Pourquoi les personnes âgées aiment autant regarder par la fenêtre, selon la psychologie ?

Pourquoi les personnes âgées aiment autant regarder par la fenêtre, selon la psychologie ?

Postés derrière leurs rideaux, de nombreux retraités passent de longues heures à scruter les moindres mouvements de leur rue. Loin d'être un penchant pour le commérage, cette habitude cache un besoin insoupçonné pour leur quotidien.

Un voisin qui sort de chez lui, le facteur qui s'approche, une voiture qui ralentit... Depuis leur fenêtre, il est très fréquent que les personnes âgées observent ces petites scènes du quotidien avec attention. À partir de la retraite, certaines personnes mesurent le temps qui passe et restructurent leurs journées en observant la vie active des autres. Et si l'on associe cette habitude à de la simple curiosité, ou pire, à du commérage malvenu d'un vieux grincheux, il s'agit en réalité d'un mécanisme psychologique très utile.

Des chercheurs expliquent dans une étude qu'observer par la fenêtre permet aux personnes âgées de stimuler leurs capacités cognitives et leur procure un sentiment de continuité nécessaire à leur bien-être émotionnel. Le cerveau humain a un besoin vital de stimulation pour rester éveillé. Après avoir interrogé des aînés confinés chez eux, les chercheurs ont prouvé que les personnes âgées ont besoin d'observer "un monde en mouvement et en perpétuelle évolution" pour avoir la sensation d'y appartenir alors qu'ils ne sont plus dans la vie active. Voir les enfants jouer, les voisins interagir ou les saisons changer maintient un lien avec la société, même s'il n'est que visuel, et empêche le cerveau de régresser. Les résultats suggèrent que ces personnes "interagissent avec ce monde pour lui donner du sens". Cette habitude nourrit ainsi leur besoin profond de connexion à leur environnement.

Certains seniors vont d'ailleurs beaucoup plus loin et effectuent un véritable travail d'imagination en observant la rue depuis leur fenêtre. Ils s'inventent des histoires et créent des personnages. "Je vois les mêmes personnes aller au travail chaque matin (...) Je l'appelle Frank, il a l'air dur, regarde son costume, je parie que c'est un homme d'affaires féroce...", confie un homme de 80 ans dans The Conversation. Cette faculté à "interagir par le biais de récits" permet d'être intégré à la vie des autres par procuration. En plus de stimuler la créativité, elle permet de mieux vivre la solitude.

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Au-delà de la stimulation cognitive, ce passe-temps est indispensable pour la sécurité de la personne âgée. Après avoir étudié pendant trois ans le quotidien de nos aînés, le chercheur Graham D. Rowles explique dans une étude que l'espace visible depuis la vitre est une "zone de surveillance", pour la personne qui observe, mais aussi pour le voisinage. C'est un espace dans lequel "la réciprocité visuelle facilite l'émergence et le maintien d'un soutien pratique et social de la part des voisins". En clair, ce mécanisme instaure un véritable contrat de confiance invisible : en se tenant à sa fenêtre, le senior signale sa présence au quartier. Les riverains s'habituent à cette présence et, si celle-ci vient à manquer, ils savent qu'un incident ou un problème de santé a pu survenir et qu'il est nécessaire de s'assurer que tout va bien.

Graham D. Rowles affirme même que certaines personnes âgées ont tellement besoin de cette activité qu'elles passent "un certain temps à aménager leur espace pour obtenir une bonne vue". Pour aider nos aînés à bénéficier pleinement de ce rituel, en particulier ceux qui peinent à se déplacer seuls, il recommande d'aménager leur intérieur autour de la vue par leur fenêtre, "plutôt qu'une maison aménagée autour de la télévision". En pratique, on peut installer le fauteuil préféré de notre grand-mère ou de notre grand-père à côté d'une fenêtre avec une jolie vue, puis y ajouter une table avec le téléphone ainsi que quelques activités, comme un livre ou le journal.