Garder un jean trop petit au fond d'un placard, conserver un pull démodé ou entasser des robes que l'on ne portera plus jamais... À première vue, ce réflexe relève d'un attachement sentimental ou d'un simple manque de temps pour faire le tri. Pourtant, cette difficulté à se séparer de ses vêtements peut cacher un mécanisme psychologique plus profond, qui n'a pas seulement à voir avec les souvenirs.
Conserver un vêtement inutilisé n'a rien d'anormal. Comme nous l'explique la psychologue Dana Castro : "En dehors de tout trouble psychologique, ça veut dire tout simplement qu'ils les aiment beaucoup et/ou que ces vêtements leur rappellent de bons souvenirs ou sont attachés à un événement significatif de leur vie. Par exemple, la tenue de mariage est gardée toute la vie". Mais certains vêtements représentent aussi une version passée ou espérée de soi-même. Ce jean devenu trop petit incarne parfois la silhouette que l'on aimerait retrouver, tandis qu'une ancienne tenue rappelle une période révolue. S'en séparer peut alors provoquer un sentiment de perte, voire la peur de regretter son choix.
Lorsque les vêtements s'accumulent au point d'encombrer la penderie, un autre mécanisme peut entrer en jeu : l'évitement émotionnel. Le véritable blocage ne vient alors pas seulement de l'attachement aux habits, mais de la difficulté à prendre la décision de s'en séparer. Car jeter ou donner un vêtement, c'est accepter de renoncer à ce qu'il représente, mais aussi prendre le risque de le regretter. Pour échapper à cet inconfort, certaines personnes préfèrent repousser le moment du tri. Cette tendance peut être renforcée par la fatigue décisionnelle. Chaque vêtement impose en effet une série de questions : "Est-ce qu'il me va encore ? Combien m'a-t-il coûté ? Vais-je le regretter si je le donne ?" À force de multiplier ces arbitrages, prendre une décision devient plus pénible. Refermer la porte du placard permet alors de soulager immédiatement cet inconfort, quitte à retrouver le même problème quelques semaines plus tard.
Cette difficulté touche-t-elle davantage les femmes que les hommes ? Sur ce point, la psychologue Dana Castro reste prudente : "Après est-ce une question de genre, les femmes gardent plus que les hommes, je n'ai pas d'idée". Il serait donc hasardeux d'attribuer ce comportement à un sexe plutôt qu'à l'autre. L'attachement aux objets, la peur du regret et l'évitement des décisions désagréables sont des mécanismes psychologiques qui peuvent concerner tout le monde.
Comme pour la vaisselle laissée dans l'évier ou la cuisine en désordre, une penderie encombrée peut devenir une source de charge mentale supplémentaire. Pour retrouver un rapport plus serein à ses vêtements, l'objectif n'est donc pas de jeter brutalement tous ses souvenirs, mais de sortir de cette logique de report. Commencer par quelques pièces faciles à trier peut aider à rendre les décisions suivantes moins intimidantes. Car le plus difficile n'est pas toujours de dire adieu à un vieux vêtement, mais de se résoudre enfin à faire un choix.