"J'ai découvert à 50 ans que j'étais HPI" : pendant des années, Marion pensait que le problème venait d'elle

Problèmes d'attention, sensibilité exacerbée, sentiment d'effort permanent… Longtemps, Marion Tenet s'est sentie en décalage sans comprendre pourquoi. Jusqu'au jour où un double diagnostic a enfin mis des mots sur son parcours. Une révélation tardive, mais profondément libératrice.

"J'ai découvert à 50 ans que j'étais HPI" : pendant des années, Marion pensait que le problème venait d'elle
© Journal des Femmes

Pendant de nombreuses années, Marion a évolué différemment des autres. Non par manque de volonté ou d'investissement, mais parce que sa manière de réfléchir et de traiter les informations semblait suivre un rythme différent et que son mode de fonctionnement ne correspondait pas aux cadres attendus. "Enfant et adolescente, j'avais l'impression de devoir fournir beaucoup d'énergie pour atteindre des résultats juste corrects qui semblaient plus simples pour d'autres. Les idées arrivaient très vite, parfois en grand nombre, mais elles étaient difficiles à organiser ou à fixer durablement. Elles semblaient me traverser sans jamais se fixer", se souvient-elle.

Sans le savoir encore, Marion a un haut potentiel intellectuel (HPI) et un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Le TDAH était peu identifié à cette époque surtout chez les jeunes filles, chez qui il s'exprimait de manière plus discrète. Longtemps réduit à une simple difficulté de concentration, ce trouble renvoie en réalité à un fonctionnement neurologique spécifique, affectant l'attention, l'organisation et la régulation cognitive. "Mes enseignants évoquaient parfois mes difficultés de concentration, mais cela n'allait pas plus loin. Je n'étais pas l'enfant agitée que l'on associe souvent au TDAH, ce qui contribuait à rendre ce fonctionnement difficile à repérer", précise-t-elle.

Une grande sensibilité émotionnelle et beaucoup d'énergie

Concernant son intelligence supérieure à la moyenne, Marion a "longtemps pensé fonctionner comme tout le monde, avec simplement une grande curiosité, beaucoup d'énergie, et une grande sensibilité émotionnelle, sans jamais imaginer qu'il puisse y avoir une explication plus structurée derrière mes comportements". Comme c'est souvent le cas chez les enfants ayant un haut potentiel intellectuel, elle peine à rester concentrée en classe où elle s'ennuie parfois. "Je pouvais comprendre vite certaines choses, mais rester concentrée longtemps m'était difficile ou alors j'étais absorbée par un sujet qui me passionnait au point d'en oublier tout le reste. Je me laissais facilement distraire, ce qui pouvait donner l'impression d'un manque d'intérêt alors, qu'en réalité, mon attention fonctionnait simplement différemment. Avec le recul, je reconnais aujourd'hui plusieurs signes souvent décrits chez les adultes TDAH ou HPI, comme la difficulté à hiérarchiser les informations et à maintenir son attention sur la durée ou la sensation d'avoir une pensée très rapide." Si sa scolarité lui laisse aujourd'hui un sentiment contrasté, Marion en garde néanmoins un souvenir globalement serein. C'est davantage dans sa vie professionnelle que ce décalage se révèle plus éprouvant.

"J'ai compris que ce n'était pas un défaut"

Après des études de cinéma, Marion s'oriente vers le casting, un métier exigeant, reposant sur la mémoire, l'analyse humaine et la capacité d'adaptation. Elle y développe progressivement des stratégies pour compenser ses fragilités liées notamment à ses problèmes de mémoire. "J'ai appris très tôt à multiplier les outils d'organisation comme des listes détaillées, des logiciels performants ou la mémorisation visuelle des personnes ou des situations et surtout j'ai appris à bien m'entourer." Grâce à son haut potentiel, Marion parvient aussi créer des associations d'idées rapides et à percevoir intuitivement les personnalités, ce qui devient un atout professionnel.

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Comme chez de nombreuses personnes découvrant tardivement un TDAH ou un haut potentiel, ces mécanismes d'adaptation deviennent essentiels. Mais ces difficultés répétées finissent par fragiliser sa confiance. "J'ai longtemps cru que le problème venait de moi et que je devais faire plus d'efforts que les autres", s'émeut-elle. Elle entame alors une période de réflexion personnelle notamment à travers la méditation et certaines lectures, qui lui apporte un apaisement progressif sans toutefois lui permettre de mettre encore de mots précis sur son fonctionnement. Avec le temps et beaucoup de questions en tête, elle décide de consulter. "J'ai entrepris un bilan à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où j'ai passé plusieurs évaluations neuropsychologiques. Elles reposent à la fois sur des entretiens, des questionnaires et des tests cognitifs permettant d'évaluer l'attention, le fonctionnement intellectuel et la manière dont on traite l'information. Les résultats ont confirmé un TDAH, avec une mémoire immédiate plus fragile, associé à un haut potentiel intellectuel. Ce diagnostic a été à la fois une surprise et un véritable soulagement. Pour la première fois, j'ai pu mettre des mots sur mon fonctionnement et donner du sens à mon parcours. J'ai compris que ce n'était ni un défaut ni un manque de volonté, mais une manière différente de penser et de percevoir le monde."

"Comprendre que j'étais neuro-atypique m'a libérée d'un poids"

Loin d'être vécu comme une étiquette, ce diagnostic permet à Marion de poser un regard plus juste et plus apaisé sur elle-même. "Comprendre que j'étais neuro-atypique m'a libérée d'un poids important. J'ai pu découvrir d'autres parcours singuliers, riches et inspirants. J'ai compris aussi que beaucoup d'adultes découvrent, comme moi, leur neuro-atypie tardivement." Aujourd'hui, accompagnée médicalement et mieux outillée, elle revendique une relation plus bienveillante à elle-même. "J'ai identifié mes forces : la créativité, l'empathie, la sensibilité à l'autre, une grande capacité d'adaptation." Elle reconnait néanmoins que certaines contraintes font toujours partie de son quotidien. "Mon énergie débordante peut parfois fatiguer mon entourage, et certaines difficultés de mémoire restent douloureuses et déstabilisantes. Mais j'ai appris à composer avec l'ensemble de ce que je suis et surtout à m'accepter."

Marion s'épanouit aujourd'hui dans un projet entrepreneurial entre tourisme, communication et casting, un cadre qui lui permet d'exprimer pleinement son sens de l'accueil, son attention aux autres et son besoin de liberté. "Si l'on me retirait cette singularité, j'aurais l'impression de perdre une part essentielle de moi-même." Apaisée, elle est enfin alignée. "Vivre avec un TDAH, c'est avant tout apprendre la bienveillance envers soi-même. C'est accepter de s'aimer dans sa globalité, sans chercher à rentrer à tout prix dans un moule."