NASH - MASH : symptômes, nouveaux traitements, c'est quoi la maladie du foie "gras" ?

NASH - MASH : symptômes, nouveaux traitements, c'est quoi la maladie du foie gras ?

Longtemps sous-estimée en France, la MASH (ex-NASH) ou "maladie du foie gras" concernerait aujourd'hui entre 500 000 et 900 000 personnes. Ce dérèglement métabolique provoque une inflammation chronique du foie pouvant évoluer vers la cirrhose ou le cancer.

Longtemps localisée aux États-Unis et par conséquent méconnue et sous-estimée en France, la NASH (ou la MASH) y est de plus en plus fréquente. Elle concernerait entre 500 000 à 900 000 Français. Elle correspond à la maladie du "foie gras" qui peut évoluer en cirrhose voire en cancer. Manque d'exercice, sédentarité, alimentation riche en sucres favoriserait l'apparition de la NASH. Comment la déceler ? Quels sont les symptômes ? Quels sont les facteurs de risque ? Comment la soigner ? Interview du Pr Patrick Marcellin, hépatologue à l'hôpital Beaujon et Président de l'APHC (Association pour l'amélioration de la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques du foie).

Doit-on dire NASH ou MASH ?

NASH est l'acronyme de Non-Alcoholic SteatoHepatitis en anglais ce qui signifie en français "stéato-hépatite non alcoolique". Depuis 2023, la communauté médicale mondiale recommande officiellement d'utiliser le terme MASH (Metabolic dysfunction-Associated SteatoHepatitis). Ce changement vise à mieux souligner les causes métaboliques de la maladie tout en évitant le mot "alcool", qui pouvait être perçu comme stigmatisant par les patients. Si le terme NASH reste encore utilisé dans le langage courant (dans cet article, on utilisera le terme le plus courant, donc NASH), c'est bien MASH qui figure désormais dans les dossiers médicaux et les nouvelles recommandations de santé.

Définition : c'est quoi la maladie du foie gras ?

Le foie est un organe de stockage qui transforme les sucres absorbés en graisses : des graisses nécessaires pour avoir de l'énergie et faire fonctionner son cerveau. Quand il y a une accumulation anormale de graisses dans les cellules du foie (appelées hépatocytes), on parle de stéatose. "Cette stéatose peut devenir pathologique lorsqu'elle est excessive et évolutive, c'est-à-dire quand il y a une surcharge en graisse, qu'il y a des complications hépatiques et qu'elle est associée à une inflammation du foie : c'est là que l'on parle de NASH", explique l'hépatologue. La NASH est donc une maladie caractérisée par une accumulation de graisse dans les cellules du foie, associée à une inflammation de cet organe. Plusieurs études ont montré que les nombres de cirrhoses, de cancers et de transplantations du foie étaient en nette augmentation au cours des dernières années, "ce qui est évidemment lié au nombre de NASH en hausse", précise le spécialiste.

Stades des maladies du foie schéma
Stades des maladies du foie : d'un foie sain à la cirrhose © masia8 - 123RF

Quels sont les symptômes d'une NASH ?

"Il n'y a pas de symptômes spécifiques liés à une stéatose excessive. Certaines personnes souffrent donc de la maladie de NASH sans présenter aucun signes alarmants ou manifestations physiques particulières", tient à préciser le Pr Marcellin. Toute la difficulté est donc de pouvoir détecter une NASH. Statistiquement, cette maladie concerne surtout les hommes de plus de 50 ans, mais aussi les femmes après la ménopause. Mais depuis quelques années, la NASH s'observe également chez des patients de plus en plus jeunes qui ont :

  • une surcharge pondérale,
  • un régime alimentaire "à l'américaine" (soda, beaucoup de glucides...) ou peu équilibré
  • ou qui présentent certains facteurs de risques comme du cholestérol, des triglycérides...

Quels sont les facteurs de risques de la NASH ?

Cette maladie peut concerner tout le monde, même s'il existe des facteurs de risques associés. "Une personne ayant une surcharge pondérale - même légère - du diabète, du cholestérol, des triglycérides, ou de l'hypertension artérielle, a plus de risques de développer une NASH et doit donc être particulièrement vigilante", alerte l'hépatologue. Pour le moment, on ne connaît pas très bien les mécanismes responsables de l'inflammation ou de la fibrose, toutefois, la NASH pourrait être liée à un facteur génétique : il est désormais bien établi qu'environ 10 à 15 % des patients atteints de MASH ne sont pas en surpoids (c'est le "Lean MASH"). Le risque est lié à la graisse viscérale (autour des organes) et non seulement à l'IMC. Même une personne d'apparence mince peut être concernée si son alimentation est trop riche en sucres transformés ou si elle a une prédisposition génétique.

Quelles sont les causes de la NASH ?

