Trouble obsessionnel compulsif (TOC) : causes, test, traitements

En France, près de 2 à 3 % de la population souffrirait de TOC. Ce trouble psychique qui se manifeste par des comportements répétitifs et incontrôlables, peut être très handicapant au quotidien. Quelles sont les causes ? Les symptômes ? Les tests pour les diagnostiquer ? Les traitements ? Le point avec le Dr Dominique Servant, médecin psychiatre.

Trouble obsessionnel compulsif (TOC) : causes, test, traitements
© Andriy Popov - 123RF

Définition : qu'est-ce qu'un trouble obsessionnel compulsif (TOC) ?

Le trouble obsessionnel compulsif se caractérise par des comportements répétitifs et des pensées obsédantes. "C'est l'association de ruminations mentales dont on ne peut pas se débarrasser – et qui souvent paraissent absurdes pour la personne qui en souffre - et de comportements répétitifs et irraisonnés", explique le Dr Dominique Servant.

Quelle différence avec un TIC ?

Un tic est un mouvement répétitif et incontrôlable du corps résultant de la contraction d'un ou de plusieurs groupes musculaires. Par exemple, un clignement des yeux, un roulement des épaules, un mouvement brusque du corps. Contrairement aux TOC, les tics ne sont pas associés à une idée obsédante ou à des compulsions.

Quelles sont les causes de TOC ?

Comme beaucoup de troubles psychiques, les TOC résultent de l'interaction de plusieurs facteurs biologiques, environnementaux et sociaux. Deux pistes biologiques sont aujourd'hui avancées par les spécialistes :

  • Un dysfonctionnement des systèmes de neurotransmetteurs. "Il a été montré que les patients souffrant de TOC auraient des zones du cerveau déficientes en neurotransmetteurs, notamment en sérotonine", précise le Dr Chapelle.
  • Une perturbation fonctionnelle du cerveau au niveau des ganglions de la base...

Quels sont les symptômes ?

Le patient qui souffre de TOC a conscience du caractère idiot ou inapproprié de ses pensées obsédantes.

Le TOC se distingue du trouble anxieux par le fait que les pensées obsédantes et les rituels ne sont ni cohérents, ni utiles pour la personne. "En général, le patient qui souffre de TOC a conscience du caractère idiot ou inapproprié de ses pensées obsédantes. Ce qui est d'autant plus source d'angoisse et de malaise, explique le Dr. Dominique Servant. Les compulsions se déclenchent pour soulager cette anxiété liée à l'obsession. Par exemple : l'idée que nous n'avons pas fermé la porte sera soulagée par le fait de vérifier que nous l'avions effectivement bien fermée". Les obsessions tournent souvent autour de la peur de la contamination ; du besoin de symétrie et d'exactitude ou encore des doutes répétés et se manifestent par des compulsions de vérification (vérifier plusieurs fois que la lumière est éteinte, que la porte est fermée) ; des rituels de lavage ou de comptage. On parle de TOC, quand ces troubles durent au moins une heure par jour et ont un retentissement négatif important sur la vie sociale du patient.

Liste des TOC

On classe donc les TOC en fonction de l'obsession :

  •  Les obsessions phobiques : l'obsession la plus fréquente est la peur d'être sali ou infecté par des microbes. Le rituel correspondant est un nettoyage et un lavage excessifs.
  •  Les obsessions d'erreur : c'est la crainte permanente et obsédante d'avoir oublié de faire quelque chose et/ou de l'avoir mal fait. La compulsion s'exprime par une vérification systématique et excessive (fermer la porte, la fenêtre, le gaz, etc.).
  •  Les obsessions d'impulsivité : les personnes touchées ont peur de commettre un acte malveillant, voire criminel, de façon non intentionnelle. "La personne se dit par exemple que si elle pense à un malheur, il va se produire. Pour "conjurer" le sort, un rituel de pensées ou de phrases magiques permettent d'apaiser cette angoisse", explique Frédéric Chapelle, médecin psychiatre et président de l'Association française de thérapie comportementale et cognitive.
  •  Les obsessions de collection : ici, la personne va chercher à entasser et accumuler des objets sans valeur particulière mais surtout, sans le plaisir propre au collectionneur.

Quels sont les profils à risque ?

"Il y a souvent une vulnérabilité, précise le psychiatre. Les personnes qui ont des traits anxieux comme l'hyperémotivité, le perfectionnisme, l'inquiétude, l'hypercontrôle ou l'introversion seront peut-être plus disposées à développer des TOC".

Quand s'inquiéter ?

Il faut s'inquiéter quand les troubles commencent à affecter sévèrement la vie de la personne. "Lorsque les troubles deviennent gênants dans la scolarité ou le travail, cela peut valoir le coup d'aller plus loin et de consulter un médecin", confirme le Dr Dominique Servant.

Qui consulter ?

En première intention, il est utile d'en parler avec un médecin généraliste qui orientera ensuite le patient vers un psychiatre ou un psychologue. Dans certains cas très rares, de petites tumeurs cérébrales peuvent être masquées par des TOC, il est donc essentiel de voir s'il n'y a pas d'autres symptômes associés.

Quel test pour diagnostiquer des TOC ?

Le psychologue ou le psychiatre pourra effectuer des tests ou faire remplir des questionnaires à son patient afin de déterminer l'intensité de ses troubles.

Quels sont les traitements ?

Les traitements reposent en général sur la combinaison de deux stratégies : la prescription d'antidépresseurs dans les formes les plus intenses et la thérapie. "Plus la prise en charge est précoce, plus les chances de réponse favorable aux traitements est grande, indique le psychiatre. Généralement, les antidépresseurs sont les principaux médicaments utilisés et ils seraient efficaces dans la plupart des cas. Cela ne signifie pas pour autant que le TOC est  "guéri" mais au moins que les symptômes ont diminué en intensité. Deux types d'antidépresseurs sont utilisés : certains inhibiteurs de la capture de sérotonine (la déficience en concentration sérotoninergique dans la transmission nerveuse serait une des causes des TOC) et un antidépresseur imipraminique. "Le dosage des médicaments peut être particulièrement élevé mais c'est pour le bénéfice du patient avant tout, précise Frédéric Chapelle. Il ne faut pas non plus que le patient s'attende à guérir en 15 jours comme c'est le cas avec les antibiotiques. Là, il faut que le traitement soit suivi scrupuleusement durant 2 mois au minimum. De manière générale, on établit le rapport bénéfice/risque pour savoir quel est le traitement le mieux adapté au patient." "Les thérapies comportementales cognitives qui apprennent aux patients à réduire les rituels en s'exposant et à prendre de la distance par rapport aux obsessions sont très efficaces pour soigner les TOC", conclut le Dr Servant. 

Merci au Dr Dominique Servant, médecin psychiatre, responsable de l'unité Stress et anxiété au CHU de Lille et auteur de Se libérer de l'anxiété et des phobies en 100 questions et Frédéric Chapelle, médecin psychiatre et président de l'Association française de thérapie comportementale et cognitive

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