L'addiction aux écrans, ça n'existe pas ?

Nous passons de plus en plus de temps scotchés sur nos portables et tablettes, de plus en plus tôt. Peut-on devenir pour autant "accro" ? Que se passe-t-il dans notre cerveau ? Quels signes doivent alerter ? Réponses.

L'addiction aux écrans, ça n'existe pas ?
©  Panithan Fakseemuang - 123 RF

Invité sur RTL le 10 septembre, le secrétaire d'Etat au numérique, Mounir Mahjoubi, est revenu sur son projet de lutter contre l'addiction aux réseaux sociaux et aux écrans. Il propose une consultation des Français, et pourquoi pas, une loi pour aider à la déconnexion, a-t-il affirmé. Depuis plusieurs mois, les termes d'addiction et de drogue sont largement utilisés pour évoquer notre utilisation croissante et parfois excessive des écrans. Il est vrai que nous y passons toujours plus de temps, aussi bien au travail, qu'à la maison sur les temps de loisirs. A tel point qu'il est de plus en plus difficile de résister à la tentation de consulter sa messagerie ou les réseaux, à toute heure. Mais qu'en pensent les médecins ? Doit-on s'inquiéter ? 

Usage excessif n'est pas addiction

"L'usage du terme addiction est abusif", pose d'emblée Bruno Assouly, médecin et fondateur de l'Institut d'Education Médicale et de Prévention et du site lebonusagedesecrans.fr. En effet, poursuit-il, "les écrans ne peuvent en aucun cas être rangés avec les drogues traditionnelles : les molécules, les zones neuronales et les réseaux neurobiologiques impliqués ne sont pas les mêmes qu'en cas d'addiction classique." En outre, précise le médecin, "lorsqu'une personne "dépendante" aux écrans, de part une pratique intense, s'abstient, on ne constate pas de changement physiologique, ni de souffrance. De même, il n'y a pas de période de sevrage, de risque de rechute, et d'activation de la mémoire, comme avec d'autres drogues." 

En somme, parler d'addiction serait pour l'heure une simplification excessive, mais pas une réalité médicale, même s'il n'y a pas de consensus scientifique. L'Académie des sciences évoque dans un rapport de 2013 "l'enfant et les écrans", une "pratique excessive". A l'inverse, en juin dernier, l'OMS avait été la première société savante à reconnaître formellement "l'addiction aux jeux vidéo", au même titre que la cocaïne ou les jeux d'argent. Selon Bruno Assouly, le seul intérêt d'extrapoler à un usage addictif serait, de faire bénéficier d'accompagnement et de psychothérapies. Mais, attention à l'effet pervers, souligne-t-il, "face à l'affolement des parents, le risque serait d'ouvrir un marché qui consisterait à donner des médicaments à tout va pour soigner ces comportements. A partir du moment où on pose le mot addiction, alors cela ouvre la voie à un marché énorme pour l'industrie pharmaceutique !"

Pour un usage modéré des écrans

Reste que passer tout son temps devant un écran ne peut pas faire que du bien, surtout chez les plus jeunes, qui y sont exposés de plus en plus tôt.  Selon une étude de l'Inserm (cohorte Elfe, septembre 2018), à 2 ans, 20 à 30 % des enfants utilisent au moins une fois par semaine un ordinateur, une tablette ou un smartphone. "Chez les enfants, les écrans peuvent nuire davantage car leur cerveau est en développement et l'expression sensorielle est fondamentale, c'est-à-dire qu'ils ont besoin de stimulations multiples", explique Bruno Assouly. En d'autres termes, l'écran peut avoir un effet réducteur dans la mesure où il ne permet pas d'exploiter toutes les capacités du cerveau des enfants. 

"Ils baissent la tête, et lorsqu'ils la lèvent, c'est pour faire un selfie!"

Quant aux adultes, le médecin pointe le problème de la sur-sollicitation des écrans (notifications, applications, mises à jour, alimentation des réseaux, multiples sources d'information, etc.). "Le cerveau étant attiré par plusieurs sources d'intérêt, il est volatile et cela diminue la concentration des utilisateurs. A force, cela peut générer des troubles de l'humeur si la personne est fragile à ce niveau-là. Pour l'instant, nous n'avons pas d'étude scientifique mais c'est une réflexion d'expert qui est prise au sérieux." Et cette sur-sollicitation de l'attention est mise en place au détriment d'une attention introspective. La conséquence ? Un isolement social : même si les écrans peuvent faciliter les contacts, on est moins dans l'interaction avec l'autre. "Il suffit de regarder les adolescents et jeunes adulte pour le comprendre : ils baissent tout le temps la tête, et lorsqu'ils la lèvent, c'est pour faire un selfie !" La recherche du like, l'exposition de notre image et de nos vies privées sur la toile sont aussi des sources d'anxiété. "Avant quand on appelait quelqu'un, on laissait un message sur un répondeur et on patientait. Maintenant, si on ne vous répond pas à la minute, c'est le drame ! On se dit qu'on n'a pas d'importance aux yeux de l'interlocuteur, on doute… Tout cela génère du stress et la relation à l'autre est totalement repensée !"

Quels sont les signaux d'alarme ?

Concrètement, que faire pour limiter son exposition aux écrans et pour l'aborder de manière intelligente et raisonnée ? Première chose, les parents doivent montrer l'exemple en limitant au mieux leur utilisation des écrans, conseille le Dr Assouly. Ensuite, l'erreur serait de diaboliser les écrans. "Quand l'écriture est apparue, on s'est beaucoup alarmé, alors que finalement, elle a permis au cerveau de gagner en puissance. Il va y avoir du positif aussi avec les écrans, mais comme cela va très vite, les parents sont dépassés et ne savent ni comment se positionner, ni comment communiquer avec leurs enfants." La clé ? Ne pas interdire, mais plutôt conserver un dialogue et établir des contrats avec son enfant. Et surtout, être attentif à certains signaux d'alarme : les troubles du sommeil, de l'humeur, l'isolement. "Il faut guetter toute souffrance inhabituelle". 

A retenir : veillez à ces 3 critères

  • Vous vous sentez "obligé" de vous connecter tous les jours, quasiment à heure fixe,
  • vous sous-estimez le temps passé sur les écrans, sans parvenir à vous auto-réguler (vous pensiez en avoir pour 5 minutes et vous y restez des heures),
  • et surtout, c'est le plus important, vous délaissez votre vie réelle au profit des écrans et du monde virtuel.

Retrouvez plus d'infos sur les écrans sur le site lebonusagedesecrans.fr. Conseils et avis de scientifiques et experts, pour tous les âges, pour aider à démêler le vrai du faux et se tenir informé des dernières actualités.

L'addiction aux écrans, ça n'existe pas ?
L'addiction aux écrans, ça n'existe pas ?

Invité sur RTL le 10 septembre, le secrétaire d'Etat au numérique, Mounir Mahjoubi, est revenu sur son projet de lutter contre l'addiction aux réseaux sociaux et aux écrans. Il propose une consultation des Français, et pourquoi pas, une loi...