Dépistage du cancer de la prostate : comment le faire ?

Parfois pratiqué sur des patients sans symptôme à partir d'un certain âge, le dépistage du cancer de la prostate n'est plus systématique. En quoi consiste-t-il ? Quand le faire ? Quelles sont les recommandations en vigueur ? Le point avec Antonin Morillon, chercheur à l'Institut Curie.

Dépistage du cancer de la prostate : comment le faire ?
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Comment se fait le dépistage du cancer de la prostate ?

Aujourd'hui, les patients à partir de 45-50 ans qui présentent un certain nombre de symptômes évocateurs d'un cancer de la prostate s'adresse à leur généraliste qui leur prescrit un test sanguin de dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) qui constitue la première phase du dépistage.

Si le taux de PSA est anormal, au-dessus de 3.5 ng/ml, le patient est invité à consulter un urologue qui procède à un examen clinique (toucher rectal) et pourra décider d'effectuer une biopsie qui est la seconde étape du dépistage. "Aujourd'hui, 55 000 biopsies de la prostate sont réalisées par an en France, explique Antonin Morillon, chercheur à l'Institut Curie. C'est un examen assez invasif et douloureux, qui, s'il est effectué en ambulatoire peut néanmoins provoquer des saignements et effets secondaires comme des infections locales. Or, 55% des patients qui subissent une biopsie de la prostate n'ont pas de cancer. Dès lors, il y a une nécessité aujourd'hui de faire que la biopsie servent à confirmer le diagnostic et qu'elle ne soit plus une étape d'exploration."

Quand le faire ?

Il convient d'effectuer un dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA uniquement si l'on présente des symptômes :

  • Des besoins fréquents et/ou urgents d'uriner.
  • Une difficulté à uriner (besoin de pousser, miction difficile à commencer ou arrêter, jet d'urine faible ou qui s'interrompt).
  • Une sensation de ne pas avoir complètement vidé sa vessie après avoir uriné.
  • Une brûlure ou douleur en urinant.
  • Une présence de sang dans l'urine ou le sperme.
  • Des troubles sexuels (dysfonctions de l'érection, éjaculations douloureuses).
  • Des douleurs au niveau des os (dos, bassin, jambes) ainsi qu'une fatigue et une perte de poids.

A quel âge ?

Le dépistage du cancer de la prostate se fait généralement à partir de 45 ans. Ce cancer est, en effet, lié au vieillissement et les formes précoces sont très rares.

Quels tests ?

Les examens aujourd'hui utilisés en France sont :

  • Le dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) sanguin.
  • La biopsie de la prostate.
  • et de plus en plus, l'échographie et l'IRM.

Dépistage du cancer de la prostate et PSA

Le PSA (antigène prostatique spécifique) est une protéine sécrétée par la prostate et présente dans le sang. Lorsque son taux est élevé, on peut craindre un cancer mais d'autres facteurs peuvent élever ce taux. Son dosage est ainsi un bon indicateur d'un dysfonctionnement de la prostate en tant que telle mais pas forcément lié à une tumeur cancéreuse. On peut trouver une hyperplasie de la prostate (qui gonfle qui s'enflamme). "Ce dosage est un premier filtre, un test qui ne coûte pas très cher, simple à faire. Il n'y a
pas de patient cancéreux avec une PSA faible
" résume Antonin Morillon.

Qui fait le dépistage du cancer de la prostate ?

Il convient en premier lieu de s'adresser à son généraliste en cas de symptômes. Celui-ci orientera le patient vers un urologue si besoin.

Recommandations des autorités

En France, la Haute Autorité de santé (HAS) précise qu'il n'a pas été retrouvé d'éléments scientifiques permettant de justifier le dépistage du cancer de la prostate par le dosage du PSA chez les hommes qui ne présentent pas de symptômes même s'ils sont considérés comme faisant partie d'une population à risque. Ainsi, aujourd'hui, aucune autorité sanitaire ne recommande le dépistage systématique par dosage du PSA chez les hommes sans symptômes, y compris urinaires. Toutes les recommandations rappellent également que les hommes asymptomatiques qui envisagent de réaliser les tests de dépistage du cancer de la prostate (toucher rectal et dosage du PSA) doivent être informés des avantages et des inconvénients de ce dépistage. "Il a été évoqué le fait de pouvoir réaliser des tests urinaires complémentaires comme cela est fait aux États-Unis, ajoute Antonin Morillon. L'idée est de rechercher des biomarqueurs dans les urines permettant d'effectuer un diagnostic de manière non invasive". Mais, aujourd'hui, ce test n'est pas remboursé en Europe. En effet, s'il est globalement efficace, il ne réagit plus quand le cancer est en forme très agressive, ce qui risque un taux de faux négatifs important sur des stades pourtant très avancés.

Pourquoi l'intérêt de ce dépistage fait débat ?

Les recommandations de 2012 sur le dépistage du cancer de la prostate ont pu faire débat car elles estimaient que le dosage du PSA en dehors de tout symptôme ne diminuait pas la mortalité par cancer de la prostate. Depuis, d'autres études ont été publiées montrant un léger bénéfice du dépistage dans une prise en charge précoce du cancer de la prostate. Dès lors, on estime que chacun doit pouvoir se faire dépister s'il le souhaite à condition qu'il soit bien informé. Toutefois, les recommandations officielles n'invitent pas les personnes asymptomatiques à le faire. "Le véritable enjeu, aujourd'hui est de trouver d'autres moyens de filtrer les patients
avant la biopsie
" insiste Antonin Morillon.

Prix et remboursement

Le prix du dosage du PSA est d'une dizaine d'euros. Il n'est pas pris en charge par la Sécurité Sociale mais peut l'être par la complémentaire.

Merci à Antonin Morillon, chercheur à l'Institut Curie.

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