Bronchiolite : inutile, la kiné respiratoire n'est plus recommandée

La bronchiolite est une maladie virale très contagieuse touchant chaque hiver environ 480 000 enfants. Un de ses traitements phares, la kiné respiratoire, n'est désormais plus recommandée par la Haute Autorité de Santé. Rappel des mesures préconisées et des signes qui doivent alerter.

[Mise à jour le 18 novembre 2019 à 10h30] Longtemps préconisée comme principal recours en cas de bronchiolite, la kinésithérapie respiratoire n'est plus recommandée par la Haute Autorité de Santé. Parmi elles "le clapping ou la vibration sont (même) contre-indiquées". Plusieurs syndicats de kinésithérapeutes ont indiqué "respecter" cette décision mais déplorer que leur activité "soit réduite à la seule technique de désencombrement des voies aériennes supérieures". "A aucun moment la HAS ne dit qu'il ne faut pas consulter de kinésithérapeute en cas de bronchiolite" ont-ils tenu à préciser dans un communiqué

Qu'est-ce qu'une bronchiolite, quelle est sa durée ?

"La bronchiolite est une atteinte infectieuse virale qui touche les petites bronches,  les bronchioles", explique le Pr Christophe Delacourt, pneumo-pédiatre à l'hôpital Necker. La maladie se définit par un épisode aigu de gêne respiratoire (séquence rhinite suivie de signes respiratoires : toux, sibilants et/ou crépitants, accompagnés ou non d'une polypnée et/ou de signes de lutte respiratoire) à toute période de l'année. Le virus respiratoire Syncitial (VRS) est le principal agent infectieux de cette maladie. "Il survient par épidémie hivernale.

"Le pic épidémique est atteint dans la première quinzaine de décembre."

Il débute généralement début novembre pour s'achever à la fin janvier. Le pic épidémique est atteint dans la première quinzaine de décembre", précise le praticien. On estime que la quasi totalité des enfants de moins de deux ans contracteront ce virus, et qu'un tiers d'entre eux développeront une bronchiolite. "Le VRS seul représente la moitié des bronchiolites. L'autre moitié sera imputable au VRS associé à un autre virus, ou à un autre virus seul", détaille-t-il.

Causes

"Le calibre des bronchioles d'un nourrisson est très petit. L'infection virale va toucher la paroi de ces bronchioles, et va entraîner une réaction inflammatoire, un œdème de la paroi et une hyper-sécrétion qui vont aboutir à l'obstruction de ces bronchioles. Cette obstruction est d'autant plus facile que le calibre de ces bronchioles est naturellement petit", explique le Pr Delacourt. Par ailleurs, le nourrisson garçon a des bronches légèrement plus étroites que celles d'une fille, ce qui explique qu'il soit plus régulièrement touché. "A partir du moment où les bronchioles sont obstruées, la répartition de l'air dans le poumon se fait de façon hétérogène, ce qui occasionne un sifflement", ajoute-t-il.

Symptômes : fièvre, nez qui coule, toux, gêne respiratoire...

"Les premiers signes d'infection virale sont un nez qui coule et une toux légère. Puis va s'installer progressivement une gêne respiratoire plus ou moins importante, et ce bruit de sifflement assez caractéristique", détaille le praticien. Surviennent ensuite une toux grasse et productive, et une diminution de l'alimentation causée par la gêne respiratoire. En plus de ces signes digestifs, l'enfant pourra présenter une irritabilité, de la fatigue et une fièvre modérée. Une toux légère isolée peut être observée jusqu'à 4 semaines

Si après 4 semaines, votre enfant est encore gêné pour respirer, consulter votre médecin.

Devant l'apparition de ces symptômes, il est important de consulter rapidement son médecin afin de repérer les complications respiratoires pouvant nécessiter une hospitalisation.

Diagnostic

La bronchiolite est habituellement facilement diagnostiquée par l'examen clinique du médecin, sans besoin d'examens complémentaires. "Le médecin va rechercher les signes nécessitant une éventuelle surveillance hospitalière, pour savoir si la bronchiolite peut être prise en charge de façon simple à domicile", conclut-il.

Que faire, quels sont les traitements de la bronchiolite ?

La bronchiolite du nourrisson évolue naturellement vers la guérison en moyenne sous 10 jours. "C'est une infection virale, il faut donc faut donc se limiter aux mesures symptomatiques, et attendre que l'infection passe et que les bronches se réparent. Il n'y a pas de traitement spécifique pour cela", détaille le pédiatre. Pour soulager le petit patient, les parents peuvent désencombrer son nez à l'aide de sérum physiologique, notamment avant les repas. Il est aussi recommandé de :

  • Coucher le nourrisson sur le dos à plat.
  • Fractionner l'alimentation.
  • Tirer le lait maternel en cas de difficultés alimentaires chez le nourrisson allaité.
  • D'exclure tout tabagisme dans les lieux de vie et de transport du nourrisson.
  • Maintenir une température à 19°C dans la pièce où séjourne le nourrisson.
  • Limiter les contacts physiques du nourrisson aux parents.

Comment laver le nez de bébé avec du sérum physiologique ?

