Test ADN : "J'ai découvert l'identité de mon vrai père et ma vie a basculé"
La France est le dernier pays européen à interdire les tests ADN à des fins généalogiques. Cet obstacle n'a pas découragé François qui voulait en savoir plus sur ses origines. Il nous raconte sa découverte.
En France, les tests ADN sont très encadrés. Un particulier n'a pas le droit d'acheter librement un kit de test génétique pour découvrir ses origines ou vérifier une paternité, comme on le voit dans d'autres pays européens. Pour autant, dans les faits, de nombreuses personnes commandent en ligne des tests ADN pour en savoir plus sur leur histoire généalogique. C'est le cas de François Baduel d'Oustrac que nous avons rencontré. Et la réalisation de son test ADN lui a valu une sacrée découverte...
François Baduel d'Oustrac est né à Paris en 1974 aux œuvres de Belleville, d'une mère et d'un père anonymes. Il est adopté par une famille aimante et bienveillante, qui ne lui cache pas la vérité. "J'ai toujours su que j'étais adopté. C'est à la mort de mon père adoptif en 2016 que je me suis demandé pourquoi je ne chercherai pas à en savoir plus sur ma famille naturelle." François Baduel d'Oustrac demande alors son dossier. Peu d'informations sur sa mère biologique y figurent, mis à part son âge, un descriptif physique succinct et le fait qu'elle ait suivi des études pour être puéricultrice. L'idée de faire un test ADN en ligne émerge.
C'est très simple à réaliser car il est très bien expliqué. Il suffit de faire deux prélèvements salivaires. Une fois envoyés, les résultats sont communiqués au bout d'un mois environ. "Je n'avais pas d'inquiétudes particulières. Avant de faire le test, je me suis préparé au meilleur comme au pire. J'étais prêt à recevoir du positif comme du négatif, tout en respectant la décision passée de ma mère naturelle." Les résultats se présentent sous la forme de correspondances ADN dans une base de données, avec des comptabilités plus ou moins fortes entre 2 personnes de la base.
"Ma famille me disaient que j'avais des traits physiques des pays de l'Est"
La synthèse est assez lourde à décrypter pour une personne lambda. Pour ne rien louper, François Baduel d'Oustrac a fait appel à un généalogiste trouvé sur le site Geneanet.org. "J'avais de petites correspondances avec des personnes, dont certaines vivaient aux Etats-Unis ou en Pologne. D'ailleurs, j'ai découvert que j'étais à 50 % polonais ! s'est étonné François Baduel d'Oustrac. Depuis très longtemps, beaucoup de personnes de ma famille me disaient que j'avais des traits physiques des pays de l'Est, et finalement cette supposition s'est révélée vraie. De fil en aiguille, en un an environ, j'ai retrouvé mon père naturel, décédé en 2016, comme mon père adoptif…" Coïncidence ou hasard.
Grâce à une recherche généalogique classique, François identifie l'entourage familial de son père biologique et propose à l'un de ses membres d'effectuer un test ADN pour confirmer leur lien de parenté. "Il s'est avéré que cette personne n'était autre que ma cousine germaine ! J'ai également découvert que j'avais une autre cousine germaine ainsi qu'une tante, la belle-soeur de mon père naturel. La première rencontre a été extraordinaire, je ne pouvais pas rêver mieux. Nous nous sommes vus plusieurs fois. Elles m'ont montré des photos de mon père naturel et nous avons constaté que nous avions des caractéristiques physiques communes. Au fil des discussions, j'en apprends toujours plus, comme le fait qu'il n'était jamais frileux, comme moi."
"Ils ont aussi retrouvé qui était ma mère naturelle"
Les cousines et la tante de François ne connaissent pas sa mère naturelle. Toutefois, "il y a un mois, le CNAOP de Paris m'a informé qu'ils l'avaient retrouvé, non pas grâce aux tests ADN, mais à l'aide d'une enquête minutieuse et d'une équipe avec laquelle je collabore depuis quelques années. Je sais qu'elle vit en France. Je n'ai pas le droit de connaître son identité ni d'aller à sa rencontre. C'est le CNAOP qui joue l'intermédiaire entre elle et moi. Peut-être qu'elle ne voudra jamais me rencontrer. Je respecterai son choix, car je m'y prépare dès le début. Ce qui m'importe, si j'ai la chance de la rencontrer un jour, c'est de la remercier de m'avoir laissé la vie."
Ce parcours ponctué de longues recherches et d'attente, François a pu le mener grâce au soutien et aux encouragements de sa famille et de sa future épouse, Angélique. C'est d'ailleurs à l'occasion de leur union solennelle que sa famille adoptive rencontrera ses cousines et sa tante. "Personne ne m'a jamais rien caché, j'ai une très belle histoire familiale car notre relation est vraie depuis le début, sans mensonge".
Notre témoin n'a qu'un regret : "J'aimerai que l'Etat français change sa vision afin de donner la chance à des personnes comme moi d'avoir accès à un test encadré pour qu'elles connaissent leurs parcours et leurs origines, essences mêmes de l'identité personnelle. Pour les personnes qui veulent se lancer dans l'aventure, je tiens à souligner l'importance d'être soutenu, entouré et patient. Je leur dirai de ne pas bousculer leur vie, de continuer leur chemin sans se faire de promesses, de laisser les choses évoluer, puis de réagir ensuite si une découverte les surprend…"
Merci à François Baduel d'Oustrac pour nous avoir livré son témoignage.