Une épidémie de fatigue inquiète les médecins : voilà pourquoi on dort si mal en ce moment

Difficultés d'endormissement, insomnie, fatigue au réveil et dans la journée... La moitié des Français déclarent avoir des troubles du sommeil actuellement.

Une épidémie de fatigue inquiète les médecins : voilà pourquoi on dort si mal en ce moment
© zinkevych - 123RF

"Je suis crevée", "J'ai besoin de vacances". En ce début d'année, ces phrases tournent en boucle dans les discussions. Si la fatigue n'est ni un virus ni une bactérie, les médecins n'hésitent plus à parler d'une véritable "épidémie de fatigue". Le phénomène n'est plus individuel mais collectif : comme une maladie contagieuse, l'épuisement semble s'être propagé à toutes les couches de la population. Selon Santé publique France, près de la moitié des Français déclarent des troubles du sommeil, transformant ce qui devrait être un état passager en un mal de société permanent.

L'une des causes majeures de cette "épidémie de sommeil" réside dans notre rapport moderne au repos. "C'est vrai qu'il y a une tendance générale à la dette de sommeil, explique le Dr Mélanie Strauss, neurologue, psychiatre et médecin du sommeil, sur la RTBF. Les nombreuses activités de la journée impactent nos quotidiens, l'utilisation accrue des écrans bouleverse les rythmes du sommeil. Surtout, on a aujourd'hui tendance à négliger le sommeil, vu comme un temps mort, du temps perdu". Cette vision du sommeil comme une variable d'ajustement est au cœur du problème : nous sacrifions nos nuits pour prolonger nos journées, sans réaliser que nous épuisons notre capital santé.

Les raisons de cette fatigue généralisée sont multiples et souvent liées à une "hyperstimulation" permanente. Nos cerveaux sont constamment sollicités par des flux d'informations et des injonctions à la performance, que ce soit au travail ou dans notre vie personnelle. L'organisation actuelle de notre société valorise l'efficacité extrême, laissant peu de place à l'oisiveté. Même nos loisirs et nos routines de "bien-être" (sport, réseaux sociaux, activités programmées) deviennent parfois des sources de pression supplémentaires. Cette surcharge mentale, combinée au stress des préoccupations quotidiennes et aux douleurs physiques, crée un état de fatigue dont il est difficile de s'extraire. 

Une femme en état de fatigue accrue © zinkevych - 123RF

À cette pression sociale s'ajoute le facteur saisonnier : le manque de lumière hivernal perturbe notre horloge biologique en déréglant la production de mélatonine et nous prive de sommeil. Entre le froid qui épuise nos réserves énergétiques et l'obscurité précoce, notre corps lutte naturellement contre un environnement qui l'incite à l'hibernation, accentuant ce sentiment de fatigue. Pour lutter contre ce fléau, les experts rappellent que le sommeil n'est pas un luxe, mais une fonction biologique vitale qui permet au cerveau de se "nettoyer" de ses toxines. La solution repose d'abord sur la régularité : essayer de se coucher et de se lever à des heures fixes, même le week-end, pour stabiliser l'horloge interne. "Si on connaît nos besoins en sommeil et qu'on estime avoir besoin de 7 heures de repos, il n'est pas nécessaire de passer 10 heures au lit. L'importance, c'est vraiment de respecter son propre rythme", insiste la neurologue.

Il est également crucial de réapprendre à "décrocher" en limitant les écrans le soir et en s'autorisant de vrais moments de repos sans culpabiliser. Enfin, s'exposer à la lumière naturelle dès le matin et pratiquer une activité physique aide le corps à mieux différencier les phases d'éveil et de repos, garantissant ainsi un sommeil plus réparateur.