Ce médicament est dangereux pour le cerveau après 60 ans : il accélère le déclin cognitif
Le risque est d'autant plus préoccupant que ces traitements sont souvent prescrits au long cours.
Les prescriptions de médicaments - utilisés notamment contre l'incontinence, la dépression, le stress, la maladie de Parkinson ou les allergies - augmentent en vieillissant. Or, une exposition prolongée à certains traitements est associée à un risque accru de déclin cognitif. Un gériatre met en garde.
Les médicaments ciblés ici inhibent l'action de l'acétylcholine, un neurotransmetteur qui joue un rôle essentiel dans la transmission des signaux entre les cellules nerveuses, ainsi qu'entre les neurones, et dans les processus de mémorisation. On les appelle des "anticholinergiques". Chez les sujets sains, une exposition prolongée à des anticholinergiques est associée à une atrophie cérébrale, mise en évidence par imagerie. "Chez les patients déjà atteints de troubles cognitifs — comme ceux souffrant de la maladie d'Alzheimer, où les neurones cholinergiques sont déjà en grande partie détruits, l'effet est direct : la quantité d'acétylcholine étant déjà réduite, l'administration d'un anticholinergique aggrave la situation", explique le Dr Pierre-Edouard Baudouin, gériatre à l'hôpital Paul-Brousse. D'après lui, la diminution de l'acétylcholine pourrait également favoriser une élévation chronique du cortisol, connue pour induire une inflammation persistante, elle-même impliquée dans des mécanismes de dégénérescence cérébrale.
Les médicaments anticholinergiques sont nombreux et se retrouvent dans plusieurs classes thérapeutiques, notamment les antidépresseurs, les anxiolytiques, les antipsychotiques, les antihistaminiques, les antispasmodiques urinaires ou encore les antiparkinsoniens. "Si l'ensemble des médicaments anticholinergiques comporte un risque, les psychotropes — en particulier les neuroleptiques — figurent parmi ceux qui possèdent la charge anticholinergique la plus élevée", informe le gériatre. Parmi les psychotropes à effet anticholinergique, l'antidépresseur Laroxyl (Amitriptyline) est un des plus prescrits. Le risque est d'autant plus préoccupant que ces traitements sont souvent prescrits au long cours.
Les neuroleptiques, notamment, sont initiés relativement tôt dans la vie chez des patients souffrant de troubles psychiatriques, ce qui prolonge l'exposition cumulée au fil des années. "À l'inverse, d'autres médicaments anticholinergiques, comme ceux utilisés contre les troubles urinaires (généralement à partir de 60-65 ans) sont débutés plus tardivement. Ceux contre la douleur sont quant à eux prescrits sur une courte durée donc l'imprégnation est plus courte à l'échelle du patient", décrypte le gériatre.
Existe-t-il des alternatives thérapeutiques aux anticholinergiques ? La réponse dépend fortement de l'indication. "Lorsqu'il s'agit de troubles psychiatriques, notamment d'hallucinations ou de troubles du comportement sévères, les alternatives aux psychotropes, en particulier aux antidépresseurs et aux antipsychotiques, restent très limitées", détaille le médecin gériatre. Dans ces cas-là, la marge de manœuvre est restreinte. "En revanche, pour d'autres indications comme les troubles urinaires ou certaines pathologies cardiovasculaires, des options thérapeutiques non anticholinergiques existent et peuvent être envisagées", souligne-t-il. Il est donc essentiel d'évaluer au cas par cas la balance bénéfice-risque, en tenant compte à la fois de la pathologie traitée et de la charge anticholinergique globale du patient.