La liste noire des médicaments de Prescrire pour 2022

"La liste noire des médicaments de Prescrire pour 2022"

Ketum, Voltarène, Motilium... La revue médicale Prescrire a actualisé sa liste noire des médicaments qu'elle juge plus dangereux qu'utiles, à écarter des soins. 105 médicaments sont pointés du doigt dont 89 commercialisés en France. Quels sont les nouveaux médicaments à éviter, à remplacer ? Réponses.

[Mise à jour le 10 décembre 2021 à 09h57] Pour la dixième année, la revue médicale Prescrire publie sa liste noire des médicaments "plus dangereux qu'utiles". Dans cette nouvelle édition, 105 médicaments sont pointés du doigt dont 89 commercialisés en France car leur balance bénéfices-risques est défavorable dans toutes les situations cliniques dans lesquelles ils sont autorisés. "Ce bilan porte sur les médicaments dont l'analyse détaillée a été publiée dans Prescrire de 2010 à 2021, soit 12 années. Il s'agit d'analyses de nouvelles spécialités pharmaceutiques, de nouvelles indications, de suivis d'évaluation, tant sur les effets indésirables que sur les données d'efficacité, et parfois de réactualisations de données concernant certains effets indésirables d'un médicament", précise la revue. "Un des principaux objectifs de Prescrire est d'apporter aux soignants, et ainsi aux patients, des informations claires, synthétiques, fiables et actualisées, indépendantes des conflits d'intérêts commerciaux ou corporatistes, dont ils ont besoin pour leur pratique."

Suite à ce bilan, certains médicaments sont ajoutés, d'autres sont retirés, soit parce que leur commercialisation a été arrêtée sur décision de la firme ou d'une autorité de santé, soit le temps d'un réexamen de leur balance bénéfices-risques. La revue précise qu'il peut s'agir de :

  • Médicaments actifs, mais qui, compte tenu de la situation clinique, exposent à des risques disproportionnés par rapport aux bénéfices qu'ils apportent
  • Médicaments anciens dont l'utilisation est dépassée, car d'autres médicaments plus récents ont une balance bénéfices-risques plus favorable
  • Médicaments récents, dont la balance bénéfices risques s'avère moins favorable que celle de médicaments plus anciens
  • Médicaments dont l'efficacité n'est pas prouvée au-delà de celle d'un placebo, et qui exposent à des effets indésirables particulièrement graves. 

Quels sont les médicaments à écarter ?

Dans cette édition 2022, ce sont 105 médicaments pointés dont 89 commercialisés en France pour lesquels Prescrire estime que la balance bénéfices-risques est défavorable dans toutes les situations cliniques dans lesquelles ils sont autorisés. La liste complète 2022 est disponible sur le site de la revue. Parmi ces médicaments, on trouve par exemple ; 

Quels changements par rapport au bilan 2021 ?

Un médicament de plus à écarter : la fenfluramine. La fenfluramine (Fintepla®) est un vieil amphétaminique autorisée dans la maladie de Dravet (épilepsie infantile) "alors qu'elle expose à des états de mal convulsif plus fréquents et à des risques cardiovasculaires graves à long terme" argue la revue médicale. 

► Retour de l'ulipristal 5 mg (non commercialisé en France) : à écarter en toutes circonstances. L'ulipristal dosé à 5 mg (Esmya®) est un médicament utilisé dans les fibromyomes utérins qui "expose à des atteintes hépatiques graves, justifiant parfois une transplantation hépatique". En mars 2020, l'autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne de Esmya® avait été suspendue mais depuis le médicament a de nouveau été autorisé et est commercialisé en Belgique.

Les gliflozines autorisées dans le diabète de type 1 ou de type 2, l'insuffisance cardiaque ou encore l'insuffisance rénale chronique ne font plus partie des médicaments à écarter. Fin 2021, seules les spécialités Forxiga® et Xigduo® à base de dapagliflozine, et Jardiance® et Synjardy® à base d'empagliflozine sont commercialisées en France. "La balance bénéfices-risques de l'ensemble des gliflozines est globalement défavorable, informe Prescrire. Toutefois, quelques données ont montré une réduction de la mortalité totale avec la dapagliflozine chez des patients ayant une atteinte rénale modérée ou sévère ; ou une réduction du risque d'insuffisance rénale terminale après une durée de 3 ans avec la canagliflozine chez des patients ayant une néphropathie diabétique."

La ciclosporine en collyre (Verkazia®) retirée du bilan des médicaments à écarter. 

La cimétidine (Cimétidine Mylan®° retirée du bilan des médicaments à écarter. 

Trois médicaments retirés du bilan des médicaments à écarter suite à leur arrêt de commercialisation : l'attapulgite (Actapulgite®, et en association dans Gastropulgite®), l'association à doses fixes estrogènes conjugués équins + bazédoxifène (Duavive®), L'association prednisolone + salicylate de dipropylène glycol dans la spécialité Cortisal®.

Source : "Pour mieux soigner, des médicaments à écarter : bilan 2022" Revue Prescrire 2021 (pdf, accès libre)