Quels sont les signes d'une (vraie) dépression ?

En 2017, près d'un adulte sur dix a déclaré avoir vécu un épisode dépressif au cours des douze derniers mois. L'occasion de rappeler les signes de cette vraie pathologie, bien loin d'une déprime passagère.

Quels sont les signes d'une (vraie) dépression ?
© Rafael Ben-Ari - 123 RF

La dépression a progressé entre 2010 et 2017, relève une étude du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publiée le 16 octobre 2018. Menée auprès de plus de 25 000 personnes, elle conclut qu'en 2017, près d'un adulte de 18 à 75 ans sur dix avait déclaré avoir vécu un épisode dépressif caractérisé ayant eu un retentissement sur ses activités habituelles au cours des 12 derniers mois. "C'est deux points de plus par rapport à 2010, après une période de stabilité entre 2005 et 2010", note le BEH. Dans le détail, la dépression augmente le plus chez les 35-44 ans (+4,4 points) et les étudiants (+4 points). Les personnes aux plus faibles revenus sont les plus exposées, avec une augmentation de 3 points entre 2010 et 2017. 

Deux fois plus de femmes dépressives

Le trouble touche deux fois plus les femmes (13%) que les hommes (6,4%). Bien que les mécanismes ne soient pas complètement élucidés, cela peut s'expliquer par les rôles et positions sociales selon le sexe, qui impliquent des différences aussi bien en termes d'exposition au stress que de stratégies pour y faire face, analysent les auteurs. Autre hypothèse : les hommes seraient moins enclins à admettre une dépression et exprimeraient leur mal-être par le biais de troubles davantage extériorisés, tels que les addictions ou les troubles de conduites. Enfin, les troubles dépressifs sont responsables de 35 à 45% des arrêts de travail. Chez les hommes comme chez les femmes, le fait d'avoir été victime de menaces verbales ou physiques augmente le risque de présenter une dépression, tout comme la peur de perdre son emploi. 

La dépression n'est pas la déprime passagère

En préambule, les auteurs de l'étude soulignent que la vraie dépression, au sens médical du terme, ne doit pas être confondue avec la déprime passagère qui peut toucher tout à chacun. De fait, l'expression "être déprimé" employée trivialement par, qui veut exprimer un manque d'allant et une baisse de moral, traduisent un sentiment de mal-être. "Dans cet usage, le terme se réfère à un état transitoire, indiquant une réactivité normale de l'individu à son contexte de vie", commentent-ils. En réalité, le mot "dépression" définit une vraie pathologie, dont le diagnostic répond à une série de critères bien définis. Récemment, poursuivent-ils, le terme d'"épisode dépressif caractérisé" (EDC) a d'ailleurs supplanté celui de "dépression" afin de réaffirmer sa réalité, face au risque de banalisation.

Dépression : quels symptômes ?

La vraie dépression, celle qui est considérée comme une pathologie, aussi appelée "épisode dépressif caractérisé" (EDC), est décrite par un faisceau de symptômes : altération de l'humeur (tristesse, perte de plaisir), des fonctions instinctives (sommeil, appétit et libido) et des fonctions cognitives. La dépression se caractérise par une tristesse ou une perte d'intérêt et de plaisir, associées à des sentiments de culpabilité ou de dévalorisation de soi, un sommeil ou un appétit perturbé, des problèmes de concentration ou encore des idées suicidaires. Ces symptômes sont intenses, durables et entraînent un retentissement important sur les activités et le fonctionnement des individus. Les troubles dépressifs seraient ainsi retrouvés dans plus de la moitié des cas de décès par suicide.

Un EDC se caractérise par : au moins un symptôme principal, accompagné d'au moins trois symptômes secondaires, avec un retentissement sur les activités habituelles. 
Symptômes principaux : 
  • Vivre une période d'au moins deux semaines consécutives en se sentant triste, déprimé, sans espoir pratiquement toute la journée et presque tous les jours ; 
  • Vivre une période d'au moins deux semaines consécutives en  ayant perdu intérêt pour la  plupart des choses pratiquement toute la journée et presque tous les jours. 
Symptômes secondaires 
  • Se sentir épuisé ou manquer d'énergie plus que d'habitude ; 
  • Avoir pris ou perdu au moins 5 kg ; 
  • Avoir plus que d'habitude des difficultés à dormir ; 
  • Avoir beaucoup plus de mal que d'habitude à se concentrer ; 
  • Avoir un sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inapproprié ; 
  • Avoir beaucoup pensé à la mort ; 
  • Avoir perdu de l'intérêt pour la plupart des choses comme les loisirs, le travail ou les activités qui donnent habituellement du plaisir (si symptôme principal de tristesse). 

En conclusion, les auteurs soulignent que la prévention et la prise en charge des états dépressifs, de par leurs impacts sanitaires, économiques et sociaux, doivent s'imposer comme des priorités de santé publique. D'après les conclusions tirées de la recherche internationale, la priorité devrait être d'investir sur le développement des compétences psychosociales dans l'enfance et l'adolescence et sur la mise en place de dispositifs visant à faciliter le repérage, l'orientation et la prise en charge, notamment psychothérapeutique, des  populations les plus vulnérables

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