Hantavirus en France : carte, nombre de cas, un risque d'épidémie ?
Une vingtaine de Français sont "cas contact" de passagers d'un bateau de croisière contaminés par un hantavirus contagieux appelé "virus des Andes". Parmi eux, une Française est en soins intensifs à l'hôpital Bichat de Paris. C'est le seul cas positif à date en France. Un protocole d'isolement strict en en place.
[Mis à jour mardi 12 mai à 14h55] L'hantavirus se diffuse et les autorités sanitaires sont sur le qui-vive. 9 cas sont confirmés dans le monde, selon le dernier point presse de l'OMS du 12 mai, dont un cas en France. Il s'agit d'une femme actuellement hospitalisée en soins intensifs à l'hôpital Bichat (Paris). 26 autres Français sont cas contacts de passagers contaminés par cet hantavirus très contagieux et potentiellement mortel appelé "virus des Andes" qui s'est diffusé sur un bateau de croisière en avril. En France, "aujourd'hui, le virus ne se trouve que dans une chambre d'hôpital à Bichat et rien que là sur le territoire national" a rassuré le Pr Bruno Mégarbane, chef de service de réanimation, sur Europe 1. Les 4 autres "sont à l'hôpital jusqu'à nouvel ordre, au minimum 15 jours, puis nous réévaluerons" a déclaré la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Parmi les 22 autres cas contacts, un homme est confiné chez lui dans le Finistère et devrait être transféré au CHU de Rennes, informe Ouest France. Un protocole sanitaire strict est mis en place pour les cas contacts avec 42 jours d'isolement en milieu hospitalier. "Je veux rassurer sur le risque de transmission du virus estimé comme faible par l'OMS et la mobilisation des autorités sanitaires" a commenté Stéphanie Rist, ministre de la Santé.
Rappel des faits : la contamination sur le bateau de croisière MV Hondius
- Le 1er avril, le bateau néerlandais MV Hondius quitte Ushuaïa en Argentine pour une croisière. Cent quarante-neuf personnes de 23 nationalités différentes sont à bord, dont des ressortissants européens : Allemagne, Belgique, France, Grèce, Irlande, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Espagne.
- Le 11 avril, une personne décède à bord du navire. L'hantavirus n'a pas été identifié, la mort est qualifiée de "naturelle" au départ.
- Le 24 avril, 29 passagers quittent le navire lors d'une escale sur l'île britannique de Sainte-Hélène, sans lien avec le virus. Certains prennent des avions pour rentrer dans leurs pays.
- Le 25 avril, l'épouse du premier passager décédé doit embarquer sur un vol Johannesburg-Amsterdam (vol KL592), mais son état se dégrade avant le décollage. Elle est hospitalisée en Afrique du Sud et décède le même jour.
- Le 2 mai, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) est informé d'un "foyer de maladie d'origine inconnue présentant de graves symptômes respiratoires" à bord du navire situé alors dans l'Atlantique Sud. Elle a connaissance de trois décès. Des tests PCR détectent un type d'hantavirus spécifique appelé "virus des Andes".
- Le 6 mai, l'ECDC confirme que sept personnes ont présenté des symptômes incluant fièvre, troubles respiratoires et gastro-intestinaux. Au moins quatre d'entre elles ont rapidement développé une pneumonie, une détresse respiratoire aiguë et un choc septique. Les trois décès sont survenus parmi ces sept personnes. Ce même jour, trois personnes malades sont évacuées médicalement depuis le navire alors immobilisé au large du Cap-Vert. Parmi elles figurent le médecin du bord et un membre d'équipage britannique. Elles sont transférées vers les Pays-Bas pour être prises en charge.
- Le 10 mai, le MV Hondius arrive au large de Tenerife, dans les Canaries pour évacuer les différents passagers vers leurs pays d'origine. L'OMS coordonne cette évacuation sanitaire sous haute protection. Au total, sept vols évacuent 94 passagers dans la soirée du 10 mai.
- Les dernières opérations de rapatriement sont prévues le 11 mai, avec un avion néerlandais et un appareil australien.
9 cas confirmés dans le monde, 1 en France
Au 12 mai, 11 cas d'hantavirus liés au bateau de croisière MV Hondius ont été signalés dans le monde : 9 sont confirmés positifs au virus des Andes, 2 sont probables. Sur les 11 cas, trois personnes sont décédées. "Tous les cas concernent des passagers ou des membres d'équipage du navire", a indiqué le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus dans un point presse. 27 Français sont cas contacts : 5 étaient passagers du bateau, 22 se trouvaient dans des avions ayant servi de rapatriement. Parmi eux, une Française est hospitalisée à Paris. L'ECDC se veut rassurant : "Même si la transmission du virus devait se produire à partir des passagers évacués du navire, ce virus ne se transmet pas facilement. Il est peu probable qu'il provoque de nombreux cas ou une épidémie généralisée, si des mesures de prévention et de contrôle des infections sont appliquées. Le risque pour la population générale de l'Union européenne lié à la propagation du virus à partir de cette épidémie sur un navire de croisière est très faible." Le 9 mai, le directeur général de l'OMS a estimé : "Il ne s'agit pas d'une autre épidémie de COVID. Le risque actuel pour la santé publique lié au hantavirus demeure faible. Mes collègues et moi l'avons affirmé sans équivoque, et je le répète aujourd'hui."
En cause : un virus des Andes, un hantavirus très contagieux, contracté dans une déchetterie
Les hantavirus sont des virus qui infectent naturellement les rongeurs et sont parfois transmis à l'homme. "Chez l'homme, l'infection peut entraîner une maladie grave, souvent mortelle" précise l'OMS. L'hypothèse actuelle des autorités sanitaires est que le patient 0 a été exposé avec sa femme au virus lors d'un séjour en Argentine avant l'embarquement, où il est endémique, et qu'ils l'ont ensuite transmis à d'autres passagers à bord du navire de croisière. Le couple se serait rendu dans une déchetterie près de la ville d'Ushuaia pour observer le Caracara à gorge blanche, qui se trouve dans la région. Le site est connu par les passionnés d'ornithologie puisque les oiseaux viennent s'y nourrir mais les locaux l'évitent à cause des nombreux rongeurs présents et porteurs de l'hantavirus. En Argentine, c'est un type d'hantavirus appelé "virus des Andes" ou ANDV qui circule surtout. Sa grande particularité, très rare chez les hantavirus, est qu'il peut se transmettre d'une personne à une autre.
"L'incubation du virus peut durer 6 semaines"
"Compte tenu de la période d'incubation du virus Andes ANDV (type d'hantavirus), qui peut atteindre six semaines, il est possible que davantage de cas soient signalés", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, le 7 mai. Selon le Pr Bruno Mégarbane, invité sur France 2 le 12 mai, l'incubation moyenne du virus est de 10 à 15 jours.
Carte de France des cas d'hantavirus
Les hantavirus sont essentiellement présents dans le quart nord-est de la France métropolitaine. De petites épidémies peuvent survenir surtout au printemps et en été.
En France, le virus est surtout présent chez les campagnols qui vivent dans les forêts et les habitations (granges, greniers, remises, cabanes abandonnées, etc.).
Selon l'ANRS, entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence des Hantavirus, intégré à l'Institut Pasteur de Paris, a recensé 19 cas confirmés d'infection récente par un hantavirus. Le nombre de cas détectés se trouve dans la moyenne mensuelle française.