Pris par 7 millions de Français : ce médicament favoriserait les troubles cognitifs après 65 ans
Une analyse scientifique australienne remet en question l'efficacité au long cours de ce traitement très répandu. Au-delà d'un an de prise, ses risques pour la santé augmenteraient nettement.
Chaque jour, des millions de Français prennent ce traitement, parfois depuis des années. Pourtant, le bien-fondé de ces prescriptions au long cours vient d'être interrogé par une nouvelle analyse scientifique publiée le 6 juin. Et si son efficacité sur la durée avait été surestimée ? De quel médicament s'agit-il ?
Une équipe de chercheurs australiens a passé au crible les essais cliniques dits de "prévention des rechutes". Pour évaluer l'efficacité du médicament, ces protocoles interrompaient le traitement de façon brutale, "en moyenne sur 4 jours". L'aggravation immédiate de l'humeur chez les patients sevrés était alors comptabilisée comme une rechute. Or, selon les auteurs, ces études ne distinguaient pas clairement le retour de la maladie des simples effets du manque, comme ils l'expliquent dans l'Australian Journal of General Practice. Autrement dit, une partie des bénéfices observés sur la durée pourrait s'expliquer par le fait que le traitement évite au patient de souffrir du sevrage : ils "résideraient dans la suppression des symptômes de sevrage".
Ce n'est pas tout. Au-delà d'un an de prise, l'analyse souligne que les risques d'effets indésirables augmentent nettement. Les données rapportent l'apparition possible de "troubles cognitifs" altérant la mémoire et d'un engourdissement affectif décrit comme un "rétrécissement du spectre émotionnel", susceptible de réduire la capacité à ressentir du plaisir. S'y ajoutent une prise de poids, des insomnies et des dysfonctions sexuelles touchant, selon les auteurs, "50 à 80 % des utilisateurs". Et chez les plus de 65 ans, s'accumulerait un risque "d'accidents vasculaires cérébraux, de chutes, de cataractes [et] de maladies cardiaques". Ce médicament ou plutôt cette famille de médicaments, ce sont les antidépresseurs.
Selon Santé publique France, un Français sur cinq connaîtra un épisode dépressif au cours de sa vie. La santé mentale est d'ailleurs devenu un poste de finance à part entière, dont la facture totale pour un individu peut atteindre 12 600 euros par an. Et chaque année, près de 7 millions de Français consomment des antidépresseurs, parmi lesquels le Prozac® ou le Seroplex®. Beaucoup d'entre eux visent à augmenter la concentration de ce neurotransmetteur entre les neurones, sur l'hypothèse d'un "déséquilibre chimique" à l'origine de la dépression. Or cette hypothèse reste discutée : les auteurs rappellent qu' "aucun mécanisme biologique de la dépression n'a été établi" avec certitude. En modifiant durablement le fonctionnement du système nerveux, ces molécules peuvent par ailleurs entraîner une accoutumance physique. Lorsque l'arrêt est trop rapide, le cerveau, brutalement privé de la substance, peut déclencher anxiété et symptômes de sevrage. Et c'est là toute la difficulté : ces manifestations "figurent en bonne place sur les échelles de dépression", ce qui peut conduire à les interpréter à tort comme une rechute.
Que faut-il en retenir ? Avant tout, qu'il ne faut jamais interrompre seul un antidépresseur : un arrêt brutal peut être dangereux et provoquer précisément les symptômes décrits plus haut. Toute décision doit se prendre avec le médecin prescripteur. Dans cette logique, les auteurs préconisent une réévaluation régulière du traitement, "généralement tous les 6 mois", et, le cas échéant, une "diminution plus progressive" des doses, étalée sur plusieurs mois, pour ménager le système nerveux. Dans le cadre d'une dépression résistante, des solutions existent, comme l'arrivée de nouvelles molécules. Enfin, ils rappellent que pour les dépressions légères à modérées, des approches non médicamenteuses comme les psychothérapies ou les modifications du mode de vie peuvent se révéler efficaces. Il ne faut jamais hésiter à en parler à un médecin afin de bénéficier de solutions adaptées.
