1 million de Français ont une dépression "résistante" : comment guérir quand aucun médicament ne marche

La dépression résistante plonge les malades et leurs familles dans un désespoir profond. Que faire quand rien ne semble marcher ? De nouvelles solutions existent.

1 million de Français ont une dépression "résistante" : comment guérir quand aucun médicament ne marche
© dolgachov - 123RF

La dépression n'est pas une simple baisse de moral passagère. C'est une maladie qui frappe une personne sur cinq au cours de sa vie. et la France est l'un des pays les plus touchés au monde. Elle est impliquée dans 80 % des 10 000 suicides enregistrés chaque année dans le pays. La majorité des patients finit par guérir mais une part importante reste sur le bord du chemin car aucun traitement ne marche. On estime ainsi qu'1 million de personnes souffrent de "dépression résistante". "C'est la dépression qui produit le plus de désespoir. On peut recevoir une famille qui, depuis 20 ans, accompagne quelqu'un qui s'est replié et il ne se passe rien", souligne Emmanuelle Rémond, présidente de l'Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades ou handicapées), à l'occasion d'une conférence de presse organisée sur cette problématique de santé publique.

On parle officiellement de dépression "résistante" lorsque l'état du patient ne s'améliore pas de façon significative après avoir testé au moins deux traitements antidépresseurs différents suivis rigoureusement (dose suffisante et durée d'au moins 6 semaines), associés à une psychothérapie. "Elle se reconnaît à la persistance d'une "douleur morale" aiguë, comparable en intensité à une douleur physique", précise le Pr Antoine Pelissolo, médecin psychiatre. Ce n'est donc pas seulement de la tristesse mais une perte totale d'énergie, de motivation et de plaisir, qui met la vie à l'arrêt.

Cette forme sévère de dépression se distingue par sa durée et son caractère réfractaire, plongeant le malade dans un isolement chronique et augmentant considérablement le risque suicidaire. Pour comprendre pourquoi cette dépression résiste, le psychiatre explique qu'il faut mener une enquête : "On va chercher en profondeur des causes associées. Il faut agir comme un détective et chercher ce qui, à côté de la dépression, empêche la guérison". La résistance à la dépression s'explique généralement par un mélange complexe de trois facteurs. Un, sur le plan biologique, des problèmes de santé non détectés (thyroïde, inflammation) peuvent bloquer l'effet des médicaments antidépresseurs. 

Deux, sur le plan psychologique, des traumatismes ou des chocs anciens peuvent laisser des traces si profondes que les soins classiques ne suffisent plus. Enfin, sur le plan social, la solitude et la précarité agissent comme de véritables barrières à la guérison. La combinaison de ces obstacles nécessite une expertise médicale plus poussée pour trouver une issue. "Cet état est toxique au long cours sur le cerveau. Avec le temps, on risque d'affaiblir les ressources cognitives (mémoire, attention). C'est une urgence à soigner", insiste le psychiatre.

De l'impasse jusqu'au rétablissement © Droits réservés - Journal des Femmes Santé

L'espoir demeure, car "résistant" ne signifie pas "incurable". "Une dépression ne résiste pas à tout, elle résiste à une réponse qui serait uniquement chimique (antidépresseurs)". Pour sortir de l'impasse, de nouvelles solutions existent : les techniques de stimulation comme la rTMS, qui utilise des impulsions magnétiques indolores pour réactiver les zones du cerveau endormies sans anesthésie, ou l'ECT (électroconvulsivothérapie), qui permet une "réinitialisation" des circuits neuronaux sous anesthésie brève pour les cas les plus sévères. L'arrivée de nouvelles molécules comme l'eskétamine en spray nasal (Spravato) offre des résultats rapides pour certains patients. Même si c'est un spray, il ne se prend pas à la maison. L'administration se fait obligatoirement dans un établissement de santé sous surveillance médicale (environ 2 heures) pour surveiller la tension artérielle et d'éventuels effets de "déconnexion" (dissociation) temporaires.

Dans le cadre d'une dépression résistante, les TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales) ne se limitent plus aux exercices de base, mais s'adaptent pour briser des schémas de pensée ancrés depuis des années. Elles sont souvent menées de manière plus intensive, parfois en hôpital de jour, pour offrir un cadre sécurisant et régulier au patient et à sa famille.

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