Comment éviter de devenir un vieux grincheux ?
Derrière cette image se cache souvent une souffrance. La psychologue Sandrine Paris décrypte ce mécanisme et livre ses conseils pour bien vieillir.
On les croise au marché, chez le médecin ou dans les réunions de famille : ces personnes âgées au regard sévère, prêtes à critiquer, à soupirer ou à lancer un cinglant "c'était mieux avant". Le "vieux grincheux" est un archétype bien ancré dans l'imaginaire collectif. "Un vieux grincheux, ce n'est pas une personne, c'est une personnalité et ce n'est pas la majorité de nos personnes âgées", rectifie d'emblée Sandrine Paris, psychologue du vieillissement. Mais derrière l'irritabilité et les remarques négatives se cache un mal-être bien réel. "Le vieux grincheux, c'est finalement quelqu'un qui souffre et dont la souffrance est visible." Alors, comment éviter de devenir cette personne en prenant de l'âge ? Notre psychologue livre ses conseils.
Pour comprendre le vieux grincheux, il faut d'abord rappeler que le vieillissement s'accompagne de nombreux bouleversements. "C'est beaucoup de pertes : les pertes sociales, les pertes d'identité, les pertes relationnelles..." Face à ces transformations, certaines personnes peinent à trouver un nouvel équilibre. Le vieux grincheux, c'est précisément celui qui n'y parvient pas. C'est "une personne qui est beaucoup plus irritable, qui va être dans le jugement, qui va être dans ce qu'on appelle la "nostalgie agressive", avec une forme de mépris de génération." La psychologue insiste : "Ce n'est pas un défaut, c'est vraiment un mécanisme de défense." Et quand ce mécanisme s'installe durablement, il peut aller jusqu'à entraîner une dépression. On peut la repérer lorsque la personne âgée "a arrêté des activités pour ne plus se confronter aux autres, s'est repliée sur elle-même, dort mal, s'alimente moins bien..."
La bonne nouvelle, c'est qu'il est possible de prévenir cette spirale. Sandrine Paris recommande avant tout de "rester en mouvement, de continuer à apprendre, de continuer à créer des liens, d'accepter de ne plus être comme avant sans se dévaloriser". En effet, le problème réside souvent dans "une perte d'estime de soi dans le vieillissement". L'enjeu n'est donc pas tant de refuser son âge, que de se sentir capable de négocier avec le changement. Concrètement, le spécialiste encourage à "continuer à se sentir utile". Cela peut passer par le bénévolat, le fait de s'occuper de ses petits-enfants ou de transmettre un savoir-faire. "Ce sentiment d'utilité va protéger votre santé mentale."
Et lorsqu'on côtoie une personne déjà installée dans cette aigreur ? Notre experte appelle à la bienveillance plutôt qu'à la confrontation. "L'idée, c'est justement de ne pas être dans le jugement. La personne se fait déjà beaucoup de mal elle-même, donc ne pas en rajouter." Mieux vaut "l'inviter à sortir et essayer de l'amener à rencontrer du monde", car "la qualité des liens sociaux est fondamentale dans la prévention de la dépression". En cas de doute sérieux sur l'état de sa santé mentale, il est important d'inciter la personne à au moins en discuter avec son médecin. Retenons enfin que "ce n'est pas l'âge qui rend grincheux, c'est la difficulté à s'adapter aux transformations de soi et du monde."