Super-bactéries et résistance aux antibiotiques : ce qu'il faut savoir

La résistance aux antibiotiques progresse depuis plusieurs années. Au point que le traitement d'infections banales comme les infections urinaires pourrait devenir compliqué. Explications.

Super-bactéries et résistance aux antibiotiques : ce qu'il faut savoir
© racorn - 123 RF

"Les choses doivent changer tout de suite. L'ère des antibiotiques est en passe de s'achever." C'est le message délivré par l'OMS à l'occasion de la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques. Comme chaque année, cette semaine vise à sensibiliser à la résistance aux antibiotiques à l'échelle mondiale et à encourager les différents acteurs (grand public, décideurs politiques, agents de santé) à adopter les meilleures pratiques. Objectif : éviter que n'apparaissent de nouvelles résistances aux antibiotiques ou que les résistances actuelles ne gagnent du terrain. Car, l'utilisation répétée de manière excessive ou à mauvais escient des antibiotiques chez les humains et chez les animaux a entraîné l'émergence et la diffusion de la résistance aux antibiotiques. 

Une étude de l'ECDC (European Center for Disease Control) estime que chaque année, 700 000 personnes sont victimes d'infections multi-résistantes, ce qui provoque le décès de 33 000 décès. Ces chiffres ont triplé depuis 2007 représentant à eux seuls la combinaison des infections de la grippe, de la tuberculose et du VIH dans le monde. Sur ce sujet majeur, la France ne figure pas en bonne position à l'échelle mondiale : avec 125 000 infections par an et 5 500 décès, elle est le 6e pays européen le plus affecté après l'Italie, la Grèce, la Roumanie, le Portugal et Chypre. Une feuille de route gouvernementale a été adoptée en 2016, visant à diminuer la consommation d'antibiotiques et à réduire les conséquences sanitaires et environnementales de l'antibiorésistance. Plusieurs campagnes d'information ont également été réalisées en direction du grand public. Pour aller encore plus loin, Frédérique Vidal, Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation a annoncé ce 14 novembre 2018, le lancement un programme prioritaire de recherche doté de 40 Millions d'euros, dédié à la lutte contre la résistance aux antibiotiques.

Le problème n'est pas nouveau

Depuis plus de 30 ans, la résistance aux antibiotiques progresse. Et avec elle, un problème majeur : si ces médicaments deviennent inefficaces, les infections considérées aujourd'hui comme peu préoccupantes risquent de revenir à grande vitesse. L'OMS s'en inquiète et publie régulièrement des rapports afin d'alerter les gouvernements pour qu'ils mettent en place des mesures d'urgence et des campagnes d'information, de manière coordonnée. Ainsi, suite à la publication d'un rapport en avril 2015, le docteur  Keiji Fukuda, sous-directeur général pour la sécurité sanitaire de l'OMS avait déclaré : "il faut en faire davantage si nous ne voulons pas perdre des moyens de pratiquer la médecine et de traiter à la fois des maladies courantes et graves."  

Inquiétude autour des infections urinaires

Le problème, c'est que certaines pathologies, qui se soignaient jusqu'à présent très bien, commencent à poser problème. C'est le cas des infections urinaires à Escherichia coli, cette bactérie intestinale inoffensive dans nos tubes digestifs, mais qui provoque des infections très douloureuses dès lors qu'elle se retrouve dans le système urinaire. Les premiers médicaments contre cette infection (les fluoroquinolones) ont été introduits dans les années 1980. À l'époque, la résistance était presque nulle, mais aujourd'hui, le traitement est devenu inefficace pour plus de la moitié des patients. Dans quelques années, une infection urinaire qui se soigne actuellement grâce aux antibiotiques pourrait donc devenir dangereuse. Et pour cause : si E.Coli arrive à passer dans le système sanguin, elle peut causer des septicémies (infections généralisées du sang). Un exemple parmi d'autres : en mai 2016, le cas d'une femme de 49 ans est publié dans la revue Antimicrobial Agents and Chemotherapy. Celle-ci avait contracté une infection urinaire provoquée par une souche mutante de la bactérie Escherichia coli. Problème : cette "super-bactérie" était résistante à tous les antibiotiques, y compris la colistine, un ancien antibiotique, habituellement utilisé en dernier recours. "Nous devons faire de très gros efforts pour protéger l'efficacité des antibiotiques pour notre génération et celle de nos enfants", expliquait l'un des auteurs de l'étude, le Dr Frieden, lançant un appel au développement de nouvelles classes d'antibiotiques et à des mesures pour sensibiliser à un meilleur usage de ces médicaments largement sur-prescrits par des médecins.

Et des maladies nosocomiales

Les bactéries responsables des maladies nosocomiales, ces maladies contractées à l'hôpital, pourraient elles aussi devenir super résistantes selon l'OMS. En conséquence, une opération chirurgicale anodine pourrait comporter un risque élevé de septicémie si les antibiotiques habituellement prescrits suite à une opération devenaient inefficaces contre les bactéries présentes dans les milieux hospitaliers.

La solution : utiliser les antibiotiques à bon escient

"Les antibiotiques, c'est pas automatique !" Le slogan lancé en 2002 par l'Assurance Maladie parle de lui-même, mais aujourd'hui encore, il semble que le message ne soit pas correctement passé. Non, les antibiotiques ne sont pas des potions magiques qui soignent tout et tout de suite. Rappelons que les antibiotiques ne peuvent rien contre les virus : ils sont efficaces uniquement contre les bactéries. Retenez que plus on les utilise, plus les résistances augmentent. 

© OMS

Pas d'automédication

Première règle à s'imposer : ne jamais pratiquer d'automédication. Ainsi, quand vous prenez des antibiotiques, prenez-les pendant toute la durée du traitement, même si vos symptômes ont disparu avant la fin. Ne conservez pas vos médicaments pour plus tard et ne les donnez pas non plus à quelqu'un d'autre, même s'il souffre des mêmes symptômes. Chaque prescription est individuelle et seul le médecin peut décider de ce qui est approprié.

Prévenir les infections

Parmi les mesures importantes à adopter pour limiter la résistance aux antibiotiques figure la prévention des infections. Cela commence par une bonne hygiène corporelle. Le simple fait de se laver les mains après être allé aux toilettes, après avoir éternué, en sortant des transports en commun ou avant de faire à manger peut permettre d'éviter bien des complications. L'accès à l'eau potable et la vaccination sont par ailleurs des priorités de l'OMS.

En savoir plus : le plan d'action mondial lancé par l'OMS lors de la 68e Assemblée Mondiale de la Santé (mai 2015).

EN VIDÉO : les antibiotiques ne soignent pas les infections virales comme le rhume ou la grippe

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