  • Lavez-vous les mains et munissez-vous de dosettes de sérum physiologique à usage unique.
  • Allongez votre bébé sur le dos ou sur le côté et maintenez impérativement sa tête sur le côté (pour éviter les risques de "fausse route" soit le passage de sérum dans les voies respiratoires).
  • Placez doucement l'embout de la dosette à l'entrée de la narine située le plus haut, par rapport à la position de votre bébé.
  • Appuyez sur la dosette pour introduire entièrement son contenu dans la narine. En même temps, fermez la bouche de votre enfant, afin que le sérum ressorte par l'autre narine avec les sécrétions nasales.
  • Attendez que votre bébé ait dégluti correctement.
  • Essuyez son nez à l'aide d'un mouchoir jetable.
  • Répétez cette opération pour l'autre narine en utilisant une autre dosette, en couchant votre bébé et en lui tournant la tête de l'autre côté.

Médicaments

Bronchodilatateurs, adrénaline, sérum salé hypertonique, nébulisation de sérum salé hypertonique, antibiothérapie systématique... Pas la peine de prendre des médicaments en cas de bronchiolite. Pour la Haute autorité de santé, ils n'ont que "peu de place dans la prise en charge" . Même chose pour les traitements des symptômes comme la toux. Caféine, fluidifiants bronchiques, médicaments antitussifs, N acétylcystéine, traitements anti-reflux, immunoglobulines et surfactant ne sont pas conseillés.

Kiné respiratoire

La kinésithérapie respiratoire n'est plus recommandée dans le traitement de la bronchiolite des enfants de moins de 12 mois par la Haute Autorité de Santé depuis novembre 2019. "L'analyse actuelle de la littérature ne permet pas de constater un effet bénéfique justifie-t-elle. Plusieurs études ont montré que la kiné respiratoire ne réduisait pas le temps d'hospitalisation de nourrissons atteints de bronchiolite. Et de rappeler que "cette méthode de soins ne s'est développée en pratique libérale essentiellement qu'en Belgique et en France, ce qui rend difficile la comparaison à l'international". Pour les syndicats de kinésithérapeutes, leur prise en charge "va bien plus loin que le simple drainage bronchique" . "Le kinésithérapeute ausculte, évalue et réoriente le bébé vers les urgences ou le médecin traitant au besoin. Il rassure et accompagne les parents. C'est un acteur-clé de l'éducation à la santé" ont-ils rappelé dans un communiqué publié le 14 novembre. Sans oublier que "la mise en place de réseaux de kinésithérapeutes dès les années 2000 a permis de réduire de manière significative le recours aux urgences". 

Surveillance : accrue les 48 premières heures

Il faut surveiller un enfant atteint de bronchiolite surtout les 48 premières heures par rapport au début des symptômes respiratoires car c'est la période pendant laquelle tout est susceptible de s'aggraver.

Certains signes, s'ils persistent après un lavage de nez, nécessitent de prendre un rendez-vous avec un médecin pour que votre bébé soit réexaminé :

  • Son comportement change et vous paraît inhabituel (il est fatigué ; moins réactif ou très agité ; geint un peu).
  • Sa respiration est devenue plus rapide.
  • Il devient gêné pour respirer et il creuse son thorax.
  • Il augmente sa gêne respiratoire (il creuse plus son thorax).
  • Il boit moins bien sur plusieurs repas consécutifs.

Quand appeler le 15 ?

  • Il devient bleu, autour de la bouche.
  • Il fait un malaise.
  • Il fait des pauses respiratoires
  • Sa respiration devient lente tout en restant très gêné pour respirer.
  • Il ne réagit plus, est très fatigué, dort tout le temps, geint.
  • Il refuse de boire les biberons ou de prendre le sein.

Bronchiolite et hospitalisation

"Les éléments d'inquiétude qui vont amener le médecin à préconiser une prise en charge hospitalière sont : une sous-alimentation importante, une gêne respiratoire très importante, ou le fait qu'il paraisse très endormi et peu actif", prévient le Pr Delacourt. Dans les stades les plus graves, l'hospitalisation peut se faire en unité de soins intensifs ou de réanimation. La bronchiolite du nourrisson est une pathologie à prendre au sérieux, notamment chez les très jeunes enfants, et en particulier ceux de moins de 6 semaines. Dans ce cas, la prise en charge en milieu hospitalier est nécessaire, "car ils sont plus à risque de faire des apnées respiratoires", précise le médecin.

Comment l'éviter ?

Certains enfants plus fragiles sont particulièrement à risque de complications sévères de la bronchiolite, comme ceux atteints par d'autres pathologies et les prématurés. Pour ceux-ci il existe un traitement préventif. Il s'agit d'injections d'anticorps (Palivizumab), à faire mensuellement durant les deux premiers hivers, et protégeant vis-à-vis du VRS. Pour les autres enfants, notamment les moins de 12 mois, plusieurs conseils de prévention de la bronchiolite doivent être appliqués. 

Merci au Pr Christophe Delacourt, Service de Pneumologie-allergologie - Hôpital Necker-Enfants malades - AP-HP.

Sources : 

- Prise en charge du 1er épisode de bronchiolite aigue chez le nourrisson de moins de 12 mois. Recommandation de bonne pratique- 14 novembre 2019.

- Bronchiolite : les recommandations de la HAS mal interprétées. La kinésithérapie est importante dans la prise en charge globale de la bronchiolite du nourrisson, 14 novembre 2019.

Bronchiolite : inutile, la kiné respiratoire n'est plus recommandée
Bronchiolite : inutile, la kiné respiratoire n'est plus recommandée

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