Quels sont les effets psychologiques du confinement et de l'isolement ?

Cela fait six semaines que les Français sont confinés chez eux. Anxiété, stress, ennui, solitude, dépression... Quels sont les effets psychologiques du confinement et de l'isolement ? Comment rester positif et tenir jusqu'au déconfinement ? Conseils des psychologues Johanna Rozenblum et Bruno Vibert.

Quels sont les effets psychologiques du confinement et de l'isolement ?
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A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Depuis le 17 mars midi, les Français sont tenus de rester chez eux au maximum et d'éviter les déplacements non indispensables pour minimiser les contacts et limiter la propagation de l'épidémie de coronavirus en France. Alors, comment garder le moral et ne pas tomber dans la dépression pendant cette période ? Isolement, repli sur soi, ennui... Comment ne pas se sentir psychologiquement seul ? On vous accompagne avec les conseils de nos experts psychologues. 

Quels sont les impacts psychologiques du confinement et de l'isolement ?

"C'est indéniable et de nombreuses études l'ont prouvé : l'isolement a des effets délétères sur notre psychisme et sur notre moral, pose d'emblée Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris. Des contacts sociaux limités, voire absents lorsqu'on est seul chez soi, entraînent des conséquences somatiques et psychologiques bien réelles : repli sur soi, humeur dépressive, anxiété généralisée, ruminations, réactions d'hostilité...". Par ailleurs, l'interdit et la privation de liberté nous confrontent directement à nos sentiments d'impuissance, à nos peurs et à nos besoins. Être obligé de rester à domicile n'est naturel pour personne. Chaque individu a un besoin fondamental de se sentir libre de faire ce qu'il veut, de sortir s'il en a envie, de prendre l'air comme bon lui semble. Il a également besoin de maintenir des liens sociaux pour conserver un équilibre de bien-être et respecter une homéostasie, phénomène qui correspond à la capacité d'un système à maintenir l'équilibre de son milieu intérieur, quelles que soient les contraintes externes.

Face à cet environnement inhabituel, l'esprit rumine et le corps somatise. 

L'isolement ou le confinement à domicile entrave cet équilibre psychique et ce sentiment de liberté. Face à cet environnement inhabituel, l'esprit rumine, le corps somatise et peut réagir au stress par différents maux (troubles du sommeil, douleurs musculaires, perte d'appétit, maux de tête, problèmes digestifs...) "Néanmoins, en l'absence d'antécédents psychologiques et en considérant ce confinement comme un "défi" à prendre à bras le corps, il est tout à fait possible de trouver les ressources et de compenser le sentiment de privation de liberté avec des activités et des échanges épanouissants. Pour être clair : chaque être humain a la totale capacité de s'adapter et à surmonter cette épreuve", rassure notre interlocutrice. "Le confinement peut donner l'impression de nous avoir arracher à la vie. Or, il ne faut pas le voir comme une perte de temps mais comme une opportunité de mieux se connaître : ce moment nous apprend chaque jour des choses sur nous, permet de se concentrer sur l'essentiel", insiste de son côté Bruno Vibert, psychothérapeute. 

Personne seule : comment éviter la déprime et garder le moral ?

Il faut limiter l'afflux massif d'informations pour éviter les fake-news ou les infos contradictoires. 

"Lorsqu'on est seul(e) et confiné(e), on rajoute de l'isolement à un isolement déjà présent. Il est donc absolument nécessaire d'entretenir un maximum de contacts avec sa famille, ses amis ou ses collègues de travail pour ne pas accroître le sentiment de solitude, déprimer et altérer son estime de soi", conseille la psychologue. La clef : parler de ses appréhensions et de ses craintes au maximum. Pour cela, les permanences téléphoniques peuvent être un bon moyen de briser la solitude (par exemple, SOS Amitié). Certains psychologues proposent également des mini-consultations gratuites par téléphone. Par ailleurs, inutile de passer trop de temps à écouter les informations car en cas de montée de stress, il sera plus difficile de se raisonner seul que si l'on est entouré. Concrètement, il faut limiter l'afflux massif d'informations pour éviter les fake-news ou les informations contradictoires et privilégier les échanges téléphoniques ou appels vidéos avec son entourage. Il faut également limiter l'usage des réseaux sociaux qui peuvent encore plus accroître le sentiment de solitude et véhiculer des infos anxiogènes. "Avec le confinement, on a pu voir l'émergence de nouvelles addictions comme l'addiction aux écrans. La journée, on télétravaille sur un ordinateur, et le soir, on regarde des films et des séries, on joue à des jeux vidéos, on fait des apéros en visio... On est constamment sur des écrans. Et cette surconsommation favorise le manque de recul face à cette situation anxiogène et peut nous renvoyer face à notre solitude. Ce qui serait bien, c'est de se réserver des temps sans écran, par exemple deux heures avant de se coucher, pour favoriser les échanges en famille et les autres activités (lecture, jeux de société, méditation...)", conseille Bruno Vibert. 

