Scandale des prothèses anti-hernie : de quoi s'agit-il ?

Le nombre de victimes potentielles pourrait atteindre 200 000 en France. Certains patients, comme le comédien Arnaud Denis, ont entamé des démarches d'euthanasie face à l'échec des traitements et au retrait complexe de la prothèse. Parmi ces implants, des produits proposés par Medtronic ou Johnson & Johnson.

Scandale des prothèses anti-hernie : de quoi s'agit-il ?
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Le scandale des prothèses anti-hernie en France concerne des implants utilisés pour réparer les hernies au niveau de l'abdomen (hernie abdominale, éventration) ou de l'aine (hernie inguinale). Ces prothèses, souvent fabriquées à partir de matériaux synthétiques (polypropylène ou polyester) sont incriminées car elles provoqueraient des complications graves chez certains patients, comme des douleurs chroniques, des infections voire des incapacités à marcher. De nombreuses victimes se sont retrouvées à devoir subir de nouvelles interventions chirurgicales pour réparer les dégâts causés. Alors qu'elles se battent pour obtenir réparation, un avocat prépare une plainte collective contre les fabricants pour le premier trimestre 2026. Un scandale de santé qui pourrait affecter jusqu'à 200 000 personnes en France, avec des conséquences graves sur leur qualité de vie.

Quelle est l'origine de l'affaire des prothèses anti-hernie ?

En France, le problème a éclaté en 2017-2018, lorsque des patients de tout âge ont signalé que certaines prothèses défectueuses ou mal conçues causaient des réactions indésirables. En cause : un défaut de conception et des matériaux de mauvaise qualité utilisés par certains fabricants. L'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a mené des études sur ces dispositifs, confirmant les risques sanitaires. Plusieurs fabricants, dont Johnson & Johnson et Medtronic, ont retiré certains de leurs produits du marché. Ce scandale a mis en lumière des failles dans la régulation des dispositifs médicaux en France et ailleurs, où certains produits ont été mis sur le marché sans suffisamment de tests. La France semble suivre la voie des États-Unis, où ce litige dure depuis vingt ans. En 2024, un fabricant américain (Becton Dickinson) a accepté de verser des indemnités à 38 000 plaignants pour éviter un procès, marquant une première reconnaissance tacite des risques liés à ces dispositifs.

Prothèse pour une hernie inguinale © Etude Bioactive Materials

Quels sont les problèmes et symptômes rencontrés par les patients ?

De nombreux patients se sont plaints de complications post-opératoires invalidantes. Beaucoup disent ne plus pouvoir marcher plus de quelques minutes, se baisser ou porter des charges. Outre la douleur, ils rapportent des sensations de corps étranger permanent, des infections à répétition et, parfois, le déclenchement de maladies auto-immunes. Certains patients, comme le comédien Arnaud Denis, ont entamé des démarches d'euthanasie face à l'échec des traitements et au retrait complexe de la prothèse. Les patients estiment surtout qu'on ne leur a pas laissé le choix de manière éclairée. Beaucoup affirment que les chirurgiens ont présenté la pose du filet comme une opération de routine, sans mentionner le risque de douleurs chroniques définitives (qui surviennent pourtant dans 1 à 5 % des cas de manière invalidante). Ils regrettent qu'on ne leur ait pas proposé d'autres techniques chirurgicales sans implant synthétique.

Quels sont les fabricants impliqués dans l'affaire ?

Les fabricants comme Medtronic, B. Braun, Johnson & Johnson/Ethicon et Invamed sont au centre de cette affaire, avec un accent particulier sur ceux qui ont commercialisé des implants à base de polypropylène ou polyester, des matériaux jugés défectueux par certains experts.

Quelle justice pour les victimes ?

L'avocat Me Pierre Debuisson (déjà connu pour l'affaire des pizzas Buitoni) prépare une plainte collective prévue pour le premier trimestre 2026 contre plusieurs cibles : les médecins, les fabricants (Medtronic, B. Braun, Invamed) et l'État, avec pour motifs "Blessures involontaires, tromperie aggravée, homicide involontaire et défaut d'information". Une cinquantaine de plaignants sont déjà regroupés, mais l'avocat estime que le nombre de victimes potentielles pourrait atteindre 200 000.

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