Ligature des trompes : âge, opération, prix, risques, règles

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"Ligature des trompes : âge, opération, prix, risques, règles"

La ligature des trompes est une méthode de contraception définitive qui concerne les femmes ne souhaitant pas ou plus avoir d'enfants. Est-elle irréversible ? Comment se passe l'opération ? Y a-t-il des risques ? Un âge minimum à respecter ? Précisions du Dr Philippe Deruelle, gynécologue.

La ligature des trompes est une méthode de stérilisation irréversible pour les femmes majeures. La femme qui souhaite avoir recours à cette intervention ne pourra donc plus avoir d'enfant. Cela nécessite une intervention chirurgicale. Pour quelles femmes la ligature des trompes est-elle indiquée ? Comment ça se passe ? Quels sont les risques ? Les contre-indications ? L'âge minimum pour la faire ? Quelles conséquences sur le corps ? Les règles ? La sexualité ? Eclairage du du Dr Philippe Deruelle, gynécologue et secrétaire général du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).

Définition : qu'est-ce qu'une ligature des trompes ?

La ligature des trompes de Fallope ou parfois appelée une ligature tubaire est une intervention chirurgicale destinée aux femmes (majeures) qui ne souhaitent pas ou plus concevoir un bébé. Le but de cette méthode de stérilisation ? Empêcher mécaniquement - en sectionnant ou en coagulant la trompe, en appliquant un clip ou un anneau - les spermatozoïdes d'accéder à l'ovocyte. L'effet contraceptif est donc immédiat

Indications : pour quelles femmes ?

Cette méthode de contraception définitive est indiquée si :

  • Vous êtes certaine de ne pas ou plus avoir d'enfant : il n'y a ni condition d'âge, ni condition du nombre d'enfants, ni accord du conjoint à donner
  • Vous ne souhaitez ou ne pouvez plus utiliser d'autres contraceptions (fumeuses, problèmes de circulation veineuse...)

Technique : comment se passe l'opération ?

La consultation gynécologique

Lors d'une consultation gynécologique, la patiente peut faire une demande de ligature des trompes. C'est à ce moment-là que le gynécologue prend bien soin d'expliquer à sa patiente tous les détails de l'intervention et les éventuelles complications. Il lui expose les alternatives en matière de contraception, apporte une information claire et complète sur les conséquences de cet acte et insiste bien sur le fait qu'il s'agit d'une méthode de stérilisation définitive.

► Le délai de réflexion

En France, la loi impose un délai de réflexion de 4 mois entre la demande de la patiente et l'opération. Si au bout de ce délai, la patiente est bien décidée à avoir recours à cette méthode et qu'elle est parfaitement consciente qu'elle ne pourra plus avoir d'enfants naturellement après cet acte, elle doit confirmer son consentement par écrit lors d'une deuxième consultation médicale.

► L'intervention chirurgicale

"La ligature des trompes se fait dans la majorité des cas par voie cœlioscopique", explique le Dr Deruelle. Cela consiste à faire une petite incision sur le nombril, ce qui permet d'introduire une mini caméra et un ou deux trocarts (petites tiges cylindriques destinées à faire des ponctions et des biopsies) au niveau de la partie basse du ventre (un au niveau de l’appendice et l'autre en symétrie). Ensuite, il existe plusieurs méthodes pour obstruer les trompes :

  • soit on applique un clip sur la trompe
  • soit on coagule la trompe
  • soit on sectionne la trompe et la ligature 

"Cette dernière méthode reste rare, mais peut être pratiquée chez des patientes qui savent par avance qu'elles accoucheront par césarienne et qui souhaitent profiter de cette intervention pour avoir recours à une ligature des trompes", ajoute-il. Généralement, l'intervention s'effectue en ambulatoire (dans un établissement de santé) sous anesthésie générale et l'acte en lui-même dure environ 15 minutes.

Schéma d'une ligature des trompes
Ligature des trompes par section © lightwise - 123RF

Douleur, cicatrice : est-ce que ça fait mal ?

