Que signifie le fait de ne plus supporter personne selon la psychologie ?

Vous ne supportez plus personne, ni à la maison, ni au travail ? Ce n'est pas anodin en psychologie. Décryptage avec Céline Autin, psychanalyste et psychopraticienne.

Que signifie le fait de ne plus supporter personne selon la psychologie ?
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Les enfants, le conjoint, la famille, la collègue de travail... En ce moment, vous ne supportez plus personne ? La majorité des personnes qui ne supportent plus rien ont en fait stocké trop de choses depuis trop longtemps. "Elles ont accumulé tout un tas de choses au fil des années, comme des humiliations répétées, des violences verbales ou physiques, du harcèlement ou des traumatismes" illustre Céline Autin, psychanalyste et psychopraticienne. A force de tout mettre sous le tapis pour continuer à construire sa vie, le récipient intérieur finit par se remplir, puis déborder. 

La personne devient hypersensible, pleure à la moindre réflexion ou à l'inverse, devient agressive. Ses réactions sont démesurées. Ces signes montrent simplement qu'elle est arrivée au bout de ses capacités, autant dans la charge mentale que émotionnelle. C'est comme une cocotte minute qui finit par exploser sous la pression intérieure. D'autres signes sont évocateurs d'une surcharge émotionnelle accrue, comme l'irritabilité, l'aversion pour les autres, l'isolement et le retrait social, l'anhédonie (perte du plaisir dans les relations sociales), l'épuisement émotionnel ou le burn-out.

Comme très souvent en psychologie, cette difficulté émotionnelle prend racine dans l'enfance. "Les enfants qui n'ont pas l'autorisation d'exprimer leurs émotions vont commencer à stocker. Le parent doit donner cette autorisation qui passe par le fait que lui-même ne va pas cacher ses émotions à son enfant. Par ailleurs, il n'est pas coutumier dans notre société actuelle de se livrer ou de livrer ses émotions. Beaucoup ne s'autorisent pas à parler. Ainsi, le stockage émotionnel peut débuter à un très jeune âge" explique l'experte en psychologie. Durant l'enfance, l'enfant va s'adapter et adopter des comportements en réponse à ce que ses parents vont lui montrer. "L'enfant va alors ressentir tout un tas d'émotions qui se mélangent et risque de devenir très colérique à l'âge adulte surtout si le mode de communication familial passe par des cris. Il peut également se conduire en boute-en-train au travail pour se décharger émotionnellement. En résumé, la charge émotionnelle accumulée peut influencer tous les aspects de la vie de la personne."

La personne est arrivée au bout de ses capacités, autant dans la charge mentale que émotionnelle. © carballo - 123RF

Il est bon de savoir que nous n'avons pas tous la même capacité de stockage. Les personnes à haut potentiel émotionnel par exemple possèdent une très grande capacité. Seulement, lorsqu'elles arrivent à saturation, le crash est assuré. Sans être HPE, l'accumulation émotionnelle peut vite déraper chez les uns, et être beaucoup plus absorbée chez d'autres. Les conséquences sont variables selon les situations et les capacités individuelles. "Garder les choses, les étouffer ou les empêcher de sortir peut avoir des conséquences terribles pour la personne en souffrance. Les plus graves sont la dépression sévère, les troubles du comportement alimentaire, les scarifications et les tentatives de suicide, alerte notre psychanalyste. Le principal problème est que si la personne ne veut pas s'aider elle-même, nous pourrons difficilement l'aider. Personne ne peut sauver quelqu'un qui ne veut pas être secouru." Alors que faire ?

Si la personne a envie d'en sortir, elle doit commencer par consulter un professionnel de la santé mentale comme le psychologue. "La thérapie par l'écriture est un excellent exercice pour vider la charge émotionnelle, voire identifier la problématique de fond. Lorsque nous subissons une grosse charge émotionnelle, nous ne savons plus quel est le problème déclencheur, tout prend des proportions fortes. En vidant le réservoir émotionnel, nous mettons en avant le problème originel." Pour éviter ce phénomène chez l'enfant, le secret est la communication. "Par exemple, il faut apprendre à répondre aux questions que se posent les enfants avec des réponses naturelles et spontanées, lui montrer comment exprimer sa colère, et l'autoriser à ressentir cette émotion, par exemple en frappant un ours en peluche ou encore lui dire qu'il a le droit de pleurer et de ressentir des choses, illustre notre experte. L'enfant doit savoir qu'il peut oser parler et se libérer du poids de ses émotions."

Si une personne de votre entourage souffre d'une surcharge émotionnelle, vous pouvez lui dire que vous êtes disponible pour l'écouter et l'aider. Si elle n'arrive pas à s'exprimer verbalement, elle peut partager ses ressentis par écrit. Elle n'est pas obligée de faire lire son récit. "En revanche, il est essentiel de ne pas relire pour ne pas réabsorber ses émotions, de déchirer et de jeter le papier. Si la personne le conserve, son cerveau se dit qu'il doit y penser et y revenir donc il va stocker le contenu. L'exercice serait alors vain. Si elle jette le papier, le cerveau se libère du poids des émotions". D'autres voies de communications sont disponibles : danse, théâtre, jeu de rôle, art, dessin… Peu importe la manière de s'exprimer, l'essentiel est de le faire.

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