Bilharziose : définition, transmission, diagnostic, causes, traitements

Aussi connue sous le nom de schistosomiase, la bilharziose est la deuxième maladie parasitaire au monde après le paludisme. Comment on l'attrape ? Quels sont les traitements ? Les risques ? Réponses avec le Dr Valérie Rabier, infectiologue au CHU d'Angers. 

Bilharziose : définition, transmission, diagnostic, causes, traitements
© Pongsak Tawansaeng-123RF

Qu'est-ce que la bilharziose ?

La bilharziose, appelée aussi schistosomiase est une maladie tropicale qui atteint des millions de personnes à travers le monde. C'est une maladie chronique que l'on contracte au contact de l'eau, ce qui permet le passage de larves de parasites à travers la peau. Il existe plusieurs types de bilharziose : la bilharziose intestinale et urinaire notamment. "C'est une parasitose que l'on retrouve dans les pays chauds, essentiellement en Afrique de l'Ouest et Asie du Sud Est, mais il faut savoir qu'il y a eu une épidémie de bilharziose en Corse où ce parasite importé qui s'y est trouvé bien et s'est développé ", précise le Dr Valérie Rabier, infectiologue au CHU d'Angers. 

Agent pathogène de la bilharziose

La bilharziose est causée par un parasite nommé Schistosoma. 

Bilharziose compliquée : c'est quoi ?

"On parle de bilharziose compliquée lorsque le parasite va migrer dans le corps humain et va chercher un organe accueillant comme le système urinaire, le foie ou le système hépatique. Il va se sentir bien, poursuivre son cycle cellulaire et se reproduire tranquillement, provoquant des atteintes à long terme des voies urinaires avec une fibrose de la vessie, un cancer des voies urinaires, idem au niveau du foie. Cela peut aller jusqu'au stade d'hypertension portale ou d'insuffisance rénale et laisser des séquelles, c'est pour cela qu'il est important de la dépister le plus tôt possible dans l'enfance et de la traiter. En Afrique, il existe des campagnes de traitement systématique de la population mais dans les pays un peu déstructurés ça n'existe plus. C'est pour cette raison que quand on reçoit quelqu'un qui vient d'une région infestée, la recherche de cette parasitose va faire partie de sa prise en charge initiale, surtout chez les jeunes pour éviter des conséquences à long terme " explique l'infectiologue. 

Bilharziose hépatique : c'est quoi ?

La bilharziose hépatique se traduit par une augmentation de la taille du foie. 

Bilharziose urinaire, urogénitale : quels signes ?

Signes urinaires 

  • difficulté à uriner, 
  • pollakiurie (émission fréquente mais en petite quantité), 
  • douleurs sus-pubiennes lors de la miction, 
  • hématuries terminales, 
  • infections de l'appareil urinaire, 
  • cystites, 
  • infections parenchymateuses. 

Signes génitaux 

  • chez l'homme : hémospermie, funiculite, épididymite chronique ; 
  • chez la femme : dyspareunie, leucorrhées, hémorragies, prurit vulvaire.

Bilharziose intestinale ou rectale : 

  • diarrhée, 
  • douleurs coliques, 
  • douleurs anorectales, 
  • hépatomégalie (foie anormalement gros), 
  • hypertension portale (hémorragies digestives, splénomégalie, ascite), 
  • jaunisse.

Quelles sont les causes ?

Une bilharziose est une affection parasitaire due à des vers plats qui vivent dans le système circulatoire. Cinq espèces de vers sont responsables de cette affection : 

  • le Schistosoma haematobium) (bilharziose uro-génitale) ; 
  • le Schistosoma mansoni (bilharziose intestinale parfois hépato-splénique) ; 
  • le Schistosoma mansoni Schistosoma japonicum et Schistosoma mekongi (bilharziose intestinale avec complication hépatique) ; 
  • le Schistosoma mansoni Schistosoma intercalatum (bilharziose rectale et génitale). 

Peu de cas sont recensés en France. Ce sont avant tout des expatriés, des touristes, des migrants. La contamination se fait lors de bain en eau douce (présence de mollusques). 

Transmission : comment l'attrape-t-on ?

"C'est un parasite que l'on attrape au contact de l'eau contaminée donc soit en marchant pieds nus dans des eaux douces, soit en se baignant. Des larves du parasite passent alors à travers la peau ", explique la spécialiste. 

Quels sont les symptômes ?

Après une phase durant laquelle les vers qui ont pénétré par la peau migrent jusqu'aux organes où ils vont se nicher (durée entre 1 et 6 semaines), avec des signes tels que fièvre, gêne respiratoire, démangeaisons, diarrhée, maux de tête, amaigrissement, toux, dyspnée (difficulté à respirer), douleurs articulaires, douleurs musculaires, la bilharziose va se manifester par : 

  • des douleurs abdominales et une diarrhée intense dans sa forme intestinale ; 
  • des saignements urinaires dans sa forme urinaire ; 
  • une augmentation de la taille du foie dans sa forme hépatique ;

Diagnostic

Il s'agit de mettre en évidence les œufs du parasite. On effectue alors une biopsie du rectum, ou une analyse des urines et des selles. Afin de diagnostiquer la bilharziose, le médecin doit poser des questions au patient : 

  • voyages en pays d'endémie, 
  • origine géographique, 
  • immersion en eau douce stagnante avec prurit suivant le bain, 
  • antécédents d'une bilharziose.

Examens : sérologie

Entre autres et en fonction de la zone touchée par la bilharziose : 

  • bilan parasitologique : urines, selles, prélèvements anatomo-pathologiques. IF, Elisa, Western blot, 
  • hémogramme, 
  • bilan hépatique, 
  • échographie : urogénitale, abdominale, 
  • rectoscopie, 
  • endoscopie, 
  • uroscopie, 
  • bilan de stérilité, 
  • ECBU, 
  • bandelette urinaire.

Quelles sont les complications ?

  • Cardiaques et pulmonaires : HTAP, insuffisance ventriculaire droite. 
  • Neurologiques : hypertension intra-crânienne, crises convulsives, myélite aiguë, compression médullaire. 
  • Cutanées (bilharziomes des organes génitaux externes, des régions périnéales et fessières). 
  • Salmonelloses récidivantes. 
  • Cancérologiques (carcinome épidermoïde vésical, adénocarcinome colique).

Traitement

Actuellement, le traitement repose sur le "praziquantel". Il guérit toutes les espèces de bilharzioses. En cas de contamination probable, une prévention médicamenteuse peut être préconisée grâce à ce médicament. 

Prévention

Il faut éviter de se baigner en eau douce, dans des lacs et des rivières à courant faible, situés au sud du Maghreb, en Egypte, en Afrique noire, aux Antilles et en Amérique du Sud tropicale. En cas de baignade, il est nécessaire d'avoir recours à une hygiène complète du corps. "Il faut également porter des chaussures fermées lorsque l'on marche dans des flaques d'eau saumâtre et garder à l'esprit que cette infection ne se trouve pas qu'à la campagne mais aussi dans les grandes villes d'Afrique ne disposant pas de système d'assainissement efficace ", ajoute le Dr Valérie Rabier. 

Merci au Dr Valérie Rabier, infectiologue au CHU d'Angers.