En famille, en couple, avec des enfants... Comment bien vivre le confinement ?

En famille, et ce quel que soit l'âge de ses enfants, il faut essayer de maintenir un rythme quotidien qui se rapproche autant que possible de notre rythme habituel pour avoir des repères structurants.

→ On structure ses journées :

  • Fixer une heure de réveil pour chaque membre du foyer,
  • S'habiller (on évite de rester en pyjama toute la journée pour éviter ce sentiment d'impassibilité) et échelonner tout au long de la journée les activités quotidiennes avec les enfants : devoirs, musique, activité physique, travaux manuels... "Les temps calmes sont également importants : prenez-les comme des occasions de se poser en famille, de prendre du bon temps avec ceux qui nous sont chers", insiste la psychologue. 
  • Ne pas travailler dans son lit et déterminer une zone de travail dans votre logement. Il sera ainsi plus facile de séparer son activité professionnelle de ses activités personnelles.
  • Prendre ses repas à heures fixes
  • Respecter une heure de coucher.

→ On fait preuve de souplesse avec les autres membres du foyer :

  • Chacun doit prendre un peu sur soi et faire preuve de tolérance, d'écoute et de compréhension. "Ce huis-clos imposé peut tout à fait être l'occasion de belles discussions entre parents et enfants, de moments de complicité dans la fratrie, et aussi de faire le point sur ses priorités", pointe l'experte.
  • Pour les adolescents, la privation de liberté peut être mal vécue. "A un âge où les relations sociales en dehors de la famille, les amis et relations amoureuses sont au centre des attentions, les restrictions sont souvent mal supportées. Hyper-émotivités, réactions impulsives, conflits avec la fratrie en sont les conséquences. En tant que parents, il faudra être un peu plus souples que d'ordinaire et accorder des moments où l'ado pourra se retrouver un peu seul", préconise la psychologue.
  • Pensez à vos proches qui sont seuls et isolés et consacrez-leur du temps pour les écouter et leur apporter, à distance, des sources de plaisir (prendre des nouvelles par téléphone, faire un Skype, leur envoyer une lettre, un livre ou des photos, leur conseiller un bon film...)

→ On s'accorde des moments pour soi. "Pendant plusieurs semaines, les activités hors du domicile sont mises à l'arrêt. Cela peut être mal vécu pour certaines personnes qui ne peuvent pas évacuer leur stress et leurs frustrations. Lorsqu'on est confiné, tout est cristallisé dans le foyer, c'est donc normal d'avoir des désaccords ou de se disputer. Pour minimiser les différends, se retrouver seul de temps en temps fait du bien. De même que d'avoir un jardin secret et le fait de s'accorder des moments à soi pour vaquer à vos occupations", conseille Bruno Vibert. 

Objectifs, bilan : comment anticiper la fin du confinement ?

En attendant, chacun doit prendre du recul, assumer ses responsabilités et participer à l'effort commun.

Le plus important est de ne pas considérer cette mesure de confinement comme une punition. C'est une décision prise pour le bien commun afin de préserver la santé de tous. En respectant le confinement, vous avez contribué à limiter l'épidémie de coronavirus. "Pour faire face à un virus de cette ampleur, on avait que trois possibilités : les vaccins, les médicaments antiviraux, et la distanciation sociale, c'est-à-dire éloigner les personnes pour que le virus ne puisse pas circuler dans la population. Pour le moment, nous n'avons pas de vaccin contre le Covid-19 ni de médicament antiviral qui fonctionne efficacement contre ce virus. La seule vraie option qu'il nous restait était le confinement et l'éloignement social, c''était notre seule alternative", assure à Sciences et Avenir Peter Palese, microbiologiste spécialisé dans les virus des voies respiratoires, de l'École Icahn de médecine à l'hôpital Mount Sinai (États-Unis).

Il faut apprendre à apprécier ce temps qui nous est certes imposé, mais dont on se plaint souvent de manquer.

C'était donc une mesure drastique et radicale, mais nécessaire. Oui, on a vécu dans un monde "restreint" ces dernières semaines et notre devoir de citoyen était de l'accepter. Il faut surtout se dire que cette situation est temporaire et qu'il y aura indéniablement un retour à la normale dès lors que cette crise sanitaire sera finie et qu'il y aura un déconfinement. En attendant, chacun doit prendre du recul, ne pas céder à la psychose, assumer ses responsabilités et participer à l'effort commun. "Cette situation actuelle de "confinement" est totalement inédite en France : elle nous oblige depuis plusieurs semaines à faire un travail d'acceptation et de lâcher-prise, à rester acteur de sa vie, à développer son imagination, à se projeter sur l'après et à apprendre à apprécier ce temps qui nous est certes imposé mais dont on se plaint souvent de manquer", tient à conclure Johanna Rozenblum.

Merci à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris et à Bruno Vibert, psychothérapeute.

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