Il est difficile de déterminer les causes précises d'une NASH. Toutefois, il semblerait que le manque d'exercice, la sédentarité, ou une alimentation riche en aliments ultra-transformés et en sucres favoriserait l'apparition de cette pathologie. En cause : "notre mode de vie alimentaire actuel (consommation de malbouffe, de fast-food, de produits industriels, de déjeuners sur-le-pouce… ainsi qu'une position assise et une sédentarité au travail) fait qu'on absorbe plus, voire trop, de sucres qui peuvent s'accumuler dans le foie", argumente l'expert. Et il faut savoir que le sucre est lié à un phénomène d'addiction, d'autant plus avec l'effervescence des produits light ou "zéro" qui, comme ils contiennent des faux sucres et des édulcorants, n'alertent pas les centres de satiété du cerveau comme le ferait le "vrai sucre", stimulent l'appétit et nous incitent à consommer encore plus de sucre. Et comme "plus on avale de sucres, plus on a envie d'en consommer", les stéatoses sont de plus en plus fréquentes. De plus, nombre d'aliments que nous consommons quotidiennement, ne semblent a priori pas sucrés, mais en contiennent énormément. Il s'agit des produits industriels, des jus de fruits, des sauces, des pains de mie, des produits diététiques ou encore des poêlées de légumes préparées....

Diagnostic : quels examens pour déceler la NASH ? 

Puisqu'il n'existe pas de symptômes visibles, le diagnostic repose sur une stratégie de dépistage en plusieurs étapes, visant à identifier l'inflammation et, surtout, le degré de fibrose (cicatrisation) du foie.

► Étape 1 : Le score FIB-4 (Premier tri). Aujourd'hui, le bilan sanguin classique ne se limite plus à l'observation des transaminases. "Si un taux élevé de transaminases reste un signal d'alerme, il peut être normal même en cas de maladie avancée", prévient l'hépatologue. Les médecins utilisent désormais prioritairement le score FIB-4. Ce calcul simple, basé sur l'âge, le taux de transaminases et le taux de plaquettes, permet d'évaluer très rapidement le risque de fibrose dès la médecine de ville.

► Étape 2 : Les biomarqueurs spécialisés. Si le score FIB-4 est suspect, des tests sanguins de seconde intention, plus approfondis, sont pratiqués. Des outils comme le test ELF (Enhanced Liver Fibrosis) ou le FibroMètre sont devenus des standards en 2026. Ils mesurent des marqueurs biologiques directement liés à la dégradation de la matrice du foie, offrant une précision bien supérieure aux tests d'autrefois pour confirmer la présence d'une MASH.

► Étape 3 : L'imagerie et l'élastométrie. L'échographie permet de visualiser la graisse, mais c'est l'élastométrie (réalisée au moyen d'un FibroScan®) qui est l'examen clé. "Il permet de quantifier la stéatose mais surtout de mesurer la 'dureté' du foie pour déterminer le stade exact de la fibrose", précise l'expert. Grâce à la performance combinée de ces tests sanguins et du FibroScan®, la biopsie hépatique (prélèvement d'un fragment de foie) est désormais devenue exceptionnelle et n'est réservée qu'aux cas les plus complexes.

Traitement et alimentation : comment soigner la NASH ?

Prise à temps, au stade précirrhotique, la maladie est réversible : une alimentation équilibrée et une activité physique régulière restent les piliers pour stopper le processus. Cependant, le paysage thérapeutique a franchi une étape historique : des traitements médicamenteux spécifiques sont désormais disponibles ou en phase finale d'autorisation. Nous disposons enfin de molécules capables de cibler directement la fibrose et l'inflammation hépatique, comme le resmetirom (commercialisé sous le nom de Rezdiffra), premier traitement à avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché en Europe pour les patients avec fibrose significative. D'autres options, comme le lanifibranor, sont également au cœur des stratégies thérapeutiques actuelles.

Le spécialiste souligne toutefois que ces médicaments ne remplacent pas les fondamentaux : "L'innovation médicale vient soutenir les efforts du patient, mais la modification de l'hygiène de vie - réduire les sucres transformés, limiter les graisses saturées et augmenter la dépense physique - demeure indispensable pour éliminer durablement la graisse du foie." Il note aussi l'intérêt croissant des agonistes des récepteurs du GLP-1, tels que le sémaglutide ou le tirzépatide, qui, en traitant le surpoids et le diabète, agissent indirectement mais puissamment sur la santé du foie.

Il est fortement conseillé d'adopter une prise en charge pluridisciplinaire. En plus de l'hépatologue et du médecin généraliste, l'accompagnement par un diététicien et, si nécessaire, un addictologue ou un psychologue, est essentiel. Une perte de poids, même modérée (de l'ordre de 5 à 10 %), entraîne généralement une normalisation des transaminases et une réduction significative de la stéatose et de l'inflammation.

La NASH est-elle réversible ?

"La stéatose est réversible : en l'absence de médicaments, une bonne hygiène de vie et une alimentation plus équilibrée permettent de réduire les risques de complications", conclut le spécialiste.

Merci au Pr Patrick Marcellin, à l'époque de la publication de l'article (2020), hépatologue à l'hôpital Beaujon et Président de l'APHC (Association pour l'amélioration de la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques du foie). Mis à jour avec l'expertise du Pr Laurent Castera, spécialiste des maladies du foie, expert international de la MASH et des méthodes non invasives de diagnostic de la fibrose hépatique (Hôpital Beaujon, Paris) 

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