Pas plus de 2 boîtes : le gouvernement renonce à cette mesure très contraignante pour les Français

Alors que les autorités sanitaires cherchent à mieux encadrer l'usage des médicaments du quotidien, une initiative a finalement été mise de côté.

Pas plus de 2 boîtes : le gouvernement renonce à cette mesure très contraignante pour les Français
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Concrètement, le projet du gouvernement était simple : limiter à deux boîtes la première délivrance d'antalgiques courants comme le paracétamol, l'ibuprofène ou encore l'aspirine. Objectif : réduire les risques de mésusage et éviter l'accumulation de médicaments à domicile. Les autorités espéraient ainsi mieux encadrer leur consommation. Ces médicaments sont perçus comme anodins, mais ils ne sont pas sans danger : le paracétamol, par exemple, est la première cause de greffe du foie en France en cas de surdosage.

Mais le dispositif n'a pas convaincu les pharmaciens et le ministère de la Santé renonce, à ce stade, à plafonner à deux boîtes la première délivrance des antalgiques de palier 1, selon Le Moniteur des Pharmacies. Sur le terrain, une règle uniforme apparaît difficilement applicable. "Deux boîtes ne correspondent ni à la même quantité ni à la même durée de traitement", souligne Guillaume Racle, élu national de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine auprès de nos confrères. Une boîte peut contenir 8 comprimés comme 32 : la limitation n'aurait donc pas le même impact selon le médicament ou le dosage.

Autre point sensible : les patients souffrant de douleurs chroniques. Une telle limitation les obligerait à se rendre plus souvent en pharmacie pour renouveler leur traitement. Concrètement, certains patients pourraient devoir revenir toutes les semaines, ce qui pose problème pour les personnes âgées, isolées ou vivant loin d'une officine. "Il faut permettre aux patients de se soulager. Il ne faut pas complexifier l'accès aux traitements", insiste Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.

Les représentants de la profession alertent aussi sur un possible effet de report. Restreindre l'accès à certaines molécules pourrait pousser vers d'autres traitements, parfois moins adaptés. Ce phénomène a déjà été observé avec le tramadol ou la codéine. Aujourd'hui, certains évoquent le risque de voir davantage prescrire le néfopam, dont les effets indésirables interrogent, notamment chez les patients âgés.

Enfin, les pharmaciens rappellent que la régulation existe déjà. Les logiciels d'aide à la prescription orientent généralement vers des volumes limités, souvent une à deux boîtes. "Les volumes baissent déjà sans contrainte supplémentaire", avance Guillaume Racle. Ils pointent aussi que le mésusage ne dépend pas uniquement de la quantité délivrée : il inclut par exemple le fait de cumuler plusieurs médicaments contenant la même molécule, de dépasser les doses recommandées ou de prolonger un traitement sans avis médical.

Face à ces critiques, le gouvernement semble désormais privilégier une autre approche, basée sur une dispensation adaptée à chaque patient, plutôt qu'une limite uniforme. L'idée serait d'ajuster les quantités au cas par cas, en fonction de la situation médicale et des besoins réels. En attendant, rien ne change pour les patients. Concrètement, il est toujours possible d'acheter ces antalgiques en pharmacie comme aujourd'hui.