Ce que vivent les soignants quand un patient meurt : un poids invisible qui affecte leur santé mentale

A l'hôpital, un soignant est confronté à la fin de vie en moyenne 27 fois par an et 15 % de ces décès surviennent de manière brutale. 

Ce que vivent les soignants quand un patient meurt : un poids invisible qui affecte leur santé mentale
© chormail - 123RF

La santé mentale des soignants est mise à l'épreuve au quotidien. Dans les hôpitaux, ces professionnels sont régulièrement confrontés à des situations difficiles, comme la fin de vie des patients. Après avoir administré les derniers soins, ils reprennent leur service auprès des autres malades, ce qui illustre bien la cadence effrénée de leur métier. Un rapport intitulé "Les Survivants", issu d'une enquête nationale menée par le Pr Thibaud Damy (cardiologue), met en lumière un aspect souvent ignoré de leur réalité : la souffrance psychologique des soignants hospitaliers. Face à des situations de fin de vie fréquentes, ces professionnels subissent un manque de formation adéquate et de soutien psychologique, entraînant une forme d'épuisement moral souvent invisible. Ce rapport met en lumière un paradoxe étrange : un système de santé qui, pour soigner les autres, finit par sacrifier la santé mentale de ses propres soignants.

Parmi les 384 soignants français interrogés, 93 % estiment n'avoir reçu aucune formation spécifique pour faire face à ces défis émotionnels et 64 % ne bénéficient d'aucune aide après un décès. Le milieu hospitalier impose souvent aux soignants, notamment les jeunes professionnels, une gestion autonome de leurs émotions, sans véritable accompagnement. Bien que la solidarité entre collègues puisse offrir un soutien ponctuel, les structures hospitalières manquent de dispositifs formels pour favoriser l'expression et le partage des difficultés rencontrées. Derrière l'apparence du professionnalisme se cache un mécanisme tacite : se taire, avancer, reprendre le travail. Le Pr Damy soulève un point crucial : "Les soignants ne sont pas des machines. Ils absorbent la détresse, la douleur. Et on les laisse seuls avec ça".

A l'hôpital, un soignant est confronté à la fin de vie en moyenne 27 fois par an et 15 % de ces décès surviennent de manière brutale. Face à cela, des symptômes de stress et de fatigue émotionnelle touchent une large majorité du personnel interrogé : ils se sentent émotionnellement vidés, "au bout du rouleau" en fin de journée et ils ressentent une frustration fréquente. Un soignant sur deux présente un épuisement professionnel élevé. 

La souffrance psychologique des soignants : un poids invisible qui affecte la santé mentale © wosunan - 123RF

La pandémie de COVID-19 a accentué cette détresse psychologique. Les soignants ayant pris en charge des patients infectés présentent davantage de symptômes post-traumatiques : pensées intrusives, troubles du sommeil, nervosité accrue. Pour le Pr Damy, cette période a joué un rôle de révélateur : elle a mis au jour un épuisement déjà latent dans les services hospitaliers.

Le projet "Les Survivants" ne se limite pas à dresser un constat. Il formule 6 recommandations destinées aux établissements de santé, aux institutions de formation et aux décideurs publics : former au relationnel, soutenir psychologiquement de manière systématique, valoriser l'intelligence émotionnelle, organiser des espaces de parole réguliers, soutenir les séquelles du Covid, officialiser l'accompagnement mortuaire.