Contraception masculine hormonale, thermique : des méthodes efficaces ?

Gel, pilule, méthode d'injection, slip chauffant... Les initiatives pour mettre au point une contraception masculine hormonale ou thermique fourmillent depuis des années, mais aucune d'entre elles n'a encore abouti à la vente. Quels sont les facteurs bloquants ? Ces méthodes sont-elles efficaces ? Le point avec le Pr Israël Nisand, gynécologue-obstétricien.

Contraception masculine hormonale, thermique : des méthodes efficaces ?
© Roman Samborskyi - 123RF

Méthodes existantes

"Pour le moment, les hommes disposent de deux méthodes de contraception : le préservatif qui empêche également la transmission des IST et la ligature des canaux déférents (la vasectomie) qui peut être une stérilisation à visée contraceptive" , précise le Pr Nisand. Une troisième, le retrait, consiste à se retirer du vagin de sa partenaire avant d'avoir éjaculé. 

  • La vasectomie est une opération qui consiste à couper et bloquer les canaux déférents qui transportent les spermatozoïdes à partir des testicules. Il s'agit d'une méthode de stérilisation masculine définitive et donc irréversible. 
  • Le port du préservatif est également une méthode de contraception. Il s'agit d'une enveloppe souple qui recouvre la verge et qui est imperméable au sang ainsi qu'aux sécrétions vaginales et péniennes
  • Le retrait - ou coitus interruptus - est une méthode "naturelle" de contraception : l'homme se retire du vagin de sa partenaire avant l'éjaculation. Cela réduit les risques de grossesse, mais ce n'est pas une méthode fiable. En effet, le liquide pré-séminal, qui peut atteindre le vagin sans que l'homme ne le sente, contient suffisamment de spermatozoïdes pour féconder l'ovocyte. 


Contraception masculine hormonale : la pilule pour homme

Le développement d'une pilule masculine s'appuie, à l'instar de son homologue féminin, sur des modifications hormonales. Ce contraceptif permettrait de diffuser dans l'organisme, de la testostérone ou de la progestérone en excès afin de diminuer au maximum les hormones produites par l'hypophyse (glande endocrine) et favorisant la spermatogenèse (processus de production des spermatozoïdes).

"La pilule pour homme reste toujours absente sur le marché puisqu'elle présente, notamment, trop d'inconvénients d'un point de vue scientifique. En effet, il est extrêmement difficile de bloquer la spermatogenèse, un phénomène qui est continu, tandis que l'ovulation chez la femme est mensuel, prévisible et plus facile à maîtriser"explique le Pr. Nisand. En effet, empêcher l'ovulation de la femme est simple et dans la plupart des cas, réversible. En revanche, chez l'homme, le processus est plus complexe car les testicules ont une double fonction : production de spermatozoïdes et des hormones masculines dites "androgènes", responsables des caractéristiques viriles.

Pilule pour homme : les effets secondaires

"Prendre une pilule masculine engendrerait également trop d'effets indésirables pour les utilisateurs, explique le gynécologue. Il a été démontré que ces contraceptifs masculins expérimentaux pouvaient engendrer une considérable prise de poids, une efficacité non immédiate (la contraception est efficace seulement au bout de 2 à 3 mois), ou encore des répercussions sur l'humeur ou la libido..."

Gel, injections, spray, slip chauffant... Des nouvelles méthodes efficaces ?

Pour que le contraceptif masculin soit efficace, il doit stopper la production des cellules sexuelles, mais pas celles des hormones masculines. Bien que le développement d'une contraception hormonale pour homme reste au stade expérimental, l'industrie pharmaceutique œuvre pour la mise au point de substances rendant les spermatozoïdes inaptes à féconder l'ovocyte, ou empêchant les spermatozoïdes de terminer leur maturation. Par exemple, l'ONG américaine Parsemus Foundation est en train d'étudier l'efficacité du Vasalgel™, un gel que l'on injecte dans le pénis de l'homme, permettant ainsi de bloquer le passage des spermatozoïdes, des testicules au canal éjaculateur.

Parallèlement, les chercheurs de l'Université de Wolverhampton au Royaume-Uni travaillent sur un spray nasal empêchant les spermatozoïdes d'atteindre l'ovule. Même si ces initiatives restent prometteuses, elles sont loin d'être parfaitement maîtrisées pour être développées à grande échelle.

Enfin, la contraception masculine thermique est une méthode qui consiste à augmenter légèrement la température des testicules au moyen de sous-vêtements adaptés (des slips chauffants) et à diminuer la production de spermatozoïdes. Elle est actuellement en phase de test. 

Les barrières sont physiologiques et sociologiques. 

Freins à la contraception masculine

Même si ces méthodes de contraception sont à l'avenir commercialisées, "les barrières à la contraception masculine ne sont pas seulement physiologiques, mais également sociologiques", souligne Israël Nisand. "Si certains hommes seraient potentiellement intéressés par ces nouveaux moyens de contraception, l'usage de ces derniers prendrait du temps à entrer dans les mœurs. D'après mon expérience, la plupart des hommes ne se disent pas encore prêts à assumer la contraception au sein du couple" , observe l'expert. 

Merci au Professeur Israël Nisand, gynécologue – obstétricien et Président élu du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).

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