Chorée de Huntington : diagnostic, prise en charge, pronostic

Autrefois appelée chorée de Huntington ou "danse de Saint Guy", la maladie de Huntington est une maladie génétique qui affecte le système nerveux central. Transmission, diagnostic, causes, prévention... Le point avec le Docteur Erwan Bezard, docteur en neurosciences et directeur de l'Institut des maladies neurodégénératives de Bordeaux.

Chorée de Huntington : diagnostic, prise en charge, pronostic
© Kateryna Kon - 123RF

Définition : qu'est-ce que la maladie (chorée) de Huntington ?

La maladie de Huntington (autrefois appelée la chorée du Huttington, et avant cela encore "danse de Saint Guy") est une maladie neurodégénérative du système nerveux central, héréditaire et génétique qui cause un certain nombre de symptômes moteurs, cognitifs et psychiatriques évoluant vers une perte d'autonomie et jusqu'à la mort. Maladie orpheline, sa prévalence dans la population caucasienne est estimée de 1/20.000 à 1/10.000. Elle affecte 18 000 personnes aujourd'hui en France dont 12 000 sans symptômes.

Causes et transmission

La maladie de Huntington est une maladie génétique due à la mutation du gène codant pour une protéine nommée huntingtine.  Elle se transmet sur un mode autosomique dominant, c'est à dire qu'hériter d'une seule copie mutée du gène de la huntingtine est suffisant pour développer la maladie. Les individus porteurs de la mutation développeront nécessairement la maladie. Un parent porteur de la mutation a 50% de risque de transmettre la maladie à son enfant.

"Dans le cadre de la maladie de Huntington, la protéine se termine mal, explique le Dr Bezard. Il y a des motifs répétés qui s'ajoutent au bout de la protéine. Cette longueur fait que la protéine s'agrège dans les neurones et ne va pas être bien dégradée, ce qui va provoquer la mort de ces neurones. Cette mort des neurones va être responsable des symptômes."

Symptômes

La maladie de Huntington apparaît le plus souvent chez le jeune adulte (20-30 ans) bien qu'il puisse exister des formes précoces (juvéniles) et des formes tardives. "Plus la longueur de la protéine est importante plus l'âge est précoce, spécifie le Dr. Bezard. Des symptômes, sous la forme d'altérations cognitives peuvent apparaître très tôt dans dans la maladie. Cela peut-être des choses relativement subtiles : un trouble de l'attention, un trouble exécutif- avoir du mal à prendre des décisions par exemple. Cela n'est pas spécifique à la maladie de Huntington pour autant". Des symptômes moteurs se développent ensuite :

  • la chorée, c'est à dire des mouvements brusques et involontaires,
  • des dystonies (crampes et postures anormales)
  • des troubles de la coordination,
  • un ralentissement des mouvements,
  • une rigidité musculaire
  • des troubles oculo-moteurs…  

Les fonctions cognitives se détériorent

La qualité de vie au quotidien s'en voit très  affectée avec des troubles de la mastication, de la déglutition, de l'équilibre, des déformations articulaires... Progressivement, toutes fonctions motrices des patients se détériorent jusqu'à l'impossibilité d'effectuer certains gestes, de se déplacer seul, de se nourrir ou même de communiquer. Les fonctions cognitives se détériorent également : dégradation de la mémoire de travail, de l'attention, des facultés de planification, mémoire, troubles du langage... parfois jusqu'à la démence.

Enfin, des troubles psychiatriques et comportementaux sont le plus souvent présents et surviennent précocement : La dépression est le symptôme le plus fréquent et le risque suicidaire est élevé chez les personnes atteintes de la maladie de Huntington. L'anxiété et l'irritabilité sont également fréquentes. Dans certains cas, des états psychotiques avec des délires (dans environ 10% des cas), des hallucinations (rares) ou encore des obsessions (plus de 15%) peuvent être parfois observés. D'autres symptômes existent comme les troubles du sommeil ou la perte de poids.

Diagnostic : test génétique de la maladie de Huntington

Le diagnostic de la maladie de Huntington repose sur des examens cliniques face à un patient présentant des troubles évocateurs de la maladie et selon le contexte familial. C'est le test génétique qui précisera le diagnostic. Bien souvent, le test génétique sera réalisé avant que des symptômes se manifestent. En effet, comme le signale le Dr Bezard, "Les familles porteuses du gène sont le plus souvent connues et suivies dans des centres de consultations génétiques." Le diagnostic est établi par un généticien qui fera l'annonce de la maladie. Un prise en charge sera instaurée dans des centres de mouvements anormaux.

Traitement et prise en charge

Il n'existe pas, à ce jour, de traitement curatif de la maladie de Huntington. "Aujourd'hui, les traitements sont exclusivement symptomatiques et non spécifiques, explique le Dr Bezard. Il s'agit d'améliorer la qualité de vie du patient. Il n'y a pas de prise en charge de la maladie elle-même même si la recherche avance, notamment pour ralentir la progression de l'agrégation de protéine huntingtine, pour ralentir la perte des neurones . o la greffe de neurones est également une piste".

La prise en charge symptomatique de la maladie de Huntington est pluri-disciplinaire : 

  • Les traitements médicamenteux permettent de soulager les troubles psychiatriques (antidépresseurs, anxiolytiques, etc) mais également les mouvements choréiques (stabilisateurs de dopamine, neuroleptiques…)
  • Les traitements non-médicamenteux passent par de la rééducation physique auprès d'un kinésithérapeutes, de séances d'orthophonie et d'une activité physique régulière.

Des mesures d'accompagnement dans la vie quotidienne sont indispensables pour répondre à la perte d'autonomie.

Pronostic : quelle durée de vie ?

La maladie de Huntington est une maladie à l'issue fatale, qui se développe de façon progressive et inéluctable. Après les premiers symptômes, la durée moyenne de la maladie est de 15 à 20 ans, mais cette durée est variable suivant les individus

La plupart des personnes atteintes ne meurent pas directement de la maladie, mais plutôt de troubles cliniques qui résultent de l'affaiblissement de la gestion de l'organisme par le cerveau, en particulier à la suite de "fausses routes", de troubles infectieux (pneumopathies par exemple) ou de troubles cardiovasculaires.

Prévention

Avant la conception, "la prévention repose sur les tests génétiques et une information du porteur" explique le Dr. Bezard. Il pourra en toute connaissance de cause choisir de prendre le risque de procréer ou non. Après la conception, deux types de diagnostic sont possibles :

  • Le diagnostic prénatal qui consiste à rechercher une mutation du gène de la huntingtine chez un fœtus, au cours de la grossesse. Ce test est réalisé si l'un des parents est porteur de cette anomalie. En cas de résultat positif, le couple peut choisir d'interrompre la grossesse à n'importe quel moment.
  • Le diagnostic préimplantatoire pour les parents qui ont recours à une fécondation in vitro (FIV) si l'un des parents est porteur de la mutation ou si l'un des grands-parents est atteint par la maladie. La technique consiste alors à rechercher l'anomalie génétique sur les embryons obtenus par FIV, trois jours après la fécondation, et à sélectionner un ou deux embryons sains à transférer dans l'utérus de la mère.

Merci au Docteur Erwan Bezard, docteur en neurosciences  et directeur de l'Institut des maladies neurodégénératives de Bordeaux.