Feux de forêt : "ne vous fiez pas à l'odeur", l'avertissement d'un médecin même à des centaines de km

Alors que les feux de forêt ravagent des milliers d'hectares, le Dr Mehdi Cherif, chirurgien-ophtalmologue, tire la sonnette d'alarme : à des centaines de kilomètres des foyers, une partie de notre corps particulièrement vulnérable est attaquée en silence. Voici les symptômes qui doivent vous alerter et les gestes d'urgence à adopter.

Feux de forêt : "ne vous fiez pas à l'odeur", l'avertissement d'un médecin même à des centaines de km
© Jeanne Accorsini /SIPA (publiée le 29/07/2026)

Les incendies qui ravagent actuellement la Gironde, les Landes, le Var et la Corse depuis le début de l'été ont déjà parcouru plus de 115 000 hectares en France selon le ministre de l'Intérieur. Mais les conséquences ne s'arrêtent pas aux zones sinistrées. Les yeux - seule muqueuse du corps directement exposée à l'air extérieur, sans filtre naturel comme les poils du nez - sont particulièrement vulnérables aux fumées, même à plusieurs centaines de kilomètres des foyers.

"Lorsque vous avez un incendie, il n'y a pas que de la fumée. C'est un ensemble de particules fines et ultrafines, avec parfois des gaz irritants, qui viennent se déposer sur vos yeux", nous explique le Dr Mehdi Cherif, chirurgien-ophtalmologue et co-fondateur du groupe OphtaMaine. Plusieurs mécanismes entrent en jeu. D'abord une irritation chimique immédiate : certains composés chimiques présents dans les fumées se dissolvent directement dans les larmes et stimulent les nerfs oculaires dès le premier contact. Ensuite, les particules altèrent la fine couche protectrice qui recouvre la surface de l'œil et empêche les larmes de s'évaporer, provoquant une sécheresse oculaire dans les heures qui suivent. Enfin, les microparticules qui se logent sous les paupières créent un frottement mécanique continu, aggravé par une réaction inflammatoire progressive.

Certains profils sont plus exposés que d'autres. Les porteurs de lentilles d'abord : "Les lentilles agissent comme un réservoir, les particules s'y logent et entre la lentille et la cornée, les composés chimiques sont absorbés puis relargués, participant à une inflammation chronique." Les enfants ensuite, parce qu'ils sortent davantage et se frottent les yeux par réflexe, aggravant l'irritation. Les personnes âgées enfin, dont la sécheresse oculaire chronique - fréquente avec l'âge - rend la surface de l'œil plus fragile et les épisodes plus longs à récupérer. Les lunettes ordinaires protègent des grosses particules portées par le vent, mais pas des côtés ni du frottement des mains. "Le mieux, c'est un masque étanche - des lunettes masque de ski ou de protection - mais des lunettes solaires enveloppantes restent une bonne alternative accessible", précise le Dr Cherif.

Même à des centaines de kilomètres, la fumée peut irriter les yeux. © andrei310 - stock.adobe.com

Côté réflexes : rester à l'intérieur, fermer les fenêtres et éteindre la VMC pour éviter que l'air extérieur circule. En voiture, couper l'aération extérieure et fermer les vitres. À chaque exposition, nettoyer les yeux avec du sérum physiologique, sans conservateur de préférence. Poser des compresses fraîches sur les paupières cinq minutes pour faire baisser l'inflammation. Rentré chez soi, prendre une douche complète - les cheveux captent les particules fines, de la même manière que les particules allergisantes. Retirer les lentilles et attendre 48 heures après l'épisode avant de les remettre. Suspendre le maquillage des yeux pendant quelques jours.

Les signaux qui doivent conduire à consulter rapidement : rougeur persistante, sensibilité à la lumière, baisse de vision, douleur importante. Chez les enfants, clignements excessifs ou comportement inhabituel - chez les nourrissons, tout changement de comportement - justifient une consultation en urgence. "Les lésions irréversibles sont rares, mais une sécheresse oculaire chronique peut s'aggraver brutalement et mettre beaucoup plus de temps à récupérer", avertit le Dr Cherif. Dernière mise en garde : "Il ne faut pas se fier à l'odeur. Ne pas sentir la fumée ne signifie pas qu'on est en sécurité. Les particules fines peuvent parcourir des centaines de kilomètres avec le vent."