Décompensation psychotique : cause, signes, que faire en cas de crise ?

Une décompensation psychotique est un épisode pendant lequel une personne présente des signes de psychose. Il peut s'agir d'un premier épisode de troubles psychiatriques ou de rechutes de maladies diagnostiquées. 

Décompensation psychotique : cause, signes, que faire en cas de crise ?
© Katarzyna Białasiewicz - 123RF

Définition : qu'est-ce que la décompensation psychotique ?

La décompensation est la rupture de l'équilibre que l'organisme a trouvé pendant une certaine période pour faire face à une maladie ou à un trouble quelconque. Elle survient souvent brutalement et peut concerner aussi les troubles psychiatriques. Il s'agit alors de l'entrée dans une pathologie : schizophrénie, psychose maniaco-dépressive ou trouble bipolaire. "Dans la décompensation psychotique bien souvent la structure mentale était déjà psychotique ou l'organisation limite (borderline) et il y a des éléments déclencheurs, comme l'adolescence" explique Patricia Cotti, psychologue clinicienne en psychiatrie adulte et docteur en psychopathologie et psychanalyse. Cette décompensation psychotique est à différencier d'une décompensation liée à des traumatismes psychiques. "Lors de troubles post-traumatiques il peut y avoir des symptômes qui ressemblent à une décompensation psychique mais ils se résorbent assez vite et sont liés à l'évènement traumatisant " indique la psychologue. Il peut aussi y avoir des phases de décompensation de pathologie psychiatrique déjà connue (schizophrénie, troubles bipolaires...) malgré les traitements. 

Quels sont les signes ?

"La décompensation psychotique est marquée par des symptômes graves et très handicapants (délires, hallucinations, angoisse majeure...)" informe Patricia Cotti. La décompensation psychotique peut se manifester par plusieurs signes :

  • Épisode confusionnel
  • Phobie
  • Idées délirantes
  • Hallucinations 
  • Somatisation 

"En cas de schizophrénie, la décompensation est souvent sous forme de bouffées délirantes. Les troubles bipolaires se manifestent par une grave dépression (avec l'idée que le monde ou l'intérieur du corps n'existent plus...) ou une grande phase maniaque (la personne embrasse tout le monde, vide son compte en banque...)" décrit la spécialiste. 

Quelles sont les causes ?

Les causes sont encore mal connues. Les troubles mentaux seraient dus à une association de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. "Pour les décompensations de la schizophrénie et des troubles bipolaires un terrain génétique est soupçonné " informe Patricia Cotti. Aussi une personne qui présente une bouffée délirante va être questionnée sur ses antécédents.

Quelles sont les personnes à risque ?

"Aujourd'hui on a repéré que certaines maladies psychiques apparaissaient à un certain âge " indique Patricia Cotti. Ainsi, la décompensation de la schizophrénie survient généralement vers 18-20 ans. Vers la trentaine il s'agit d'une décompensation d'une psychose maniaco-dépressive ou trouble bipolaire. "Il y a une autre maladie qui décompense beaucoup plus tard : la psychose paranoïaque, maladie de la maturité vers la cinquantaine. Elle survient chez une personnalité déjà paranoïaque (personne qui a une grande rigidité, est très méfiante, très susceptible" informe Patricia Cotti. 

Quel est le diagnostic ?

Il existe des critères de diagnostic des maladies mentales avec deux manuels de diagnostic : le DSM, manuel de diagnostic américain et le CIM-11 en Europe. "En théorie, un certain nombre de critères (idées délirantes, hallucinations, délire paranoïde...) est coché par le praticien, le diagnostic peut être fait. En pratique, le diagnostic est beaucoup plus clinique " indique Patricia Cotti. 

Quand et qui consulter ?

Il est essentiel de consulter en face de signes de décompensation psychotique. Le médecin traitant peut être consulté en premier et il adressera son patient si nécessaire à un psychiatre. "Lorsque les personnes ayant déjà un diagnostic de trouble mental se sentent glisser, elles viennent d'elles-mêmes consulter en secteur psychiatrique lorsqu'un lien de confiance a été établi avec un thérapeute" précise Patricia Cotti. 

Que faire en cas de crise (soi-même ou un proche) ?

En cas de crise, une hospitalisation est nécessaire. Il est possible d'appeler les pompiers ou alors de se rendre aux urgences psychiatriques des hôpitaux. "A Paris, il existe deux cellules d'urgence : le CPOA et l'infirmerie de la préfecture de police de Paris " précise la psychologue. 

Quels sont les traitements ?

Le traitement repose sur la prise d'anti-psychotiques. "Il existe plein de molécules et généralement plusieurs molécules sont prescrites, précise Patricia Cotti. Un correcteur peut être donné pour lutter contre la dyskinésie induite par les anti-psychotiques. A cela peuvent s'ajouter des médicaments contre l'anxiété et pour mieux dormir. Il faut que le traitement anti-psychotique soit bien dosé afin que la personne ait une vie émotionnelle et affective " souligne-t-elle. 

Peut-on en guérir ?

Il n'est pas possible de guérir car la structure psychotique est gardée à vie. En revanche, "avec un traitement et une connaissance de soi, il peut y avoir une réhabilitation de qualité. Les personnes peuvent vivre heureuses avec la maladie, avoir un emploi protégé ou non. Une bonne alliance thérapeutique avec un praticien est essentielle " souligne Patricia Cotti. 

Merci à Patricia Cotti, psychologue clinicienne en psychiatrie adulte, à l'Hôpital de Maison Blanche, Paris (75), docteur en psychopathologie et psychanalyse, maître de conférence en psychopathologie clinique et psychanalyse à l'université de Strasbourg.

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