Signes d'Alzheimer : au début, physiques, neurologiques, de fin de vie

La maladie d'Alzheimer se développe dans le cerveau 10 à 15 ans avant l'apparition des premiers symptômes. Pertes de mémoire, désorientation... Le point sur les signes d'alerte précoces et plus tardifs avec le Dr Maï Panchal, directrice scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer.

Signes d'Alzheimer : au début, physiques, neurologiques, de fin de vie
© 123rf- fizkes

Quels signes d'alerte au début de la maladie d'Alzheimer ?

Le signe d'alerte principal de la maladie d'Alzheimer ce sont les pertes de mémoire. Mais pas n'importe lesquelles : "Ce sont des troubles de la mémoire récente, explique le Dr Maï Panchal, directrice scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer, c'est-à-dire que la personne a vraiment des difficultés à se souvenir des faits récents. Elle est aussi incapable d'acquérir de nouvelles informations." Concrètement, en début de maladie, elle peut savoir qui sont ses enfants et petits-enfants mais elle ne se souviendra pas de ce qu'elle a mangé au repas du midi et si on lui donne l'information, elle reposera la question une demi-heure ou une heure plus tard et ce de façon récurrente. "Les questions répétitives doivent vraiment alerter, quel que soit l'âge parce que ça suggère que la personne n'arrive pas à enregistrer de nouvelles informations." L'entrée dans la maladie peut se faire aussi avec des problèmes de désorientation : "Il s'agit de personnes qui arrivent à compenser sur la mémoire mais qui ne sont pas capables de lire une carte ou de s'orienter dans la rue ou en voiture" précise la chercheuse.  

Quels sont les symptômes neurologiques de la maladie d'Alzheimer ?

La maladie d'Alzheimer est une maladie "neuro-évolutive". Elle a d'abord des répercussions neurologiques sur la mémoire et l'orientation dans l'espace puis à un stade plus avancé "la personne peut avoir des troubles du langage, des difficultés à planifier un rendez-vous, des difficultés à accomplir des taches du quotidien comme faire ses courses ou encore faire un nœud de cravate" énumère notre interlocutrice.

Dans la maladie d'Alzheimer, la personne oublie ses oublis.

Les pertes de mémoire

La maladie d'Alzheimer entraîne des troubles de la mémoire qu'il faut distinguer des pertes de mémoires liées au vieillissement cognitif naturel : "On a tous des plaintes cognitives surtout à partir de 50 ans, c'est très commun et ça peut arriver parce qu'on a pensé à autre chose, parce que l'attention a été changée donc on a oublié, par exemple où on a mis ses clés, ce n'est pas grave" détaille le Dr Panchal. Dans la maladie d'Alzheimer, le plus souvent, la personne oublie ses oublis : "La personne qui vient par exemple en consultation avec la liste écrite détaillée de tous ses oublis n'a pas forcément le profil d'un(e) malade d'Alzheimer. Le malade d'Alzheimer ne fera pas cela puisqu'il oublie ses propres oublis et n'a pas conscience de ses difficultés. Pour lui, ses oublis sont liés à l'âge et ce n'est pas grave." C'est ce qui explique que souvent dans le cas d'une maladie d'Alzheimer c'est la famille qui est à l'origine de la consultation, rarement le malade lui-même. 

Quels sont les symptômes physiques de la maladie ?

Les symptômes physiques se manifestent plus tard dans la maladie mais ne sont pas directement liés à la maladie d'Alzheimer : "Ce n'est pas comme avec la maladie de Parkinson, explique le Dr Panchal. Il n'y a pas de troubles moteurs et de problèmes physiques directs. Il s'agit plutôt des conséquences de la maladie d'Alzheimer." Concrètement, la personne atteinte d'Alzheimer bouge moins au fil du temps, marche moins ce qui favorise les déséquilibres et les chutes et "c'est ce qu'il faut absolument éviter". "C'est important de prévenir l'aggravation de la maladie, il faut mettre en place de l'activité physique pour le maintien dans l'équilibre du corps, l'agilité des gestes" insiste notre interlocutrice.

Quels sont les troubles comportementaux ? 

La maladie d'Alzheimer peut s'accompagner de troubles du comportement mais ce ne sont pas des symptômes à proprement parler. Ces troubles sont très variables d'un malade à l'autre et s'accentuent souvent au fur et à mesure que la maladie avance.

L'agressivité est-elle fréquente ?

L'agressivité qui peut se manifester chez un malade d'Alzheimer n'est pas un trouble précoce. Elle apparaît "plutôt à des stades avancés" précise notre interlocutrice. Et pas chez tous les malades : "Il y a des malades agressifs, d'autres pas du tout et qui sont totalement apathiques et d'autres encore qui vont surtout avoir besoin de marcher, sans but précis. Les malades ne développent pas tous la maladie de la même façon."

