"J'ai vécu 8 ans au milieu des déchets" : Bastien a souffert du syndrome de Diogène jusqu'au jour où...
Objets entassés, montagnes de déchets, appartement insalubre… Bastien est tombé dans le syndrome de Diogène pendant huit ans. Il raconte cet engrenage au Journal des Femmes.
Bastien a 36 ans et est à la tête d'une rôtisserie sur les marchés en région parisienne. Il gagne 5000 euros par mois et part en voyage plusieurs fois par an. Et du jour au lendemain, tout bascule. Bastien commence à boire... trop. "Du jour au lendemain, je me suis retrouvé dans la précarité, quasiment à la rue. J'ai perdu mes collègues, mes amis, mes clients, mes voisins… Je me suis isolé, je n'avais plus aucun projet. Je me suis rapproché de la grande distribution pour postuler à un poste chef de rayon mais tous les responsables des enseignes m'ont rétorqué que je ne parviendrais pas à accepter les ordres puisque j'avais été chef d'entreprise."
Bastien passe 8 mois sans activités. "En tant qu'ancien entrepreneur individuel, je n'avais pas droit au chômage et je n'ai touché le RSA qu'au bout du troisième mois. En attendant, j'allais aux Restos du cœur et à l'épicerie sociale pour pouvoir me nourrir" nous raconte-t-il. C'est là qu'il commence à ramasser des objets à droite, à gauche, des chaises en plastique, des morceaux de bois pour en faire des étagères, des coussins… bref, des choses dont il pensait avoir besoin tôt ou tard. Ces objets s'entassent peu à peu dans son studio de 25 m2 jusqu'à le remplir entièrement.
"J'en suis venu à jeter les déchets par terre"
"Je faisais de moins en moins le ménage, je consommais de plus en plus d'alcool et j'ai sombré dans la dépression. J'étais dans le déni, j'achetais des sacs poubelle pour trier et jeter mais quand je voulais m'y mettre, je n'y arrivais pas. C'est comme si un fil s'était déconnecté dans mon cerveau, je faisais un blocage. Comme je ne trouvais plus la poubelle, j'en suis venu à jeter des déchets par terre." Bastien passe quatre ans au milieu de cet appartement devenu irrespirable. Un jour, il cherche "accumulation compulsive" sur Internet et comprend alors qu'il souffre du syndrome de Diogène.
A cette époque, la maladie était perçue comme celle du sale et du fainéant. Alors Bastien vit reclus, n'invitant personne. "Je devais pousser la porte avec mon épaule pour pouvoir rentrer dans mon appartement. Je baissais le son de la télévision quand quelqu'un passait devant chez moi pour faire comme si j'étais absent. Je vivais dans la peur et l'insécurité, les fenêtres et les volets fermés" se souvient-il. Mais Bastien veut s'en sortir. Il consulte un psychiatre addictologue et suit une thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Rien ne marche.
Il contacte une société de "nettoyage de l'extrême" mais regrette les méthodes. "On m'a demandé s'il y avait la place pour mettre une benne en bas de chez moi, j'ai trouvé ce manque de discrétion et de bienveillance très évocateur. Tout ce qui intéresse ces sociétés, c'est de montrer des avant-après sur TikTok", dénonce-t-il. Ayant réussi à arrêter l'alcool grâce au milieu associatif, il se met en quête d'une association pour l'aider à désencombrer son appartement.
"Il m'a sauvé"
Pierre Ludosky, le président de l'association Diogène Asso, lui tend alors la main. "Il est entré chez moi avec de simples sur-chaussures, il n'arborait pas de scaphandrier comme on peut le voir dans les reportages à la télévision, puis il a confirmé que je souffrais bien du syndrome de Diogène, ce que personne n'avait fait auparavant. Il a eu un meilleur rôle que tous les psychiatres et psychologues que j'avais consultés jusqu'alors" explique Bastien, plein de reconnaissance.
Le désencombrement s'est fait en concertation avec Bastien, pour savoir ce qu'il désirait jeter ou non. "Tous les objets ont été nettoyés et reposés sur des meubles, ça a été à moi de les reposer au bon endroit quand ils sont partis" poursuit-il. Quant au prix, le petit héritage qu'il venait de percevoir de sa grand-mère s'est révélé suffisant. "Rien n'a été jeté tel quel, tout a préalablement été soigneusement emballé dans des sacs poubelle très épais et opaques afin que les voisins ne se doutent de rien."
Aujourd'hui, Bastien estime être stable. "Il m'arrive parfois d'avoir un peu de bordel, comme tout le monde, mais ce n'est plus une souffrance de jeter. J'ai mis en place des règles strictes : plus aucun objet au sol. Dès que la table basse est pleine, je ne pose rien au sol. Je refuse également quand on veut me donner des objets" confie-t-il. Sa situation financière s'est, elle aussi, améliorée. Désormais, il œuvre pour aider les personnes atteintes de ce syndrome.