Gynécomastie : c'est quoi, en quoi consiste l'opération ?

La gynécomastie est le développement excessif des glandes mammaires chez un homme. Parmi ses causes : la prise de médicaments, une maladie, les hormones, une hyperthyroïdie, une origine congénitale... Quels sont les symptômes ? Quand doit-on avoir recours à la chirurgie ?

Gynécomastie : c'est quoi, en quoi consiste l'opération ?
© PRASAN MAKSAEN - 123RF

Définition : qu'est-ce que la gynécomastie ?

La gynécomastie désigne le développement d'une ou de deux glandes mammaires chez l'homme, faisant apparaître comme une poitrine chez un individu de sexe masculin. Fréquente à l'adolescence à cause des changements hormonaux, elle disparaît spontanée dans la majorité des cas. Lorsqu'elle apparaît à l'âge adulte c'est le plus souvent à cause d'un dérèglement hormonal, notamment une baisse de la testostérone ou une augmentation des œstrogènes.

Gynécomastie unilatérale

La gynécomastie unilatérale concerne près de la moitié des sujets. Elle peut être en lien avec un cancer de la glande mammaire ou une anomalie hormonale, en particulier une anomalie de la sécrétion de prolactine ou une sécrétion ostrogénique d'une tumeur testiculaire. Certains médicaments comme la prégabaline, le diltiazem, le sulpiride, la rispéridone, ou la ciclosporine peuvent aussi être la cause. L'atteinte unilatérale peut aussi être transitoire, avant d'être détectable bilatéralement.

Gynécomastie bilatérale

La gynécomastie bilatérale est le plus souvent en lien avec une cause hormonale ou la prise de médicament. Même si elle n'est pas toujours symétrique, elle est constatée lors d'une augmentation anormale du volume mammaire chez l'homme, des deux côtes.

Diagnostic

L'examen d'une gynécomastie se fait alors que la personne est allongée sur le dos, les mains derrière la nuque. Le médecin palpe une petite masse molle ou ferme entre son pouce et son index dans la région autour de l'auréole. En général elle ne provoque pas d'écoulement ni de douleur mais une sensibilité est possible. La palpation des testicules doit faire partie de l'examen clinique, à la recherche d'une atrophie (hypogonadisme) ou d'une masse testiculaire (tumeur). Les signes cliniques de maladies du foie ou de la thyroïde (hyperthyroïdie) doivent également être recherchés.

Si la gynécomastie est avérée, le praticien procède à un interrogatoire et un examen clinique complet. Un bilan systématique endocrinien est prescrit afin de déterminer les dosages hormonaux et de retrouver un éventuel trouble endocrinien qui pourrait être la conséquence d'une pathologie ou d'une toxicité médicamenteuse. Une échographie et une mammographie sont programmées afin d'évaluer les composantes glandulaires.

Causes

Plusieurs causes sont susceptibles de créer un déséquilibre entre l'action des œstrogènes et des androgènes chez l'homme et, de ce fait, d'entraîner une gynécomastie :

  • Les causes hormonales comme l'hypogonadisme cause par une anomalie des testicules ou du cerveau, en particulier dans les cas d'une hyperprolactinémie.
  • Le cancer des testicules, du poumon, du rein, du foie ou de l'estomac qui provoque une anomalie de la sécrétion d'estrogènes.
  • L'hyperthyroïdie ou la cirrhose hépatique qui provoquent un dysfonctionnement hormonal.
  • Les médicaments : Anti-androgènes, Spironolactone, Kétoconazole, traitement anti-VIH, certains antibiotiques (Ethionamide, Isoniazide, Métronidazole), Oméprazole, chimiotherapie (Méthotrexate, Vincristine, Cisplatine, Imatinib), des psychotropes (Diazépam, Halopéridol, Phénothiazines, antidépresseurs tricycliques), des antihypertenseurs (énalapril, captopril, nifédipine), Amiodarone, digitoxine, Phénytoïne, Théophylline...
  • Certains toxiques comme l'alcool, les amphétamines, l'héroïne, la méthadone ou le cannabis.
  • Les traitements hormonaux : Androgènes, œstrogènes, Stéroïdes anabolisants, Hormone de croissance.

Causes pathologiques

Les causes pathologiques possibles sont les maladies du rein (insuffisances rénale, cancer du rein), de la thyroïde (hyperthyroïdie), la cirrhose du foie, les tumeurs (du testicule, de la surrénale, de l'hypophyse, du poumon…), certaines insuffisances hormonales testiculaires, le syndrome de Klinefelter (lorsque l'homme possède des chromosomes surnuméraires), la maladie d'Addison, l'acromégalie, ou la dystrophie myotonique de Steinert.

