Apraxie : c'est quoi, exemple, une séquelle de l'AVC ?

"Apraxie : c'est quoi, exemple, une séquelle de l'AVC ?"

L'apraxie, qui se définit par la difficulté d'effectuer correctement les gestes du quotidien, peut s'avérer particulièrement invalidante. Quelles sont les différentes formes d'apraxie ? À quoi sont-elles dues et comment sont-elles prises en charge ? Le point avec le Pr Richard Levy.

Définition : c'est quoi l'apraxie ?

La praxie définit en médecine la capacité à coordonner les mouvements. L'apraxie désigne une impossibilité de réaliser correctement ces mouvements en l'absence de déficit sensitif ou moteur ; l'atteinte responsable de ces symptômes est toujours une lésion du cerveau, au niveau du lobe pariétal. L'apraxie désigne un trouble des mouvements acquis : cette pathologie atteint les praxies, ou capacités à coordonner les mouvements. Contrairement à d'autres troubles gestuels, il ne s'agit pas d'une forme de paralysie, ni d'un trouble psychomoteur, ni d'un déficit d'attention.

C'est quoi l'apraxie idéomotrice ?

L'apraxie idéomotrice affecte les gestes sans utilisation d'objets. Un mouvement connu comme dire au revoir de la main peut être effectué correctement de manière spontanée, mais pas sur commande orale.

C'est quoi l'apraxie idéatoire ?

Un patient atteint d'apraxie idéatoire éprouve des difficultés à accomplir les mouvements composés de plusieurs gestes partiels. Il peut substituer un objet à un autre, ajouter ou supprimer un geste, inverser l'ordre des actions, ou manipuler les objets à l'envers.

C'est quoi l'apraxie motrice ?

Un patient atteint d'apraxie motrice ne parvient plus à effectuer des gestes précis et rapides. 

C'est quoi l'apraxie constructive ?

L'apraxie constructive affecte le dessin et les relations spatiales entre les objets.

C'est quoi l'apraxie réflexive ?

L'apraxie réflexive désigne l'incapacité à réaliser des gestes par mimétisme. 

C'est quoi l'apraxie verbale ?

Dans l'apraxie verbale, ou apraxie de la parole, le patient ne peut plus produire les sons du langage. "La nomenclature de ces apraxies, qui date du début du XXème siècle, est assez discutée. Mieux vaut considérer qu'il y a des apraxies de représentation (c'est parce qu'on n'arrive pas à se représenter le geste qu'on n'arrive pas à l'effectuer), et des apraxies de préparation du geste (c'est parce qu'on est incapable de préparer la séquence de l'événement moteur qu'on est bloqué)", commente le Pr Richard Levy, neurologue.

Quelles sont les causes d'une apraxie ?

L'apraxie est due à une lésion cérébrale, causée par un traumatisme crânien, un accident vasculaire cérébral (AVC), une tumeur, ou une maladie neurologique. Classiquement, ce sont les lobes pariétaux ou leurs connexions, des aires du cerveau qui mémorisent le lexique des gestes, qui sont touchés. "Avant d'être exécuté, un geste est d'abord représenté mentalement. Il va falloir extraire la représentation et la transformer en un ensemble de séquences d'action. Ce n'est qu'à la fin, une fois qu'on a préparé l'action, que le geste va pouvoir être exécuté par un système de sortie d'exécution du geste", détaille le neurologue. 

L'apraxie est-elle une séquelle de l'AVC ?

"L'AVC, qui résulte le plus souvent d'une lésion par obturation d'une artère, peut induire une apraxie de représentation, une apraxie de préparation à l'exécution ou un trouble moteur d'exécution. Il peut notamment avoir provoqué des lésions des structures motrices dans le cerveau qui empêchent l'exécution du geste (paralysie, hémiplégie, paraplégie). Un AVC, notamment dans l'hémisphère gauche, peut produire une apraxie parce que la coordination des gestes se fait surtout par l'hémisphère gauche (chez un droitier)", indique le spécialiste. 

Comment se pose le diagnostic d'une apraxie ?

Le médecin procède par élimination pour poser le diagnostic de l'apraxie. Il doit s'assurer que le patient ne souffre pas de troubles du tonus musculaire, de paralysie, de tremblements, ou de troubles de la coordination. Des examens complémentaires peuvent s'avérer nécessaires pour connaître la cause exacte de l'apraxie : IRM ou électroencéphalogramme. "Après l'examen clinique, le neurologue va demander au patient d'exécuter un certain nombre de gestes afin de déterminer s'il a accès à la représentation du geste. Par exemple, il va mimer des gestes et si le patient ne les reconnaît pas, cela signifie qu'il n'a pas accès au lexique de représentation des gestes. Il peut également lui demander d'exécuter des gestes : comment on scie une bûche, comment on ouvre une bouteille avec un tire-bouchon, comment on joue du violon…et observer quelle est la qualité de réalisation de ces gestes", précise le Pr Richard Levy. 

Quel est le traitement d'une apraxie ?

Il est complexe de parler de traitement pour l'apraxie dans la mesure où ses causes ne sont pas toujours curables. Généralement, la prise en charge de l'apraxie repose sur la rééducation, au moyen de séances d'ergothérapie et/ou d'orthophonie. Les résultats et l'efficacité varient en fonction du type d'apraxie et de la nature de sa cause. L'utilisation de toxine botulique peut également être envisagée pour soulager les rigidités musculaires entrainées par les lésions cérébrales, en renouvelant les injections tous les trois à quatre mois.

Merci au Pr Richard Levy, neurologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

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