Quel a été l'impact psychologique du confinement ?

Les Français sont restés confinés chez eux 8 semaines. Anxiété, stress, dépression, peur des autres... Quels ont été les effets psychologiques du confinement et de l'isolement ? Bilan avec les psychologues Johanna Rozenblum et Bruno Vibert.

Quel a été l'impact psychologique du confinement ?
© Pavlo Lysenko - 123RF

[Mis à jour le vendredi 4 juin à 17h10] A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Le 17 mars midi, les Français ont été contraints de rester chez eux au maximum et d'éviter les déplacements non indispensables pour minimiser les contacts et limiter la propagation de l'épidémie de coronavirus en France. Ce confinement n'a été levé que deux mois plus tard, le lundi 11 mai. Isolement, repli sur soi, ennui, peur du regard des autres, méfiance... Quels ont été les impacts psychologiques de ce confinement ? Comment les Français s'en sont-ils sortis ? Eclairage et bilan avec nos experts psychologues. 

Quels ont été les effets psychologiques du confinement ?

"C'est indéniable et de nombreuses études l'ont prouvé : une période d'isolement comme nous l'avons vécue a des effets délétères sur notre psychisme et sur notre moral, pose d'emblée Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris. Des contacts sociaux limités, voire absents lorsqu'on est seul chez soi, entraînent des conséquences somatiques et psychologiques bien réelles : repli sur soi, humeur dépressive, anxiété généralisée, ruminations, réactions d'hostilité...". Par ailleurs, l'interdit et la privation de liberté nous confrontent directement à nos sentiments d'impuissance, à nos peurs et à nos besoins. Être obligé de rester à domicile n'est naturel pour personne. Chaque individu a un besoin fondamental de se sentir libre de faire ce qu'il veut, de sortir s'il en a envie, de prendre l'air comme bon lui semble. Il a également besoin de maintenir des liens sociaux pour conserver un équilibre de bien-être et respecter une homéostasie, phénomène qui correspond à la capacité d'un système à maintenir l'équilibre de son milieu intérieur, quelles que soient les contraintes externes.

Face à un environnement inhabituel, l'esprit rumine et le corps somatise. 

L'isolement ou le confinement à domicile entrave cet équilibre psychique et ce sentiment de liberté. Face à cet environnement inhabituel, l'esprit rumine, le corps somatise et peut réagir au stress par différents maux (troubles du sommeil, douleurs musculaires, perte d'appétit, maux de tête, problèmes digestifs...) "Néanmoins, en l'absence d'antécédents psychologiques et en considérant ce confinement comme un "défi" à prendre à bras le corps, il est tout à fait possible de trouver les ressources et de compenser le sentiment de privation de liberté avec des activités et des échanges épanouissants. Pour être clair : chaque être humain a la totale capacité de s'adapter et à surmonter cette épreuve", rassure notre interlocutrice. "Le confinement peut donner l'impression de nous avoir arracher à la vie. Or, il ne faut pas le voir comme une perte de temps mais comme une opportunité de mieux se connaître : ce moment nous apprend chaque jour des choses sur nous, permet de se concentrer sur l'essentiel", insiste de son côté Bruno Vibert, psychothérapeute. 

Personne seule : comment ont-elles vécu ce confinement ? 

"Lorsqu'on a passé le confinement seul(e), on a rajouté de l'isolement à un isolement déjà présent. Il était donc absolument nécessaire d'entretenir un maximum de contacts avec sa famille, ses amis ou ses collègues de travail pour ne pas accroître le sentiment de solitude, déprimer et altérer son estime de soi", conseillait la psychologue. La clef était de parler de ses appréhensions et de ses craintes au maximum. Pour cela, les permanences téléphoniques ont pu être un bon moyen de briser la solitude (par exemple, SOS Amitié). Certains psychologues ont également proposé des mini-consultations gratuites par téléphone. Par ailleurs, il était déconseillé de passer trop de temps à écouter les informations car en cas de montée de stress, il est plus difficile de se raisonner seul que si l'on est entouré. Concrètement, il fallait limiter l'afflux massif d'informations pour éviter les fake-news ou les informations contradictoires et privilégier les échanges téléphoniques ou appels vidéos avec son entourage. Il fallait également limiter l'usage des réseaux sociaux qui pouvaient encore plus accroître le sentiment de solitude et véhiculer des infos anxiogènes. "Avec le confinement, on a pu voir l'émergence de nouvelles addictions comme l'addiction aux écrans. La journée, on télétravaillait sur un ordinateur, et le soir, on regardait des films et des séries, on jouait à des jeux vidéos, on faisait des apéros en visio... On étaitconstamment sur des écrans. Et cette surconsommation a favoriséle manque de recul face à cette situation anxiogène et a pu nous renvoyer face à notre solitude. Ce qui serait bien maintenant, c'est de se réserver des temps sans écran, par exemple deux heures avant de se coucher, pour favoriser les échanges en famille et les autres activités (lecture, jeux de société, méditation...)", conseille Bruno Vibert. 

