Le cancer du coeur n'existe quasiment pas : des chercheurs révèlent que c'est grâce à ses battements

Le cœur est l'un des organes les moins touchés par le cancer au monde. Une étude publiée dans la revue Science vient d'expliquer pourquoi et la réponse est aussi simple qu'inattendue.

Le cancer du coeur n'existe quasiment pas : des chercheurs révèlent que c'est grâce à ses battements
© totojang1977 - stock.adobe.com

Poumons, sein, côlon, prostate : les cancers peuvent toucher quasiment tous les organes du corps humain. Quasiment. Car il en existe un qui échappe presque entièrement à la maladie : le cœur. Les tumeurs qui se développent directement dans le muscle cardiaque sont observées dans moins de 1% des autopsies. Même les métastases qui l'atteignent - jusqu'à 18% des autopsies - ont tendance à rester petites et silencieuses, souvent découvertes par hasard. Une étude publiée le 30 juin dans la revue Science, dirigée par Giulio Ciucci et Serena Zacchigna de l'ICGEB de Trieste (Italie), et relayée par Medscape, vient d'en donner la clé.

La réponse est aussi simple qu'inattendue : c'est grâce à ses battements que le coeur serait protéger du cancer. Chaque contraction du cœur génère une pression mécanique sur les cellules qui le composent et c'est précisément cette pression qui empêche les cellules cancéreuses de proliférer. Pour le démontrer, les chercheurs ont d'abord induit des altérations génétiques typiques de nombreuses tumeurs humaines dans le foie, le muscle squelettique et le cœur de sept souris.

Des tumeurs sont apparues dans différentes régions, mais jamais dans le cœur. Pour isoler le rôle de la pression mécanique, ils ont ensuite eu recours à une expérience ingénieuse : greffer un cœur supplémentaire sur chaque souris, relié à ses vaisseaux sanguins mais sans jamais battre, donc sans charge mécanique. En injectant des cellules cancéreuses dans les deux cœurs - le cœur natif qui bat, et le cœur greffé qui ne bat pas - du même animal, le résultat a été sans appel. Au bout de quatorze jours, dans le cœur qui ne battait pas, la tumeur avait remplacé la quasi-totalité du tissu sain. Dans le cœur natif, elle n'occupait qu'à peine 20% du ventricule.

Ce n'était pas une question d'implantation initiale, ni de mort cellulaire plus importante : seul le potentiel de multiplication des cellules cancéreuses avait changé. Quand le cœur bat, les cellules tumorales ne parviennent tout simplement plus à se diviser.

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Les chercheurs ont ensuite identifié comment ce mécanisme fonctionne. La pression mécanique des battements agit directement sur le noyau des cellules et active des gènes qui freinent leur division. Ils ont même identifié la protéine responsable de ce processus : en la neutralisant en laboratoire, les cellules tumorales recommençaient à proliférer même dans un cœur qui battait. En d'autres termes, le battement cardiaque ne serait pas seulement une fonction vitale. Il constituerait un environnement activement hostile à la croissance des tumeurs.

Les applications concrètes restent pour l'heure du domaine de la recherche. Deux pistes sont à l'étude : des dispositifs robotiques portables capables d'imiter le battement cardiaque pour appliquer des stimuli mécaniques à des tumeurs superficielles, et des médicaments capables de reproduire cet effet sur les cellules. "Nous en sommes toutefois encore à un stade expérimental très précoce", prévient Serena Zacchigna, coordinatrice de l'étude. Une découverte fondamentale qui, si elle se confirme chez l'humain, pourrait ouvrir une voie entièrement nouvelle dans la lutte contre le cancer.