"Dès qu'il arrive, les visages s'illuminent" : dans cet hôpital, les animaux ravivent la mémoire des plus de 80 ans
S'aider des animaux pour maintenir le lien avec des personnes âgées dépendantes et atteintes de troubles cognitifs. C'est le projet de la médiation animale mise en place à l'hôpital gériatrique des Charpennes à Villeurbanne. Rencontres.
Apaiser, mobiliser et revaloriser nos aînés. Tel est l'objectif du projet de médiation animale lancé en 2024 à l'hôpital gériatrique des Charpennes, à Villeurbanne. Cet établissement fait partie de l'Institut du Vieillissement des Hospices Civils de Lyon et est particulièrement renommé dans les pathologies de la mémoire et maladies d'Alzheimer. Il accueille, dans son unité longue durée, une cinquantaine de résidents, âgés de 70 à 100 ans et très dépendants. "Cela fonctionne un peu comme un Ehpad, mais avec un niveau de médicalisation plus important", nous explique Alice François, animatrice et organisatrice de la médiation dans l'unité. Beaucoup d'entre eux ont des difficultés majeures à communiquer, parfois sans possibilité d'expression verbale. L'idée de la médiation animale n'est pas juste ludique. C'est un véritable soin de support à part entière pour améliorer le bien-être de ces personnes. Comment ça se passe concrètement ?
"Leur rôle social, souvent diminué avec l'âge, revient"
"Les animaux qui viennent dans l'unité ne sont pas les animaux de compagnie des résidents", nous précise d'emblée Alice François. Il s'agit d'animaux proposés par l'association Tendre Patte, en partenariat avec l'hôpital des Charpennes. "Une intervenante de l'association vient une fois par semaine à la rencontre des résidents. Elle propose des séances collectives, ce qui permet de mettre les personnes en relation autour d'activités avec les animaux, et des séances en individuel en chambre car on a de nombreux résidents alités en permanence ou qui ne peuvent pas quitter leur chambre." Les résidents observent les animaux, les caressent, les nourrissent. "Ils prennent soin de quelqu'un d'autre, leur rôle social, souvent diminué avec l'âge, revient, ça leur donne une mission et ça leur permet d'être revalorisés" décrypte Angèle Bernaudat, psychomotricienne aux Charpennes.
Les animaux qui participent à la médiation ne sont pas choisis au hasard. Il y a le chien bien sûr, fidèle ami de l'homme, mais aussi des lapins, des chinchillas, des souris et surtout le cochon d'Inde. "C'est une espèce qui se prête particulièrement à la médiation animale car il est très sociable avec l'humain et peu peureux" partage Alice François. "Le cochon d'Inde fait toujours son effet, confirme Angèle Bernaudat. On le met sur la table, il est à la portée des résidents, le contact est facile, c'est petit, doux, je n'ai jamais vu un résident réfractaire au cochon d'Inde. Il y a un fort aspect sensoriel dans ces moments-là." C'est un des bienfaits de la médiation animale : la stimulation des sens de la personne âgée par le toucher. Et ce n'est pas le seul.
"La médiation animale a des bénéfices sur de nombreuses sphères différentes et très importantes pour les personnes âgées : sensorielle mais aussi cognitive et motrice" poursuit la psychomotricienne. Sur le plan cognitif, "l'animal va amener le résident à parler spontanément de ses souvenirs avec des animaux de son enfance ou qu'il avait à la maison avant d'arriver dans l'unité, ça apporte un vécu positif, ça favorise un bien-être spontané, sans que l'on ait besoin de leur poser des questions". C'est là que le rôle de l'animal révèle toute son importance. Il stimule le résident naturellement, parfois mieux que l'humain.
"L'animal fait appel à quelque chose de très archaïque en nous, ça ne s'explique pas"
"Les patients vont se mobiliser spontanément à la vue des animaux alors qu'en séance de rééducation, l'engagement corporel est beaucoup moins important" constate Angèle Bernaudat. Comme le rappelle Alice François "l'animal fait appel à quelque chose de très archaïque en nous, ça ne s'explique pas. Pour nous, c'est une grosse victoire de susciter cet intérêt, d'amener la personne à vouloir bouger, se déplacer, sortir de sa chambre".
Les séances servent de support de travail aux soignants : "La majorité des personnes atteintes de troubles cognitifs ne se souviennent pas des séances. Nous réutilisons la réminiscence de ce qu'elles nous ont dit pendant la séance pour entrer en contact avec elles : "Vous m'avez dit que vous aviez vécu dans une ferme avec tel ou tel animal ?"" raconte Angèle Bernaudat. Cette médiation permet aussi à l'entourage de garder le lien avec le résident. Comme l'observe la psychomotricienne, "souvent, avec la démence et les troubles cognitifs, la communication verbale est altérée et c'est compliqué pour les familles d'entrer en relation avec leurs proches. La médiation animale est un vecteur différent, elle permet de rétablir cette communication toujours non verbale mais différente, elle donne un outil à l'entourage parfois démuni. Quand ils viennent aux séances, ils peuvent dire par exemple "Tu te souviens quand on avait notre chat ? Tu l'avais grondé parce qu'il avait fait…", ça remémore des souvenirs positifs, ça remet les personnes en lien".
Est-ce qu'il y a des réfractaires ? "C'est rare" répondent nos intervenantes. Quand cela arrive, c'est plus souvent pour des raisons culturelles ou par peur de l'animal (les souris ou les rats, le plus souvent). En tout cas, il n'y a aucune contre-indication. Chaque résident, quel que soit son état de santé, peut participer à la médiation animale s'il le souhaite. Et pour les soignants, ce projet est un réel bonheur au quotidien : "Voir les résidents enjoués dès que les animaux arrivent, voir leur visage s'illuminer, c'est spontané, instinctif. Et cela prouve que l'amour pour les animaux perdure même avec les troubles cognitifs ou les démences" conclut Angèle Bernaudat.
Merci à Alice François et Angèle Bernaudat. Propos recueillis les 16 et 17 février 2026.