et diminuée. Enfin, il est important de vous montrer rassurant, en expliquant par exemple que la dépression se soigne et qu'il existe des solutions.
  • Affection et petits gestes. Même si votre proche ne semble pas réagir, il ou elle y sera forcément sensible. De votre côté, vos efforts peuvent parfois vous paraître inutiles. Il n'en est rien, au contraire. Ne vous découragez pas, votre soutien est une aide précieuse et indispensable. De plus, il est important que vous ne vous laissiez pas envahir.

Merci au Dr Patrick Lemoine, psychiatre à Lyon.

Dépression : reconnaître les symptômes et en sortir
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Sommaire Définition Dépression ou déprime : différences Types de dépression • Etat dépressif • Dépression chronique • Dépression réactionnelle • Dépression post-partum • Dépression saisonnière Causes Signes Sortir de...