Des cas de maladie de Charcot liés à de fausses morilles

Entre 1990 et 2018, 14 cas de maladie de Charcot ont été diagnostiqués en France chez des résidents et visiteurs d'un hameau de Savoie. Des chercheurs indiquent aujourd'hui que tous avaient consommé le champignon "Gyromitra gigas", aussi appelé "fausse morille" qui contient des toxines responsables de la dégénérescence des neurones.

Des cas de maladie de Charcot liés à de fausses morilles
© 123rf- weinkoetz

Entre 1990 et 2018, 14 cas de sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou "maladie de Charcot" ont été diagnostiqués chez des résidents et visiteurs ayant une résidence secondaire dans un hameau de montagne des Alpes françaises, rappelle une étude franco-américaine publiée en août 2021 dans le Journal of the Neurological Sciences. Selon Sciences et Avenir, il s'agirait du village de Montchavin, près de la station de ski de La Plagne en Savoie. Des investigations récentes menées sur place ont montré que tous les patients avaient ingéré des champignons sauvages notamment des Fausses Morilles vénéneuses. "La moitié de la cohorte SLA a signalé une maladie aiguë après la consommation de champignons Gyromitra gigas" informent-ils. Pour eux, "cette découverte soutient l'hypothèse que les génotoxines d'origine fongique peuvent induire une dégénérescence des motoneurones".

"Pour nous le champignon est un déclencheur"

Lors des enquêtes ultérieures, plusieurs facteurs environnementaux connus ont été scrutés et éliminés, notamment le plomb et d'autres contaminants chimiques dans le sol, l'eau ou la végétation locale utilisée pour la nourriture, le radon et les champs électromagnétiques. L'hypothèse des fausses morilles est la  plus plausible. Interrogé par France Bleu Savoie, Alexandre Houbart dont le père est décédé en 2019 des suites de la maladie de Charcot a confirmé que ce dernier avait bien consommé ce champignon plusieurs années avant de tomber malade. "C'est rassurant de voir que l'étude épidémiologique à laquelle on a participé donne des résultats concrets. La SLA a des causes multifactorielles mais pour nous, le champignon est un déclencheur. Il est très important de savoir qu'il peut aider au déclenchement de la maladie, que les gens soient prévenus afin d'éviter de nouveaux cas." Le Gyromitra Gigas ou "Gyromitre géant" est un champignon dont la couleur du chapeau est brun-crème et le stipe est blanc-crème. C'est un champignon toxique donc non comestible présent dans les montagnes, pâturages et forêts de conifères en France.

photo de gyromitre géant et de morille
Photo d'un Gyromitre géant (fausse morille non comestible) et d'une morille (comestible) © Journal Des Femmes

Quels sont les signes de l'intoxication ?

L'intoxication liée à la consommation de Gyromitre géant (ou de Gyromitre esculenta ou infula) est "imprévisible et peut être mortelle", informe la Société française de médecine d'urgence (SFMU). Cela dépend de la susceptibilité de la personne, de son âge, de la quantité de champignons ingérée, du mode de préparation culinaire (consommés crus, insuffisamment cuits, avec l'eau de cuisson, ou plusieurs fois de suite à quelques jours d'intervalle) et de la teneur en toxines de l'espèce.

En cas d'intoxication, on parle de "syndrome gyromitrien". Les toxines responsables sont les gyromitrines : "L'une d'elles se transforme dès que le champignon est cueilli et jusqu'à ce qu'il soit parfaitement sec, en une molécule extrêmement toxique, la méthylhydrazine" précise le site MycoFrance.fr qui en détaille les conséquences. Les troubles apparaissent de 5 à 48 heures après ingestion : nausées, vomissements et diarrhée. D'autres symptômes se manifestent comme la fièvre, parfois des convulsions. Les toxines atteignent le foie et peuvent provoquer une destruction des globules rouges.