Que retenir de ce confinement ?

Cette mesure de confinement n'a pas été une punition. Il s'agissait d'une décision prise pour le bien commun afin de préserver la santé de tous. En respectant le confinement, vous avez contribué à limiter l'épidémie de coronavirus. "Pour faire face à un virus de cette ampleur, on avait que trois possibilités : les vaccins, les médicaments antiviraux, et la distanciation sociale, c'est-à-dire éloigner les personnes pour que le virus ne puisse pas circuler dans la population. Pour le moment, nous n'avons pas de vaccin contre le Covid-19 ni de médicament antiviral qui fonctionne efficacement contre ce virus. La seule vraie option qu'il nous restait était le confinement et l'éloignement social, c''était notre seule alternative", assure à Sciences et Avenir Peter Palese, microbiologiste spécialisé dans les virus des voies respiratoires, de l'École Icahn de médecine à l'hôpital Mount Sinai (États-Unis).

Le confinement nous a obligé pendant plusieurs semaines à faire un travail d'acceptation et de lâcher-prise

C'était donc une mesure drastique et radicale, mais nécessaire. Oui, on a vécu dans un monde "restreint" pendant huit semaines et notre devoir de citoyen était de l'accepter. On a eu la preuve que cette situation était temporaire et il faut continuer à se dire qu'il y aura indéniablement un retour à la normale dès lors que cette crise sanitaire sera finie. "Cette situation actuelle de "confinement" a été totalement inédite en France : elle nous a obligé pendant plusieurs semaines à faire un travail d'acceptation et de lâcher-prise, à rester acteur de sa vie, à développer son imagination, à se projeter sur l'après et à apprendre à apprécier ce temps qui nous est certes imposé mais dont on se plaint souvent de manquer", tient à conclure Johanna Rozenblum.

Après-confinement : comment rester psychologiquement motivé en télétravail ?

Malgré la levée du confinement, de nombreuses personnes continuent de télétravailler de chez elles. Mais comment s'organiser, rester concentré et être efficace ? La clé pour nos psychologues : essayer de maintenir un rythme quotidien qui se rapproche autant que possible de notre rythme habituel pour avoir des repères structurants.

  • Se fixer une heure de réveil.
  • S'habiller (on évite de rester en pyjama toute la journée pour éviter ce sentiment d'impassibilité) et échelonner tout au long de la journée les activités quotidiennes avec les enfants : devoirs, musique, activité physique, travaux manuels... "Les temps calmes sont également importants : prenez-les comme des occasions de se poser en famille, de prendre du bon temps avec ceux qui nous sont chers", insiste notre interlocuteur.
  • Ne pas travailler dans son lit et déterminer une zone de travail dans votre logement. Il est ainsi plus facile de séparer son activité professionnelle de ses activités personnelles.
  • Prendre ses repas à heures fixes
  • Respecter une heure de coucher.
  • S'accorde des moments pour soi. "Pendant plusieurs semaines, les activités hors du domicile ont été mises à l'arrêt. Cela a peut être été mal vécu pour certaines personnes qui n'ont pas pu évacuer leur stress et leurs frustrations. Il est désormais important de s'accorder des moments à soi pour vaquer à ses occupations", conseille Bruno Vibert. 

Merci à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris et à Bruno Vibert, psychothérapeute.

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