Comment distinguer les signes d'Alzheimer du déclin cognitif normal associé au vieillissement ?

Perte de mémoire, d'énergie... Au début d'une maladie d'Alzheimer, les signes n'alertent pas toujours les proches et peuvent être mis sur le coup de la vieillesse. Plus encore parce que cette maladie touche surtout la personne âgée de plus de 65 ans. Alors quand s'inquiéter ? "C'est vraiment quand les troubles d'enregistrement de nouvelles informations deviennent gênants au point de commencer à avoir besoin des autres", répète le Dr Panchal.

Quelles différence avec la maladie à corps de Lewy ?

La maladie à corps de Lewy représente 20% des maladie neuro-évolutives et est parfois confondue avec la maladie d'Alzheimer car elle entraîne aussi des troubles de la mémoire. "Mais il y a des symptômes qu'on ne voit que dans la maladie à corps de Lewy : les fluctuations cognitives et les hallucinations." L'état du patient atteint d'une maladie à corps de Lewy peut changer dans une journée ou même dans l'heure : "Il passe d'un état tout à fait normal et lucide à un état très désorienté". Les hallucinations peuvent survenir au stade avancé d'un Alzheimer mais dans une maladie à corps de Lewy, c'est un symptôme précoce. "Le patient peut voir ou sentir des choses qui n'existent pas : il voit des personnes, des animaux...". Autre différence : il y a beaucoup de troubles du sommeil comme des cauchemars dès le début de la maladie alors qu'en cas d'Alzheimer c'est plutôt à la fin. "Les malades sont souvent mal diagnostiqués et orientés vers la psychiatrie pensant que c'est une dépression alors que normalement un premier évènement dépressif après 50 ans chez quelqu'un qui n'a pas d'antécédents et pas de raison d'avoir une dépression doit alerter sur autre chose". Le problème c'est qu'un mauvais diagnostic entraîne une mauvaise prise en charge.

Quels sont les signes en fin de vie ?

La maladie d'Alzheimer évolue en trois stades : débutant (2 à 5 ans environ selon la pose du diagnostic), modéré (c'est le plus long, d'une dizaine d'années environ) et sévère (environ 3 ans). "Le stade sévère c'est quand tous les symptômes de la maladie s'intensifient et que la personne est dépendante, même pour les gestes les plus simples et il se termine par des complications" explique le Dr Panchal. Ce sont ces complications qui peuvent conduire au décès, non la maladie elle-même. Parmi elles : 

  • la dénutrition et la déshydratation : la personne ne veut plus manger, elle ne sent plus la sensation de faim et de soif.
  • les fausses routes : la personne mange difficilement, "oublie même comment on mâche et comment on avale",
  • la perte de poids liée à la dénutrition : "C'est un très mauvais signe, souvent la perte de poids se fait en même temps que la dégradation de la mémoire."
  • les infections : "Au stade sévère, la personne ne marche plus, parle très peu, reste au lit ou au fauteuil donc est plus à risque de développer des infections. Au stade léger, elle se plaindra en cas d'une infection (urinaire par exemple, ndlr), au stade sévère elle ne saura plus le dire."

"Avec le diagnostic précoce, on est capable de vivre au mieux avec la maladie."

Quand consulter ?

La maladie d'Alzheimer se développe dans le cerveau 10 à 15 ans avant l'apparition des premiers symptômes. Quand les troubles de la mémoire commencent à gêner au quotidien, quand on s'inquiète pour un parent qui repose sans cesse les mêmes questions, il faut aller consulter. D'abord le médecin généraliste et après le neurologue de ville. "On peut aussi faire une consultation mémoire à l'hôpital mais les délais d'attente sont souvent très longs" prévient le Dr Panchal. Cette consultation est souvent source de stress et d'inquiétude mais "il faut y aller sereinement parce que ce n'est pas forcément Alzheimer".

"30% des patients présentant des symptômes similaires à ceux de la maladie d'Alzheimer n'ont pas Alzheimer" poursuit la chercheuse. Il peut s'agir d'une dépression, d'une prise de médicaments qui aggravent des troubles de la mémoire, de problèmes biologiques (déficience en vitamine B...), de problèmes de thyroïde... Si le diagnostic d'Alzheimer est confirmé, il faut rester positif et se dire que c'est une bonne chose qu'il ait été posé précocement : "Avec le diagnostic précoce, on est capable d'avoir une prise en charge adaptée au plus tôt et de vivre au mieux avec la maladie." La prise en charge est pluridisciplinaire : de l'orthophonie "dès le départ pour maintenir le langage et la communication" conseille notre interlocutrice, de la kinésithérapie, de la psychomotricité... et un traitement médicamenteux. Tout cela participe à la prévention "secondaire" c'est-à-dire à empêcher l'aggravation de la maladie puisqu'on ne sait pas aujourd'hui la guérir. 

Merci au Dr Maï Panchal, directrice scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer.

Neurologie