Nomophobie : comment ne plus être dépendant à son téléphone portable ?

La nomophobie correspond à la peur panique d'être séparé de son téléphone. Quels signes et tests pour la reconnaître ? Quelles conséquences sur la vie sociale ou professionnelle ? Ne touche-t-elle que les jeunes ? Comment s'en défaire ?

Définition : c'est quoi la nomophobie ?

Née de la contraction de "no mobile phobia", la nomophobie est un terme relativement récent qui désigne la phobie de ne pas avoir son téléphone portable à portée de main. Le terme phobie désignant une véritable névrose pour certaines personnes lorsqu'elles sont séparées de leur téléphone. La nomophobie a été révélée par une étude conduite par la UK Post Office en 2008 et qui a révélé que 53% des utilisateurs de téléphones mobiles présentaient des symptômes d'anxiété en cas de perte, de mauvaise couverture réseau ou de batterie faible. Selon une étude commandée par Bouygues Télécom en 2018, 62 % des Français confient ne pas arriver à se passer de leur téléphone pendant toute une journée.

Causes

"La nomophobie est en lien direct avec le fort développement de la dépendance à l'information et à l'instantanéité des interactions via les réseaux sociaux. Cette phobie est plus particulièrement présente chez les personnes qui présentent un important besoin de récompenses", explique Carine Grzesiak, psychologue.

Signes de la nomophobie

Les manifestations caractéristiques de l'addiction et de la dépendance au téléphone sont :

  • une utilisation incessante du téléphone, dans la rue, chez les commerçants, dans les transports, pendant les courses et parfois même chez un médecin.
  • l'apparition d'une angoisse lorsqu'une anomalie ou un bug survient, lorsqu'on ne retrouve plus le téléphone ou qu'il est impossible de le recharger
  • un besoin d'avoir son téléphone sur soi en permanence (dans leurs mains, proches de leur lit la nuit...)
  • un besoin irrépressible de devoir répondre au téléphone, aux mails, aux messages...
  • parfois, un repli sur soi
  • des signes de panique comme une sensation d'étouffer, une transpiration excessive ou une accélération de la fréquence cardiaque en cas de perte ou d'oubli du téléphone. 

Test pour révéler une nomophobie

Les personnes atteintes de nomophobie paniquent face à l'oubli de leur appareil, lorsqu'il n'y a pas de connexion ou lorsqu'il n'a plus de batterie. Elles éprouvent le besoin de vérifier en permanence leurs messages et autres réseaux sociaux. "Pour poser le diagnostic, il faut tester la capacité du patient à réguler son utilisation, en mesurant la durée d'utilisation et de veille", ajoute la psychologue. Le diagnostic repose également sur l'interrogatoire du patient afin de connaître son niveau de dépendance. En 2015, des chercheurs et des psychologues de l'Université de l'Iowa ont mis au point une étude publiée dans la revue Computers in Human Behavior et ont mis au point plusieurs questions pour évaluer la dépendance à son smartphone. Par exemple : 

  • Seriez-vous embêté(e) de ne pas pouvoir accéder à tout moment aux données de votre téléphone ?
  • La simple idée de ne plus avoir de batterie vous angoisse-t-elle ?
  • Seriez-vous inquiet de ne plus pouvoir recevoir de SMS ou d'appels ?

Traitements

Il faut apprendre progressivement à moins utiliser son portable en essayant par exemple de l'éteindre plusieurs fois par jour pendant 15 minutes au début puis en augmentant progressivement ce temps pour arriver à des périodes de 1 heure. Cela s'apparente à une forme de désensibilisation, traitement allergologique consistant à réhabituer progressivement son organisme à tolérer un allergène comme les pollens par exemple. Il faut également réussir à ne plus regarder son téléphone en présence d'autres personnes et apprendre à ne pas l'avoir sur soi en permanence lors de sorties par exemple. Mais il est parfois nécessaire, dans des situations extrêmes d'addiction sévère de consulter un psychologue afin de se faire aider à contrôler ces symptômes. 

Prévention

"La prévention de la nomophobie doit se faire dès la petite enfance par l'apprentissage d'une utilisation modérée du téléphone portable et autres tablettes, en instaurant une notion de limite (durée, horaires, nombre de consultations, durée de jeu par exemple)", note la spécialiste.

Merci à Carine Grzesiak, psychologue.

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