Lâcher prise : comment faire ?

Plus facile à dire qu'à faire quand on est sous pression au travail comme à la maison… Comment réussir à lâcher prise ? Pourquoi est-ce difficile ? Eclairage d'experts.

Lâcher prise : comment faire ?
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Qu'appelle-t-on le lâcher-prise ?

Virginie Lefranc, thérapeute et coach de vie, gestion stress social et professionnel. : Le lâcher-prise est l'acceptation de ne pouvoir tout maîtriser, contrôler. À défaut d'exercer une influence sur les personnes ou les événements, le lâcher-prise passe par notre capacité à modifier notre façon de les percevoir. Pour y parvenir, il importe de concentrer son attention sur ce que, vis-à-vis de soi, de cet individu ou événement peut nous apporter un mieux-être. L'objectif est d'œuvrer pour, plutôt que lutter contre. Remplacer les pensées ruminantes par des pensées constructives, pour trouver nos propres stratégies d'adaptation et passer, si besoin, positivement à l'action.

Pourquoi avons-nous parfois du mal à nous laisser aller ?

Robert Ladouceur, psychologue : Tout simplement car nous sommes angoissés ! Cette angoisse est naturelle et nous touche tous autant que nous sommes. Cependant, quand elle devient excessive et incontrôlable, cela traduit un certain malaise. Vous êtes prise dans un enchaînement de "Et si..." et n'arrêtez pas de vous faire du souci et d'imaginer le pire. Ce besoin de contrôler les événements reflète une réelle intolérance à l'incertitude. Même lors de périodes calmes, les personnes qui ne savent pas lâcher prise sont sans cesse en train de reprendre la voie vers un autre problème. Ce n'est pas tant un sentiment de culpabilité qui les pousse à agir ainsi mais plutôt une croyance illusoire qu'il est utile de s'inquiéter en permanence.

Que faire pour apprendre à se poser ?

Robert Ladouceur : Personne n'est sûr à 100 % de ce qui va se passer dans une semaine, un jour et même une heure. Il faut donc être capable d'accepter cette incertitude ! Pour y parvenir, je conseille de faire face, au début, à des situations peu menaçantes. Par exemple, ne faites pas la vaisselle pendant une journée, même si des gens peuvent arriver à l'improviste. Vous pouvez aussi aller voir un film sans en avoir lu la critique avant. Dans votre vie privée, si votre partenaire est un peu en retard, n'imaginez pas le pire. Dites-vous qu'il a peut-être eu un imprévu et coupez cet enchaînement exagéré de "Et si...". Rappelez-vous : les conséquences extrêmes et catastrophiques sont finalement assez rares.

Comment lâcher prise concrètement ?

Virginie Lefranc : Imaginez que confronté, à une situation, vous êtes dans une relation 50/50. 50 % en lien avec l'extérieur : vous n'avez pas de possibilité d'action, cela ne vous appartient pas. 50 % dont vous êtes responsables : vous pouvez modifier votre perception de l'événement, dans le respect de vous-même, en fonction de vos ressentis. Cela vous aidera à œuvrer pour vous-même plutôt que pour autrui, à agir plutôt que réagir.

Le lâcher prise n'est-il pas aussi la capacité à apprécier l'instant présent ?

Virginie Lefranc : Oui, car le passé ne peut être changé et le futur est basé sur des suppositions, des impressions qui ne sont pas réalités. Il faut être conscient que la perfection n'existe pas. Dans un instant T, nous avons agi et agissons toujours au mieux, avec les moyens qui sont les nôtres. Dans le même esprit c'est accepter de lâcher les idéaux, mais aussi les croyances qui, si elles ont eu leur intérêt à un moment donné, ne nous correspondent pas ou plus.

4 conseils à garder en tête
  • Accepter l'imperfection et se dire que, dans un instant T, nous avons agi et agissons toujours au mieux.
  • Se poser la question : que puis-je faire pour transformer cet événement en opportunité positive ?
  • Envisager tout ce qui est fait, plutôt que ce qu'il reste à faire.
  • Se rappeler que nos peurs sont en lien avec des impressions, des suppositions. Elles ne sont pas réalités.

Est-ce que la vie moderne est plus stressante, accablante et nécessite donc plus de lâcher-prise qu'auparavant ?

Virginie Lefranc : L'éducation plus permissive a engendré, dès l'enfance, le sentiment de pouvoir tout obtenir. Et l'homme s'est oublié. Il ne prend plus le temps de se poser, a un besoin d'exister qui l'amène à vouloir être aimé à tout prix, sans s'aimer soi-même. L'avoir a pris le pas sur l'être. De plus, nous sommes nous-mêmes, les accélérateurs du temps, par nos comportements et la multitude des sollicitations extérieures. Nous sommes dans le tout, tout de suite, dans la réaction plus que l'action par besoin de conformisme, par peur du jugement, du manque… Nous répondons à la société avant de répondre à nos valeurs, nos besoins.

En quoi est-il bon pour notre bien-être de se laisser aller ?

Robert Ladouceur : Pour une raison simple : quand vous vous centrez sur le moment présent, vous mettez une barrière à l'inquiétude. Vous profitez de l'instant et votre organisme est en état de neutralité. Ce qui est excellent d'un point de vue physique.
Imaginez-vous un sous-marin. En période de guerre, il est normal que ce dernier active son périscope pour observer les bateaux ennemis. Mais, en temps de paix, cela ne sert à rien. Il peut faire une pause et arrêter son périscope.