Syndrome de la cabane : symptômes, comment le surmonter ?

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"Syndrome de la cabane : symptômes, comment le surmonter ?"

Le syndrome de la cabane (aussi appelé "syndrome de l'escargot") correspond à la peur de sortir de son lieu d'enfermement. Il a été présent chez de nombreuses personnes lors du déconfinement de la France pendant l'épidémie de Covid-19. Quels sont les symptômes et solutions pour y faire face ? Conseils de Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne.

Le syndrome de la cabane (aussi appelé le syndrome de l'escargot) correspond à la peur de sortir de son lieu d'enfermement. La levée du confinement post-coronavirus, en France à partir du 11 mai 2020, a permis de retrouver certaines libertés : par exemple, la liberté de sortir de chez soi sans attestation, à plus d'un kilomètre et sans restriction de temps. Chez certaines personnes, s'est développé un faisceau d'angoisses et d'appréhensions lié à ce déconfinement, appelé "syndrome de la cabane". Qu'est-ce que c'est concrètement ? Comment le reconnaître et comment y faire face ? Les conseils de Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris. 

Définition : qu'est-ce que le syndrome de la cabane ?

Le syndrome de la cabane (aussi appelé le syndrome de l'escargot) correspond à la peur de sortir de son lieu d'enfermement. Dans ce contexte d'épidémie de Covid-19, ce syndrome fait concrètement écho à la peur de se déconfiner et de se confronter au monde extérieur. Ici, la cabane ou la coquille de l'escargot représente un petit écrin dans lequel, pendant 8 semaines, on s'est senti préservé de toutes agressions extérieures. "Ce syndrome n'est pas nouveau, il a été théorisé au début du XXè siècle après la Ruée vers l'or qui a débuté en 1948 aux Etats-Unis en Californie. A cette époque, des hommes partaient plusieurs mois chercher les précieuses pépites et dormaient dans de petites cabanes de fortune complètement isolées de la civilisation. A leur retour, ils éprouvaient une certaine méfiance à l'égard des gens qui les entouraient, une peur de la vie sociale ainsi qu'une nostalgie de leur vie recluse", raconte Johanna Rozenblum. C'est aussi un syndrome visible après une longue hospitalisation ou dans certaines professions comme les gardiens de phare. 

Quels sont les symptômes ?

"Précisons que le syndrome de la cabane n'est pas une pathologie psychiatrique ni une maladie, c'est un état émotionnel transitoire qui a vocation à s'améliorer si on le prend en charge", tient à rétablir Johanna Rozenblum. Pour autant, la symptomatologie du syndrome de la cabane peut s'apparenter à celle de la dépression caractérisée par :

  • Une fatigue émotionnelle.
  • Une perte de motivation avec un versant anxieux qui prend le pas lorsqu'il s'agit de sortir.
  • Une peur de tout ce qui pourrait nous arriver à l'extérieur, "un monde qui incarne alors tous les dangers", indique-t-elle.

Cause, signification : comment expliquer le syndrome de la cabane ?

Notre domicile est devenu notre première arme de défense, que certains ont pu considérer comme un "cocon protecteur".

Pour comprendre la peur que peut susciter le déconfinement, il faut remonter au début du confinement. "Le 17 mars, nous apprenons que nous devons rester au maximum isolés à notre domicile. Cela sonne comme un changement radical de vie pour beaucoup d'entre nous. Pour l'accepter et ne pas vivre ce confinement comme une injonction punitive ou une privation de libertés, il a fallu comprendre et accepter que cet isolement nous permettait de nous protéger nous-même, nos proches et du fait que nous participions à un effort collectif pour lutter contre le virus", relate notre interlocutrice. En restant chez nous, nous sommes devenus acteurs de la lutte contre le Covid-19, notre domicile est devenu notre première arme de défense, que certains ont pu considérer comme un "cocon protecteur", "une carapace". A la levée du confinement, on a dû apprendre à s'adapter à un nouveau mode de vie, auquel on s'était déshabitué. Ce syndrome de la cabane cristallise plusieurs peurs : la peur de la contamination, la peur d'être malade, la peur du regard des autres, la peur de la foule, la peur de retrouver un quotidien stressant... "Avec ce déconfinement, le monde extérieur que nous nous symbolisions comme un danger (avec l'utilisation des masques, des gants, de la distanciation physique...) doit redevenir la norme sociale. Et s'y confronter et s'adapter de nouveau n'est pas anodin et peut être mal vécu chez certaines personnes", explique-t-elle.  

