Dépistage remboursé du cadmium : pour qui, prix, 1 Français sur 2 ?

Le dépistage de l'exposition au cadmium, un métal toxique présent notamment dans le pain, les pommes de terre ou les céréales, devrait bientôt être remboursé. Mais pas pour tout le monde. Quels Français sont concernés ?

Dépistage remboursé du cadmium : pour qui, prix, 1 Français sur 2 ?
© Droits réservés / Journal des Femmes (photo d'illustration)

À l'heure où la pollution aux métaux lourds s'invite de plus en plus dans nos assiettes et dans l'actualité, la France vient de décider de rembourser, sous certaines conditions, le test de détection du cadmium pour protéger les populations les plus exposées. Le cadmium est un métal lourd très toxique pointé du doigt par les autorités sanitaires pour son omniprésence dans notre agriculture. Il se retrouve dans de nombreux aliments comme les produits à base de blé, d'avoine ou de pain, mais aussi le riz, les pommes de terre ou encore le chocolat. La dose hebdomadaire tolérable est de 2,45 microgrammes/kilo (μg/kg) de poids corporel, soit, pour une personne de 70 kg, 171,5 μg par semaine. L'Anses révèle pourtant que 47,6% de la population de 18 à 60 ans dépassait le seuil de concentration critique de cadmium dans les urines entre 2014 et 2016.

Si ces chiffres alertent, c'est parce que le cadmium est reconnu depuis plus de 20 ans comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, il contribue à de graves problèmes de santé : maladies cardiaques (infarctus), pulmonaires (cancer, BPCO), rénales, osseuses (ostéoporose) ou métaboliques (diabète). L'organisme l'élimine très lentement, ce qui favorise son accumulation au fil du temps. C'est dans ce contexte que l'Assurance maladie et les syndicats de biologie médicale se sont accordés début avril sur le remboursement d'un test de dépistage en laboratoire de ville, selon l'Agence France-Presse relayé par RTL. La mise en œuvre est attendue à l'été 2026, une fois l'accord validé par les instances compétentes et publié au Journal officiel.

Concrètement, ce dépistage – réalisé par analyse urinaire ou sanguine – devra être prescrit par un médecin. Son tarif a été fixé à 27,50 euros, avec une prise en charge à 60 % par l'Assurance maladie et 40 % par les complémentaires santé. Mais cette prise en charge sera réservée à un public ciblé et concernera uniquement les "personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence". Sont notamment visés les salariés exposés dans leur activité professionnelle ainsi que les personnes vivant à proximité de sites industriels identifiés comme pollués. Ainsi, selon la Haute Autorité de santé, pour que le test de dépistage du cadmium soit remboursé par l'Assurance Maladie (selon les critères de l'accord de 2026), il ne suffit pas de s'inquiéter de son alimentation. Le remboursement est basé sur une combinaison entre votre lieu de vie et vos habitudes.

Le sol de votre domicile : tout part de la pollution du sol là où vous habitez. Il faut que la concentration en cadmium dépasse certains seuils (0,5 ou 1 mg/kg). En pratique, cela concerne les personnes vivant :

  • Près d'anciennes usines métallurgiques ou de fonderies.
  • Sur des terrains identifiés comme "sols pollués" par les autorités régionales de santé (ARS).

Les profils spécifiques "à risque" : si vous habitez sur un tel sol, vous êtes remboursé si vous cochez l'une de ces cases :

  • Le jardinage et la cueillette : Si vous mangez régulièrement les fruits ou légumes de votre propre jardin situé sur ce sol. Le cadmium remonte de la terre vers les plantes.
  • L'ingestion involontaire de terre : Cela concerne surtout les enfants de moins de 7 ans (qui portent les mains à la bouche après avoir joué par terre) ou les personnes qui ont l'habitude de se ronger les ongles.

► L'ancienneté (L'effet "accumulation") : Le cadmium reste dans le corps très longtemps. Le test est remboursé si :

  • Vous vivez sur place depuis plus de 10 ans.
  • Ou seulement 5 ans si vous y avez habité quand vous étiez enfant (moins de 7 ans).

Ces critères sont jugés stricts par certaines associations, biologistes et médecins. Ils estiment que limiter le remboursement aux zones industrielles est une erreur stratégique, car la contamination est désormais globale et liée à la consommation alimentaire nationale. "Cibler le dépistage en fonction du lieu de résidence n'a pas de sensc'est nier les alertes de l'Anses et de Santé publique France qui montrent un problème de contamination globale par voie alimentaire", s'indigne Pierre Souvet, fondateur de l'Association Santé Environnement France dans un article du Monde. Le grand public est invité à rester vigilant et à discuter de l'exposition environnementale avec son médecin traitant.