Causes iatrogènes

Les causes iatrogènes sont liées à une prise médicamenteuse ou de stupéfiants: Les médicaments contenant des œstrogènes, des antiandrogènes, la spironolactone (Aldactone, Aldactazine), le kétoconazole, la cimetidine (Tagamet), certains neuroleptiques, les amphétamines. Les stupéfiants tels que les opioïdes, la marijuana ou les stéroïdes anabolisants peuvent également provoquer une croissance excessive du tissu glandulaire.

Causes physiologiques

Ce sont 60-90% des nouveau-nés qui présentent une gynécomastie transitoire a la naissance, secondaire à l'augmentation des œstrogènes produits par le placenta. Durant la période de puberté, la gynécomastie est fréquente et liée à un désordre hormonal typique. Elle concerne 50-70% des adolescents avec un pic maximal à l'âge de 13-14 ans. Le plus souvent, elle rentre dans l'ordre spontanément au bout de 2 à 3 ans. Le troisième pic d'apparition d'une gynécomastie concerne les hommes d'âge mûr (environ 50% des hommes de plus de 50 ans) et sa fréquence augmente avec l'âge. Son origine est multifactorielle, souvent en lien avec la prise de poids et au déséquilibre hormonal du processus de vieillissement et de la baisse naturelle de la production de testostérone.

La musculation en cause ?

La musculation n'est pas une cause directe de gynécomastie mais elle peut accentuer la protubérance de la région mammaire en cas d'exercices sollicitant particulièrement les muscles pectoraux.

Gynécomastie essentielle

Lorsqu'aucune cause n'est retrouvée, on parle de gynécomastie essentielle ou idiopathique. Ce terme est fréquemment retenu notamment chez l'homme âgé, en particulier obèse, dont l'origine de la gynécomastie est plus souvent multifactorielle.

Traitement

Le traitement de la cause si celle-ci est possible permet de faire disparaitre la gynécomastie. Pour les gynécomasties dues à une prise médicamenteuse, les médicaments seront remplacés dans la mesure du possible. Concernant les gynécomasties dues à une pathologie, un traitement hormonal pourra être prescrit par un endocrinologue.

Chirurgie : comment se passe l'opération ?

Si aucune amélioration n'est constatée avec le traitement hormonal, la chirurgie peut être envisagée. Réalisée en général en ambulatoire, sous anesthésie générale, elle consiste en l'ablation des tissus en excès (l'opération réalisant le retrait de l'excès de graisse, de glande voire de la peau).

  • La liposuccion des tissus graisseux en excès permet de désépaissir le sein, de réduire les décollements chirurgicaux, et d'obtenir une chirurgie précise lors de l'ablation de la glande.
  • La glande étant dense et fibreuse, elle ne peut être aspirée par liposuccion. Elle est retirée chirurgicalement par une incision péri-aréolaire inférieure.
  • En cas d'excès cutané important et si la peau est de mauvaise qualité, avec un faible potentiel de rétractation, le chirurgien procède au retrait de l'excédent de peau. La cicatrice péri-aréolaire est associée à une cicatrice horizontale. Dans la majorité des cas, les incisions sont discrètes autour de l'aréole. Cependant, en cas de retrait de peau important, elles se prolongent parfois en direction des aisselles et du sternum. 

Les douleurs sont en règle générale peu importantes et bien contrôlées par des antalgiques classiques. Il faut prévoir une semaine de repos au minimum et un arrêt de travail de 2 à 3 semaines selon l'activité professionnelle. On conseille d'éviter tout mouvement brutal ou port de charges lourdes pendant la période de cicatrisation et de reprendre l'activité sportive progressivement à partir de la sixième semaine après l'intervention. Le port d'un gilet thoracique 24h/24 pendant 1 à 3 mois peut aussi aider à obtenir un résultat optimal.

Prix et remboursement

La gynécomastie est une pathologie, l'intervention est donc prise en charge par l'assurance maladie à hauteur de 185 euros. Mais en secteur privé, les dépassements d'honoraires peuvent aller jusqu'à 2.000 euros.

Mes conseils

Il ne faut pas confondre la gynécomastie avec l'adipomastie qui correspond à une hypertrophie mammaire due à une accumulation de graisse sous-cutanée. Sa consistance est molle à la palpation, voire parfois gélatineuse. Son traitement repose uniquement sur la liposuccion.

Pour aller plus loin : Meyer P. Evaluation et prise en charge d'une gynécomastie. Revue Médicale Suisse – 8 avril 2009

Santé de l'homme