La psychologie l'explique enfin : les personnes qui ont tout pour être heureuses mais ne le sont pas subissent souvent ce traumatisme hérité de leurs parents
"Nous ne sommes pas seulement le produit de nos gènes, nous sommes aussi le produit de l'histoire de nos parents", explique la Dr Rachel Yehuda, experte en psychologie et pionnière sur le sujet.
On a parfois l'impression tenace de porter un poids invisible qui ne nous appartient pas. Concrètement, alors que tout semble aller pour le mieux dans notre vie, quelque chose d'impalpable vient gâcher nos plus beaux moments. On culpabilise, on s'en veut de ne pas réussir à lâcher-prise, convaincu que le problème vient d'une faiblesse personnelle. Et si la véritable cause de ce mal-être n'était pas de notre faute ? C'est ce qu'a démontré la Dr Rachel Yehuda, professeure en psychiatrie et neurosciences à la Icahn School of Medicine du Mont Sinaï (New York) et pionnière mondiale du sujet.
Depuis plusieurs années, les spécialistes observent un phénomène déroutant : de nombreuses personnes souffrent de blocages émotionnels profonds sans avoir vécu de drame particulier durant leur propre existence. Elles luttent contre une hypervigilance épuisante, comme si leur corps était constamment réglé en mode survie. Ce décalage entre une vie en apparence paisible et un stress intérieur permanent laisse désemparé, mais la science commence enfin à lever le voile sur ce mystère.
Ce bloquant invisible n'est autre que le traumatisme psychique non résolu de vos parents (ou traumatisme intergénérationnel). Qu'il s'agisse d'un deuil brutal, d'un abandon, d'une faillite, de violences ou d'un climat de peur permanente vécu par vos parents dans leur passé, ce choc émotionnel d'une violence extrême n'a pas été métabolisé par leur esprit. Malgré eux, ils ont enfoui cette terreur au fond d'eux, mais cette empreinte traumatique s'est frayée un chemin jusqu'à votre propre organisme.
Selon Rachel Yehuda, ces traumatismes parentaux modifient l'expression des gènes liés à la gestion du stress, un phénomène appelé l'épigénétique. "Ce que l'épigénétique nous montre, c'est que nous ne sommes pas seulement le produit de nos gènes, nous sommes aussi le produit de l'histoire de nos parents", explique-t-elle dans ses travaux. En clair, les parents ne transmettent pas le souvenir de leur drame, mais la réponse biologique à la peur. À l'âge adulte, le système nerveux surréagit au moindre imprévu : le corps interprète le bonheur ou le calme comme une menace potentielle, ce qui déclenche des mécanismes d'autosabordage pour se "protéger".
Heureusement, ce fardeau émotionnel familial n'est pas une fatalité. Les travaux de la Dr Rachel Yehuda soulignent que l'épigénétique est réversible : tout comme le stress laisse des marques, la sérénité et la sécurité peuvent en inscrire de nouvelles. Pour débuter ce changement, il faut commencer par nommer l'angoisse quand elle survient et se demander systématiquement : "Est-ce une menace réelle aujourd'hui, ou la mémoire d'un danger passé ?". Cette simple mise à distance cognitive aide le système nerveux à se réguler. Comprendre que cette inquiétude appartient au passé de nos parents, et non à notre présent, est le tout premier pas indispensable pour vous libérer de leur histoire, offrir à votre seconde moitié de vie un épanouissement inédit et s'autoriser enfin à être pleinement heureux.
