Mortalité anormale, mineurs enfermés : le pôle psychiatrique de Melun épinglé en urgence par la vigie des hôpitaux
Mortalité anormalement élevée, soins physiques délaissés et mineurs enfermés illégalement avec des adultes : le pôle psychiatrique de l'hôpital de Melun est aujourd'hui dans le viseur des autorités.
Ce sont des révélations qui font froid dans le dos. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) vient de publier un rapport alarmant sur le pôle psychiatrique de l'hôpital de Melun-Sénart dans le 77 (Seine-et-Marne). La sécurité et la dignité des patients ne seraient plus garanties, avec un taux de mortalité "anormalement élevé".
Le bilan humain dressé par le rapport est particulièrement lourd : 7 décès enregistrés en seulement 19 mois (entre janvier 2024 et août 2025) pour une capacité de 88 lits, dont 5 étaient hospitalisés sans consentement, comme le révèle un article du Parisien. Ce constat est d'autant plus inquiétant qu'aucun de ces décès n'est imputable à un suicide, pointant directement une faille dans la prise en charge médicale globale. Le Contrôleur dénonce un abandon du suivi des pathologies "classiques" (dites somatiques) au profit du seul traitement psychiatrique. L'absence de traçabilité écrite dans les dossiers médicaux et les lacunes dans la transmission entre soignants ont conduit à des situations critiques : des alertes vitales, telles qu'une hypotension artérielle sévère ou une apnée du sommeil non appareillée, n'auraient pas été traitées, laissant les patients dans une vulnérabilité physique fatale. Pourtant, un patient hospitalisé en psychiatrie a le même droit à une surveillance médicale générale (cœur, tension, respiration) que n'importe quel autre patient.
Le rapport pointe aussi une dérive majeure concernant la protection de l'enfance : faute de structures adaptées dans le département, des mineurs sont hospitalisés à temps complet dans des unités pour adultes, en totale contradiction avec la réglementation en vigueur. Au-delà de cette promiscuité inadaptée, le contrôleur dénonce des pratiques d'isolement et de contention exercées sur des enfants pourtant admis en "soins libres". Ces mesures de force, particulièrement traumatisantes, seraient non seulement appliquées de manière illégale, mais souffriraient également d'une absence totale de traçabilité dans les registres officiels.
Enfin, le rapport pointe un usage "abusif" de l'enfermement. Avec 14 chambres d'isolement pour 88 lits, l'établissement dépasse les ratios observés partout ailleurs en France, y compris dans les unités pour malades difficiles. C'est un véritable problème car l'isolement et la contention ne doivent être que des mesures de dernier recours, limitées dans le temps et surveillées de très près. Ici, le contrôleur dénonce une surveillance paramédicale insuffisante pour les patients ainsi isolés. En février dernier, l'Agence Régionale de Santé d'Île-de-France ordonnait la fermeture de quatre unités d'hospitalisation pour enfants et adolescents de la Fondation Vallée à Gentilly (Val-de-Marne) suite à des pratiques d'enfermement indignes et contraires aux droits de l'enfant.
Le ministère de la Santé a désormais quatre semaines pour répondre aux observations du CGLPL à l'hôpital psychiatrique de Melun, et proposer des mesures correctives. Si vous avez un proche hospitalisé, rappelez-vous que le dossier médical doit être partagé : toute pathologie physique (diabète, hypertension...) doit être traitée avec la même rigueur que les troubles psy. L'isolement est une mesure médicale qui doit être justifiée, écrite et limitée. La direction de l'hôpital est tenue de fournir des chiffres fiables sur ses activités. Si vous estimez que les droits d'un proche ne sont pas respectés, vous pouvez saisir directement le CGLPL ou contacter une association de familles de patients comme l'UNAFAM.