Qui sont les personnes à risque ?

Tout le monde peut un jour être confronté à des bouffées d'angoisse, il n'y a pas de profil-type. "Malgré tout, on peut noter une prévalence chez les personnes déjà fragilisées psychiquement avant le confinement, chez les sujets qui traversent un épisode dépressif et chez les personnes isolées socialement. En effet, rationaliser cette peur est d'autant plus difficile pour les personnes qui vivent seules. Le risque est que l'anxiété que l'on ressent lorsqu'on doit sortir devienne chronique et se généralise en trouble anxieux", craint Johanna Rozenblum.

Test

En l'absence de symptômes typiques, il est difficile de déterminer si une personne souffre d'un syndrome de la cabane. Il n'existe d'ailleurs pas de test officiel pour le décrire. Néanmoins, certains ressentis peuvent évoquer un éventuel syndrome de la cabane et ce sont les émotions/sentiments décrits par la personne qui vont orienter le "diagnostic". Par exemple :

  • Une anxiété et un pic de stress lorsqu'il s'agit d'aller dehors.
  • Une impression d'être protégé exclusivement chez soi.
  • Une peur de se rendre dans un espace clos, un commerce ou un transport en commun par exemple.
  • Une peur de recôtoyer d'autres personnes. 
  • Des angoisses lorsqu'il s'agit de retourner au travail...

Quelles solutions pour s'en sortir ?

L'humain est capable d'évoluer, de s'adapter et de sortir de sa zone de confort en permanence.

5 conseils pour vous aider à surmonter le syndrome de la cabane :

  • Respecter son rythme et ses émotions
  • Ajouter des temps de sortie toutes les semaines, puis tous les deux jours, quotidiennement...
  • Faire preuve de patience
  • Essayer de relativiser et de rationaliser ses peurs
  • En discuter avec ses proches et/ou un psychologue

La meilleure attitude à adopter face à ces peurs, c'est de se fixer des petits objectifs et d'essayer de les atteindre progressivement. Et comme avec toutes peurs, il faut se laisser du temps et faire preuve de patience. "De la même manière qu'au début du confinement, je conseille de garder un rythme au cours de la journée (se lever et se coucher à heures fixes, s'habiller...) et d'inclure dans son programme des temps de sortie. D'abord, dans sa rue, à quelques mètres de son domicile. Puis progressivement, il faut essayer de se donner des buts à atteindre : par exemple, chercher un colis, se rendre dans une boutique, discuter avec un commerçant, faire une promenade ou une balade à vélo", recommande la spécialiste. Sortir oui, mais tout en prenant ses précautions et en respectant les gestes barrières, qui sont des outils plus que jamais rassurants en cette période d'épidémie. "Les premiers jours, voire les premières semaines, il faut éviter les files d'attente, les endroits susceptibles d'accueillir un trop grand nombre de personnes, les transports en commun... Dans tous les cas, il faut être à l'écoute de ce que l'on ressent pour ne pas déclencher d'attaque de panique. Et petit à petit, on va essayer de se conditionner, de relativiser et on va s'apercevoir que l'anxiété va diminuer à mesure que le sentiment de danger imminent va décroître", rassure la psychologue. Soyons confiants : l'humain est capable d'évoluer, de s'adapter et de sortir de sa zone de confort en permanence. Et si on en ressent le besoin, il est tout à fait possible d'en parler à ses proches, ou à un spécialiste, dans un premier temps par visioconférence si on ne souhaite pas sortir de chez soi, qui nous aidera à trouver des outils pour mieux vivre ce déconfinement.

Merci à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris.

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