La ligature des trompes n'est pas très douloureuse, même s'il peut y avoir des sensations d'inconfort : l'introduction des trocarts peut tirailler et l'air dans le diaphragme (utilisé pendant l'opération pour gonfler le ventre) peut faire un tout petit peu mal. Enfin, la cicatrice au niveau du nombril est indolore et quasiment invisible (elle mesure 2 à 3 mm). 

Quels sont les risques ?

"C'est une méthode dont le risque de complications est faible, mais cela reste une intervention chirurgicale de l'abdomen avec une anesthésie générale", prévient le gynécologue. Les complications au cours de l'opération restent très rares, mais au moment de l'introduction des trocarts, un vaisseau sanguin, un nerf avoisinant ou une partie de l'intestin peuvent être blessés, ou en étant sectionnée, la trompe peut se mettre à saigner. Ce sont toutefois les risques de toute intervention chirurgicale. Par ailleurs, le réveil lié à l'anesthésie peut quant à lui être difficile et des petites douleurs dans l'abdomen - qui disparaissent heureusement quelques jours après - peuvent survenir. Enfin, comme pour toute intervention chirurgicale, il y a un risque d'infection.

Une méthode vraiment irréversible ?

Il arrive que certaines femmes regrettent leur décision, quelques années plus tard. Un soutien psychologique s'avère alors nécessaire. 

Il s'agit de la méthode de contraception la plus efficace bien qu'il faut savoir qu'elle peut, même si c'est très rare, échouer. En effet, il y a déjà eu des cas de grossesse extra-utérines après une ligature des trompes (dans moins de 1% des cas). Mais la ligature des trompes est une contraception permanente et totalement définitive. "C'est pour cela qu'éthiquement, cette technique pose encore des problèmes d'autant plus lorsqu'on connaît le nombre actuel de couples qui se séparent, divorcent ou se remarient et dont les projets de vie peuvent vite évoluer. C'est pourquoi les gynécologues ont tendance à être très prudents et insistants sur le fait que la ligature des trompes est une pratique irréversible", tient à rappeler le Dr Deruelle. "On note d'ailleurs une grande différence entre les pays anglo-saxons pour qui la pratique de la ligature des trompes est plus courante et les pays latins comme la France où on est toujours un peu plus réticent à faire une stérilisation chez une femme jeune, qui n'a jamais eu d'enfants et qui n'a pas de contre-indications à utiliser d'autres moyens de contraception". 

Quelles sont les contre-indications et l'âge minimum ?

"Théoriquement, la ligature des trompes n'a pas de contre-indications. Il est d'ailleurs important de rappeler que l'âge ne peut pas constituer une interdiction à effectuer une stérilisation féminine volontaire. Il suffit simplement que la patiente soit majeure et consentante. Depuis 2001, la loi relative à l'interruption de grossesse et à la contraception est claire sur ce point", précise l'expert. Et d'ajouter "une femme qui n'a jamais eu d'enfants devrait, si elle le souhaite, pouvoir en bénéficier sans problème". En revanche, la ligature des trompes est contre-indiquée aux femmes dont l'anesthésie générale ou la cœlioscopie sont contre-indiquées. Enfin, les femmes avec une infection gynécologique ou récente (moins de 6 semaines) ne peuvent pas avoir recours à cette méthode. 

"Il n'y a aucun impact sur les règles" 

Quel impact sur les règles et la sexualité ?

La ligature des trompes n'influence pas le mécanisme hormonal. "Il n'y a aucun impact sur la menstruation, puisque les règles viennent de la sécrétion ovarienne et de l'utérus. Or, la ligature des trompes ne touche ni les ovaires, ni l'utérus. La femme continue d'ailleurs d'ovuler", confirme le spécialiste. De même, cette technique ne provoque pas une ménopause précoce. En revanche, en cas de retards de règles répétés ou de saignements vaginaux, mieux vaut rapidement consulter un médecin. Aucun impact non plus sur la libido puisqu'elle ne modifie pas le système hormonal : ni le plaisir et ni le désir sexuel de la femme sont modifiés. 

Prix et remboursement d'une ligature des trompes ?

La ligature des trompes est une intervention totalement prise en charge par la Sécurité sociale. 

Merci au Dr Philippe Deruelle, gynécologue et secrétaire général du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).